Un ex-employé de Fukushima raconte la vie au sein du complexe

Julien Helmlinger - 14.10.2013

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Deux ans après l'incident, la situation sur les lieux ne semble pas prête d'être stabilisée. Tandis que l'autorité nucléaire s'inquiète toujours de ce que l'exploitant de la centrale atomique de Fukushima accumule les problèmes liés à l'eau radioactive, l'AFP rapporte qu'un manga raconte la vie des ouvriers employés au sein du complexe sinistré. Publié dans l'hebdomadaire japonais Morning, le témoignage graphique d'une quarantaine de pages, signé par un nom d'emprunt, susciterait la polémique parce que jugé trop positif.

 

 

 


Sous le pseudonyme Kazuto Tatsuta, un travailleur de Fukushima évoque le quotidien des ouvriers oeuvrant à l'intérieur de la centrale sinistrée. Un lieu dans lequel s'affairent quelque 3000 ouvriers employés par des sous-traitants de la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco), après avoir précautionneusement enfilé leurs gants, combinaisons, masque, bottes et autres sur-bottes...

 

L'auteur vivait dans la région de la capitale japonaise au moment de la catastrophe du 11 mars 2011, tandis que le séisme de magnitude 9 au nord-est de l'Archipel et le tsunami qui s'ensuivit ont conduit la centrale à un accident nucléaire classé au niveau 7, échelon le plus élevé, au même titre que la catastrophe de Tchernobyl.

  

Comme l'explique l'auteur : « J'ai alors voulu aller à la centrale ». N'étant en ce temps-là en mesure de gagner dignement sa vie de ses dessins,  il passait alors d'un boulot à un autre, et a choisi de quitter son dernier emploi pour se faire embaucher sur le site sinistré.

 

Un mangaka vivant de petits jobs, remis à flot par le tsunami

 

Au bout d'un an, son objectif fut atteint, et il fut finalement affecté parmi ses collègues, « des gars bien », à des tâches variées près des réacteurs 2 et 3, dont les coeurs ont fondu et qui ont relâché des quantités énormes de matières radioactives dans l'atmosphère.

 

Mais bien malgré sa motivation à la tâche, l'auteur confie que « chaque fois qu'en lisant la presse je tombais sur des informations qui me paraissaient fausses à propos des conditions de travail à la centrale de Fukushima, j'avais envie de transmettre la réalité telle qu'elle est vraiment. »

 

C'est pourquoi il aurait décidé de décrire sa propre expérience dans ce manga, intitulé 1F (ichi-efu), en référence au surnom de la centrale Fukushima Daiichi (Fukushima numéro 1), où l'artiste de 48 ans a été employé de juin à décembre 2012.

 

Il y décrit notamment avec minutie les mesures de sécurité préalables à l'entrée sur le site,  les lieux accessibles aux ouvriers, l'état des réacteurs et autres précautions prises pour ne pas dépasser les doses de radioactivité tolérées. Mais il fait l'impasse sur les tâches qui lui étaient confiées, possiblement afin de ne pas griller sa couverture.

   

Si l'auteur ne critique pas les mesures de sécurité appliquées au sein du complexe nucléaire, il dénonce en revanche la presse, pointée comme sensationnaliste et prompte à relayer des mensonges sur le traitement des employés de la centrale. Pour Tatsuta, il n'y a pas d'enfer sur le site de Fukushima, mais s'il n'est certes pas le seul ouvrier à témoigner en ce sens, d'autres échos soutiennent une version radicalement opposée.

 

Des avis tranchés quant aux motivations de l'auteur anonyme

 

Son manga ne concernerait pas une commande, l'artiste l'aurait dessiné de sa propre initiative et proposé ensuite à un concours bisannuel de jeunes auteurs du magazine spécialisé dans le roman graphique japonais, Morning. Une publication hebdomadaire qui propose ses mangas pour adultes sous forme de feuilleton, et qui a récompensé son lauréat d'un prix d'un million de yens (10 500 dollars) en plus de la publication de ses planches.

 

Un mangaka anonyme, cité par l'AFP, aurait soutenu : « C'est clairement un témoignage sur le quotidien des travailleurs. Sur le plan du dessin et de la construction, c'est plutôt pas mal, mais la façon de raconter n'est pas commune », commente un dessinateur de manga professionnel qui écrit aussi des reportages-mangas. « En tant que débutant, le retentissement qu'il a n'est pas commun non plus. Il est clair que son but est désormais de dessiner une suite. »

 

Mais, tandis que le sujet de l'énergie nucléaire reste sensible, les avis sont divisés et d'autres commentateurs s'interrogent sur son indépendance, notamment via les réseaux sociaux. « Ça pue la propagande », suggère un certain Yasushi qui ne croit pas aux trop belles descriptions de l'environnement dans le manga.