Urbanisme : la fresque Les Simpson éradiquée d'Angoulême ?

Cécile Mazin - 20.02.2014

Manga/BD/comics - Univers BD - Angoulême - Les Simpson - fresque


En amont du Festival de la BD d'Angoulême, l'association de graffeurs K10 avait été sollicitée pour la réalisation d'une fresque d'une centaine de mètres, mettant en scène la célèbre famille jaune. Située entre le 28 et le 36 de la route de Bordeaux, cette réalisation avait été rendue possible en accord avec les éditions Jungle, éditeur de la famille américaine depuis 2008. Or, le dernier coup de bombe apporté, il se pourrait qu'on efface cette oeuvre, pour un petit oubli.

 

 

Festival de la BD d'Angoulême 2014

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

L'Architecte des Bâtiments de France, responsable de la protection « du patrimoine architectural, urbain et paysager », n'aurait en effet pas été consulté. Pourtant, ce dernier doit, dans le respect de sa mission, s'exprimer sur « des projets situés dans certains secteurs protégés ». Et malheureusement, la route de Bordeaux fait partie d'une zone qui entre dans ce cas de figure. Le propriétaire des murs, Magelis, avait donné son consentement, et la mairie d'Angoulême dans la foulée - à la condition que la fresque ne demeure qu'une année, cela dit.

 

Kiston AssoKadix, du collectif K10, avait tiré la sonnette d'alarme ce 17 février

AVIS A LA POPULATION.....ET AUX AMIS DE K10.

L'ARCHITECTE DES BATIMENT DE FRANCE VIENT DE PORTER PLAINTE CONTRE MAGELIS (QUI NOUS A PERMIS DE PEINDRE SON MUR), POUR LA REALISATION DU MUR "SIMPSON" RUE DE BORDEAUX... 

CE MUR N'A PAS LIEU D'ETRE;; IL DENATURE LE PAYSAGE.....

QU'ES QU'ON DOIT FAIRE POUR ETRE LEGAL LEGAL LEG'ART.....

 

Et dans les commentaires, chacun s'étonne de cette réaction de l'ABF, alors que l'opération avait été largement médiatisée, bien avant que ne commence la fresque, et même dans les semaines qui ont précédé le Festival de la BD. Et de colère, souligne la Charente libre, ce dernier serait même disposé à tout repeindre en gris  :« On n'a jamais fait autant de buzz avec nos oeuvres. Même le créateur des Simpson, qui a vu une photo de notre mur fini, nous a félicités. Les habitants sont contents. Je ne comprends pas, j'aimerais bien rencontrer cette architecte. »

 

Pour l'heure, ni le site de l'ABF ni l'intéressée ne signalaient quoi que ce soit sur le sujet, assurent nos confrères. Et si les riverains apprécient cette couleur dans le paysage, il n'en reste pas moins que le cadre légal est posé et qu'il convient de le respecter. Magelis, société qui possède les murs, n'a pas souhaité détailler les reproches de l'ABF. 

 

Son président, Robert Richard explique que l'association K10 avait sollicité l'autorisation pour se lancer dans le projet. « En tant que propriétaire, on a trouvé l'initiative intéressante. Nous avons donné notre accord de principe, à condition que la mairie donne son autorisation. Il fallait que les choses se fassent dans le respect des règles d'urbanisme. »

 

 

 

 

 

Et du côté de la mairie, comme le projet était éphémère, même d'une année, on avait validé le projet. « On essaie de régulariser la situation. On joue les médiateurs entre l'association et les bâtiments de France. Il n'y a pas de raison que le mur disparaisse », précise l'adjoint à l'urbanisme, Frédéric Sardin

 

Dans la gestion des espaces protégés, il est précisé que 

 

l'ABF émet un avis sur toute demande d'autorisation de travaux (permis de construire, permis de démolir, permis de lotir, certificats d'urbanisme, implantations de lignes électriques, déboisements, localisations d'enseignes et de publicité, etc.). Assorti ou non de prescriptions, son avis s'impose à l'autorité compétente (le plus souvent le maire) qui délivre ou non l'autorisation. Selon la protection de l'espace et le type de travaux, il s'agit d'un avis « conforme », ou d'un avis « simple ».

  • Avis conforme : l'autorité (maire ou préfet) qui délivre l'autorisation est liée par l'avis de l'ABF ; elle ne peut s'y opposer qu'en engageant une procédure de recours auprès du préfet de région. Ce dernier tranchera après consultation de la commission régionale du patrimoine et des sites (CRPS). Ce recours ne devrait avoir lieu que lorsque la discussion n'a pas permis d'aboutir à un accord.
  • Avis simple : l'autorité qui prend la décision n'est pas liée par l'avis de l'ABF ; elle peut passer outre à celui-ci et engage alors sa propre responsabilité, l'avis faisant référence en cas de contentieux. À titre exceptionnel, le Ministre chargé de la culture peut  » évoquer « , c'est-à-dire se saisir du dossier et émettre l'avis requis – qu'il soit conforme ou simple – à la place des autorités déconcentrées.

 

 

Difficile de ne pas se rendre compte que l'ABF aurait bien dû être sollicité en amont, même si le choix de la Mairie avait été contraire.