Le Petit Prince a 70 ans et est toujours dans le coeur d'Agnès Desarthe

Lauren Muyumba - 12.07.2013

Edition - Le Petit Prince - 70 ans - Adultes


Publié le 6 avril 1943, Le Petit Prince fête cette année ses 70 ans. L'histoire, à première vue légère et enfantine, a pourtant bel et bien été conçue par un adulte dans son lit d'hôpital. Antoine de Saint Exupéry a donné naissance à son personnage culte, en le dessinant sur un coin de table. Un beau bébé de conte qui a bien vécu : aujourd'hui, il est l'ouvrage le plus traduit au monde après la Bible.

 

 Le Petit Prince [French]

Pedro Cambra_CC BY 2.0 

 

 

Le Monde a réservé une interview exclusive  deux écrivains pour qu'ils évoquent ce que la littérature doit à leur enfance, et bien évidemment, la première question était à propos du Petit Prince. Philippe Forest, qui a codirigé le numéro de La Nouvelle Revue française, et Agnès Desarthe, dont le livre Comment j'ai appris à lire vient d'être publié en mai par Stock, se sont livrés avec franchise. « Enfant, j'ai écouté plus de disques sur lesquels étaient lus des textes que je n'ai lu moi-même de livres », déclare l'écrivaine. C'est d'ailleurs comme cela qu'elle découvrit Le Petit Prince pour la première fois, lu par Gérard Philippe, « dont j'étais amoureuse », avoue-t-elle.

 

Un livre qui interpelle

 

Agnès Desarthe vient ajouter une autre révélation intéressante : sur certains plans, elle préfère Peter Pan de J.M Barry que Le Petit Prince d'Antoine de St Exupéry. Pourquoi ? Parce que « dans Le Petit Prince, je vois l'adulte se pencher vers l'enfant pour lui dispenser une leçon », explique-t-elle en référence aux phrases moralisatrices du genre « On ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux ».

 

Le secret pour un écrivain serait de se rapprocher au plus près du regard de l'enfant, d'aborder les choses avec simplicité, et sans recul ? De toucher le lecteur avec spontanéité et naturel ? Des écrivains raffolent au contraire des métaphores et des formules alambiquées. Pour un savoir plus sur l'avis des auteurs, La Nouvelle Revue française a décidé de mettre l'enfance à l'honneur, et par le biais de la littérature, bien sûr. 'L'enfance de la littérature' est un numéro spécial dédié aux auteurs et à leur témoignages. Un appel à la mémoire pour faire émerger les souvenirs et se revoir en tant qu'apprenti(e) lecteur ou lectrice.

 

Pas plus tard qu'hier, nous rappelions que les adultes gardent toujours une part de jeunesse en eux. Mais le regard sur un texte change inévitablement lorsqu'on grandit et les phrases résonnent différemment. Philippe Forest reconnaît que, même s'il a lu ce grand classique quand il était enfant, ce n'est que « comme adulte que je me suis intéressé à Saint-Exupéry ».On aura beau dire ce que l'on veut, l'histoire du Petit Prince est un succès mondial (105 éditions différentes !), qui réussit à éveiller à la fois la part d'adulte et la part d'enfant qu'il y a en nous. 

 

 

www.lepetitprince.com

 

A tout âge...

 

À Nantes, pour fêter les 70 ans du livre, une exposition inédite rassemble de fait, 70 traductions, dans le restaurant turc Le Kusadasi. Les ouvrages proviennent de voyages de deux adultes qui les rapportaient dans leurs bagages ! François Préneau et son épouse Nicole Delouche-Préneau, ont commencé à collectionner les ouvrages écrits dans différentes langues en 1997. Le Petit Prince est « Une interpellation sur la condition humaine », disait Nicole Delouche-Préneau.

 

Sur le site Le Petit Prince.com, tous les termes riches et variés que l'auteur a abordés dans son livre sont soulignés, à l'occasion du 70e anniversaire :

« Conserver dans notre vie de tous les jours la force du questionnement, le refus de l'injustice, l'acceptation de l'autre pour ce qu'il est et non pour ce qu'il représente, la recherche permanente du lien avec les hommes, avec la nature. Ne pas oublier de prendre le temps de regarder une fleur, de la contempler, de s'émerveiller de sa beauté.»

Agnès Desarthe parle elle-même de « passages d'une beauté incroyable ».



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