Angoulême : le Festival de la BD appartiendra-t-il à l'organisateur ?

Nicolas Gary - 16.03.2015

Manga/BD/comics - Univers BD - Festival BD Angoulême - organisation société - Franck Bondoux


Évidemment, si le mois de janvier angoumoisin se passait uniquement dans la contemplation des feuilles mortes, il manquerait quelque chose. C'est en substance ce que précisait le directeur de 9e Art+, la société qui organise le FIBD, grand salon des bulles, à Angoulême. Un Festival qui est « un bien commun », soulignait-il fin janvier, à l'occasion des États généraux de la BD. Et qui en est passe de connaître quelques changements.

 

 

Marche des auteurs à Angoulême

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

La perte serait véritable, si le Festival disparaissait du paysage angoumoisin, mais que fait actuellement l'Association du festival pour en assurer la pérennité ? Une assemblée générale qui se déroulait la semaine passée a provoqué de vives interrogations : le président de l'Association, Patrick Ausou, envisageait de mettre en place un contrat quinquennal avec l'actuel organisateur, 9e Art+. En outre, ce projet allait accorder à la société privée les différentes marques du Festival. 

 

Pour comprendre la situation, il faut se souvenir qu'un premier accord avait concédé, pour une période de 10 ans, soit jusqu'en 2017, pour l'organisation de la manifestation. La société 9e Art+ disposait alors d'un contrat exclusif, vivement contesté, parce qu'attribué sans appel d'offre – alors que le budget de 4,3 millions € bénéficie de 2,1 millions € d'argent public. 

 

Et voilà qu'une réunion se préparait, avec un accord validé par les pouvoirs publics, pour le 14 mars. Réunion d'urgence, alors que le projet avait été présenté le 20 février. « Signer l'accord tel qu'il est présenté mettrait l'association en danger… Nous ne remettons pas en cause le fait de travailler avec un partenaire privé. Mais nous souhaitons que la hiérarchie soit respectée. Le donneur d'ordre, c'est l'association, pas le prestataire », expliquait le vice-président, Ludovic Blanchier, pas vraiment enthousiaste. (via Sud Ouest)

 

La question devient alors de savoir si le Festival ne serait pas offert à une société privée. L'ancien président de l'Association, Gérard Balinziala, se lamentait auprès de la Charente libre. « Les Angoumoisins payent pour ce festival depuis 40 ans et on va en donner comme ça la moitié à un prestataire privé ? Pourquoi ne pas donner la moitié du théâtre à son directeur Gérard Lefèvre, puisque lui aussi fait du bon boulot ? »

 

C'est que, concrètement, la moitié de la propriété des marques du Festival serait donc cédée à 9e Art+. Tout en étendant les pouvoirs du prestataire de service. Or, en octobre, la société avait déposé plusieurs marques, autour du Festival, comme pour s'assurer de rester maître de la manifestation. « La dénonciation du contrat est inéluctable à l'issue du prochain festival », affirmait Patrick Ausou. 9e Art+ assurait qu'il ne s'agissait que de protéger la manifestation, et son bon déroulement. 

 

Le revirement présidentiel, en vue de la réunion du 14 mars, n'est donc pas du tout passé inaperçu. Cité par nos confrères, Xavier Bonnefont, maire UMP de la ville, promet qu'il n'est pas question de signer dans ces conditions, et certainement pas dans le délai imparti, et particulièrement raccourci. 

 

Finalement, et au terme de la réunion, certainement tendue, le Conseil d'administration a abouti, samedi matin, à une conclusion : retrait du projet, avec renégociations, avec divers amendements. Et une fois réécrit, il sera présenté aux pouvoirs publics, en vue d'une nouvelle assemblée générale, à la fin du mois de mai. 

 

Le maire insiste auprès de Sud Ouest : « L'association n'a pas fait son job. Si elle ne se remuscle pas, il sera peut-être temps de dire qu'elle ne sert plus à rien. Plusieurs scénarios seront alors possibles : un conventionnement ; une délégation de service public ou alors l'entrée dans l'Établissement public de coopération culturelle (EPCC) qui existe sur notre territoire, la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image. »

 

Et si tout (re)commençait par un appel d'offres ? Dans le milieu angoumoisin, on se pose la question, et, dans celui de la BD, on ne s'interroge pas moins : pourquoi refuser ce principe, qui apporterait peut-être un autre prestataire, ou une autre forme de gestion ? Après tout, le directeur, durant la réunion du CA, n'a manifestement pas souhaité répondre sur la question de la fréquentation du Festival, pourtant évaluée par un audit spécifique – et démontrant que l'on n'enregistrait pas autant de monde qu'annoncé ?