Asterix, plus proche de l'humour que de l'Histoire

Cécile Mazin - 24.04.2015

Manga/BD/comics - Univers BD - Astérix Alesia - histoire humour - Albert Uderzo


Alésia, la bataille qui mit fin aux problématiques d'urbanisme des Gaulois, accueille également le MuseoParc. Et jusqu'au 30 novembre, ce dernier ouvre une grande exposition autour d'Astérix. La création d'Albert Uderzo et René Goscinny a fait le tour du monde, et s'installe donc, pour un parcours à travers l'histoire. Depuis la Côte-d'Or, Uderzo se souvient des premiers temps.

 

 

 

 

Si l'exposition Astérix s'inspire des planches de la bande dessinée, pour remonter le fil de l'histoire, les Commentaires sur la guerre des Gaules de Jules César deviennent de précieux outils. Surtout associés aux fouilles archéologiques, qui démentent souvent des idées préconçues. Ah, nos ancêtres les Gaulois...

 

Sauf qu'Uderzo nuance : Goscinny et lui n'étaient « pas historiens, nous sommes humoristes », explique-t-il à l'AFP. Il est certain que, puisant dans un imaginaire populaire qu'ils ont également participé à forger dans l'esprit des lecteurs, les deux auteurs ont amplement modifié la vision de l'Histoire.

 

Il est certain que ni le tableau de Lionel Royer, de 1899, ni l'image d'Uderzo : 

 

 

 

Jean-Louis Voisin, historien, assure que la représentation chez Astérix est fantasmée : « Vercingétorix est certainement arrivé devant César les poings liés et dépourvu de ses armes. » Or, les auteurs ont aussi si rendre cette vérité historique, ou du moins, une représentation plus proche du réel. 

 

 

 

De même pour le fameux village des irréductibles, qu'évoque l'archéologue Vincent Guichard : « Il ne s'agissait pas de villages, mais plutôt de gros bourgs de marchés avec, autour, une constellation de fermes, où se mêlaient de l'élevage et de la polyculture, notamment de plusieurs variétés de légumineuses. »

 

Évidemment, et on sourit à l'idée de penser le contraire, ni Uderzo ni Goscinny n'ont eu vocation à faire autre chose que s'inspirer de l'histoire. Uderzo confirme : s'ils avaient su que la BD allait connaître un succès mondial, « nous aurions été prisonniers ». Si tous deux ont consulté des ouvrages historiques, pour avoir quelques notions justes, Astérix n'est en rien « une traduction réelle de l'Histoire ». 

 

Les différents tomes sont avant tout des motifs à plaisanteries potaches, et autres détournements d'éléments, voire d'expressions passées à la postérité. Comme César qui « affranchit le Rubicond », un calembour parmi d'autres, en référence au fleuve Rubicon, séparation toute symbolique entre la Gaule cisalpine et l'Italie.

 

 


 

 

Mais Uderzo se souvient aussi de critiques, à l'encontre de ses représentations : les huttes d'Astérix sont rondes, alors que celles des Gaulois originaux étaient rectangulaires. L'archéologie vient alors à sa rescousse : des fouilles ont exhumé des maisons rondes. Et voici le dessinateur gracié.

 

Le prochain volume d'Astérix s'appelle Le papyrus de César, et sortira le 22 octobre prochain. Le précédent ne faisait déjà plus intervenir Uderzo : Jean-Yves Ferri et Didier Conrad avaient repris le flambeau pour Astérix chez les Pictes. Avec 5,4 millions d'albums vendus en 24 langues et dialectes, l'opus s'inscrit dans la lignée des 355 millions d'albums vendus, et publiés dans 111 langues et dialectes.

 

Et en dépit de l'histoire et de l'Histoire, certaines rancunes restent tenaces...