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Yoshinori Kobayashi, roi du manga négationniste, passe écolo

Clément Solym - 29.08.2012

Manga/BD/comics - Univers Manga - negationnisme - manga - fukushima


La catastrophe de Fukushima aura fait plus que réveiller des consciences environnementalistes, elle aura uni les contraires au Japon. Alors que le pays s'interroge sur le rôle de l'énergie nucléaire pour les prochaines décennies, un nouveau venu dans la lutte écologiste fait grincer des dents.

 

« Abandonner la vielle science de la puissance nucléaire », celle-la même qui « est liée à la destruction de la nation ». Derrière des propos somme toute vertueux, les mots du mangaka Yoshinori Kobayashi sont choisis. Porte-étendard d'un nationalisme qui transpire dans ses productions, Kobayashi travaille à ressusciter un Japon d'avant-guerre pour le moins interventionniste.

 

La nostalgie de l'Empereur, mais, plus polémique, la négation des parts les plus sombres de l'histoire de l'archipel. Dans le détail : le massacre des troupes japonaises de la population chinoise lors de la prise de Nankin, les expérimentations de l'unité 731 du registre de ce que fit Mengele à Auschwitz ou encore l'exploitation massive de Chinoises comme prostituées de force pour les bordels de l'armée nippone.

 

 

 Zipang de Kawaguchi pose la question d'un renouveau

militaire japonais sur fond de science-fiction.

 

 

Devant les thèses négationnistes, Kobayashi maquille d'un vernis d' « orgueillisme » son combat. Déculpabiliser des générations entières de la défaite ou encore retrouver une place militaire d'importance dans le pacifique. C'est donc autour de la problématique environnementale, par tradition associée à la gauche du pays, que la jonction se fait entre deux visions particulièrement antithétiques.

 

Si quelques membres de l'aile droite des penseurs conservateurs sont devenus antinucléaires après le désastre de mars 2011, les manifestations du vendredi devant les bureaux du premier ministre Noda réunissent nationalistes et pacifistes écologistes. Un événement régulier devenu « motif de la vie politique japonaise », indique l'auteur.

 

Kobayashi a commencé à forger son renom dans les années 90 lorsqu'il a repris en manga l'argumentaire des intellectuels ultra-conservateurs. Ceux-ci continuent à affirmer que l'expansionnisme japonais des années 30 était motivé par une volonté de libérer l'Asie de l'impérialisme occidental.

 

Si les premières générations de mangakas comme Tezuka ou Nakazawa ont relaté le feu nucléaire et le chaos qui suivit, les générations postérieures ont laissé éclore des dessinateurs moins complexés par la question militaire et nationaliste.