Une enquête de l'inspecteur Canardo : La fille sans visage

Clément Solym - 03.05.2009

Manga/BD/comics - Univers BD - enquête - inspecteur - canardo


L’univers de Sokal, c’est avant tout un monde de bêtes humaines, ou mieux, d’humains ramenés à leurs frères animaliers : ces fables modernes ne perdent rien de leur mordant alors que Canardo caquète dans une basse-cour qui ressemble plus à la Cour des miracles. Ca sent le maquereau, jusque dans l’cœur des rades et justement, ce soir-là, l’Oncle de Galina, gazelle de Sibérie, n’est pas là pour la ramener chez elle. C’est à l’inspecteur qu’incombe alors, d’un petit coup de Cadillac, de lui offrir un retour sans aller. Pas de risque qu’il craque pour un crac-crac crapuleux : le Canardo est plus constamment dans le rouge que l’orange.

Puis l’accident, stupide : le riche héritier du duché de Belgambourgie emplafonne la voiture de Canardo au détour d’un carrefour. La Cadillac finit dans l’eau, et ses deux occupants s’en sortent, amochés, mais vivants. Tout particulièrement Galina : son visage est ruiné. Plus rien. C’est son oncle qui tire la tronche. Peut-être pas autant que la Duchesse dont les frasques filiales ont usé tout amour maternel : son petit Norbert est accessoirement un obsédé sexuel et un pervers notoire. Renverser un pute dans la Cadillac d’un inspecteur à la dérive, cela attire la presse à scandale, mais rarement les bonnes feuilles…
Décor planté en quelques secondes, conflits d’intérêts et de pouvoir, Canardo n’est pas palmipède à se laisser impressionner par quelques têtes couronnées. Et ce, bien qu’il ait une patte dans le plâtre… Ce qui est assez amusant d’ailleurs, puisqu’il est presque effacé de la première partie de ce tome, au profit de la relation qui se tisse entre Galina et Norbert. Son retour n’est dû qu’à un soudain revirement de comportement de Galina, qui, aux dires de la duchesse, voudrait sa peau.

Les amateurs de Sokal et de son canard fétiche retomberont sous le charme d’une aventure vraiment saugrenue et inédite : même si l’on perçoit un cynisme plus désabusé - préfiguré par cette larme de la couverture ? - que jamais de la part de notre coin-coin favori, reste que l’atmosphère et la gueule de la BD sont toujours au rendez-vous.

Le dessin pour sa part ne bouge pas d’un poil, ni d’une plume, avec des mafieux plus truands que des vrais et l’angélisme incarné dans des visages de jeunes femmes défigurées. Ces animaux qui nous ressemblent tant, au point que l’on pourrait les confondre avec des faits réels qui seraient arrivés à des vraies personnes… Toujours un délice !

Canardo, La fille sans visage, publié chez Casterman, par Sokal, pour 10 €