Après #PayeTonAuteur, la rémunération des auteurs reste en chantier

Nicolas Gary - 15.03.2019

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ÉDITO – Voilà un an, Livre Paris était au cœur d’une polémique rarement vue : les auteurs réclamaient une rémunération pour leur présence lors de tables rondes. Inimaginable : jusqu’à lors, la promotion était gracieusement assurée. Une révolution, mais un an après, qu’en est-il ?

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Hyun Woo Kang, CC BY ND 2.0


En octobre 2015, le Centre national du livre instaurait une obligation de rémunération des auteurs. Les manifestations et associations qui perçoivent un soutien financier de l’établissement devaient respecter une grille tarifaire établie. 
 

Fiat Lux : et la colère fut


Mars 2018, la révolte gronde : certains des auteurs invités à des rencontres ne percevront pas de rémunération. Une dizaine de jours avant que Livre Paris ne démarre, les réseaux sociaux entrent en fusion : par un hashtag, le mouvement #PayeTonAuteur est lancé, et devient un cri de ralliement. Un message : le travail de l’auteur mérite un salaire.

La réponse était simple : Livre Paris ne perçoit pas d’aide du CNL, aucune obligation donc. L’argument passait mal. Comment la plus importante manifestation nationale pourrait-elle ne pas se montrer exemplaire sur le sujet ? « Il existe un budget pour les plantes vertes, et pas pour les auteurs », déplorait à l’époque une éditrice.

« Quand on leur demande de faire des prestations, il me paraît légitime qu’ils soient rémunérés », déclarait François Nyssen, alors ministre de la Culture.

Il aura fallu de longues tractations, mais finalement, le Syndicat national de l’édition et Reed Expo avaient fini par céder. Les auteurs, pour toutes leurs interventions en table ronde, seraient rémunérés. Une victoire évidente pour la profession, autant qu’un début de reconnaissance du métier d’auteur.
 

Instaurer une relation de travail véritable


Depuis ? Eh bien, un an plus tard, la situation n’est pas vraiment idéale : il faut à ce titre saluer les différentes manifestations qui, aidées par le CNL, se sont fait un devoir, avec les impacts économiques inhérents, de se conformer aux obligations. Elles sont nombreuses, fort heureusement. Mais trop de cas se sont posés de non-respect de la grille tarifaire, alors même que les associations ou manifestations percevaient de l’argent du Centre.

Le président, Vincent Monadé, avait assuré en juin 2018 qu’un contrôle strict serait mis en place : « C’est la règle, elle vaut pour tous : la réforme est passée en 2015, nous avons laissé à chacun assez de temps pour se mettre en conformité. Cette réforme était une question de justice et de bon sens : nous ne reviendrons pas en arrière. » 

Dans les faits, il incombe désormais à l’ensemble des pouvoirs publics de prendre leurs responsabilités. Et dès lors que de l’argent public est versé pour soutenir une manifestation, qu’il devienne obligatoire pour l’organisateur que d’appliquer la rémunération due. Dans le cadre de marchés publics, il est d’ailleurs possible d’introduire une clause expresse, imposant ce paiement : il faut aller plus loin, de toute évidence.

Charge à l’État de régler cette question, sans quoi de nouveau, on assistera à des arrangements, où chacun pourra toujours plaider sa cause. 
 

Un grand pouvoir, de grandes responsabilités (toujours)


En contrepartie, il revient aussi aux auteurs d’adopter une attitude professionnelle. L’organisateur d’une manifestation en province le disait très justement, « les droits et devoirs ne peuvent pas être à sens unique ». Après tout, une manifestation serait légitime à demander des comptes, pour une absence, un désistement in extremis, le non-respect des horaires, et ainsi de suite. 

On pourrait sur ce point s’en référer aux modèles de convention proposé depuis des années par la Charte des auteurs et illustrateurs : un réel contrat engageant les deux parties. Les obligations de l’organisateur et celles de l’auteur invité – et le nécessaire respect de ces engagements mutuels.

Ces documents déterminent les modalités de l’accord, les prérequis et visent à permettre de préparer « sereinement » une intervention. Le tout garantissant une sécurité aux salons et foires, autant qu’aux auteurs. 

C’est aussi à cette condition que l’ensemble des relations interprofessionnelles pourra évoluer vers une plus grande harmonie. Parce que, sérieusement, tout le milieu a besoin de mieux se structurer, se discipliner, se former, certainement sous l'autorité d'un tiers de confiance. Autant que de se foutre sur la tronche, avant de se parler plus tranquillement – donc prendre exemple sur les rugbymen, pourquoi pas ?

En somme d’une salutaire bouffée d’oxygène.


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