Edito : l'ebook, un désamour français ? Et la licorne met le chocolat...

Nicolas Gary - 27.11.2015

Edito - piratage ebooks - auteurs lecture - lecteurs achats


... dans le papier d'alu, personne ne l'ignore. C’est en parcourant un billet de Neil Jomunsi, dont il serait déplacé de taire les liens qui nous unissent, bien au-delà du houblon, que les mots sont venus. Le livre numérique, 95 % de temps de réflexion pour 5 % de chiffre d’affaires : l’affirmation qui fait sourire, parfois jaune, comprenait un non-dit si simple, qu’il passait sous les radars. Le livre numérique ne décolle pas en France ? Mon œil. Mes deux yeux, même...

 

crâne de pirate

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Les études filent, défilent, et les médias les recrachent ad nauseam : les Français kiffent les livres en papier, parce que le papier, on n’a rien inventé de plus ergonomique. Le papier, c’est gourmand, goûtu, sensible, palpable. On se souvient même de cette vidéo humoristique, vantant les mérites d’une technologie suprêmement innovante : 

 

 

 

Le livre imprimé serait à la France ce que la madeleine fut à Proust. Mais Neil, avec une attitude de scientifique consciencieux s’est lancé dans un sondage, auprès de son entourage. Le résultat ne souffre aucune contestation, pas plus que la méthodologie : 

 

Quand mes amis lisent en numérique, je leur demande systématiquement où ils ont acheté leurs livres. Et la plupart du temps, la réponse est la même : « Heu… en fait, je ne les achète pas… Je les ai téléchargées sur [insérer ici le nom d’un site à l’activité répréhensible et bardé de pubs dont on ne fera pas ici la publicité]. » Ha ok. Donc, tu lis, mais tu n’achètes pas. « Bah non, t’as vu le prix, c’est trop cher, et puis il n’y a même pas [insérer ici le nom d’un auteur légendaire dont l’éditeur n’a pas cru bon de transposer le travail en numérique]. »

 

 

L’accessibilité quasi-immédiate que procure un site pirate ne saurait être remise en question. L’unique alternative à la gratuité et à la facilité d'accès de l'offre pirate s’appelle Amazon, parce que son écosystème Kindle a été conçu pour simplifier la vie du plus réfractaire au numérique. 

 

Pas de chance : l’actualité a démontré que même une maison qui refuse le livre numérique, voit ses ouvrages piratés, et pas qu’un peu.

 

Les oppositions, il faut les souligner : un auteur peut ne pas signer les droits numériques. C’est rare : s’il l’ose, la maison a tendance à lui montrer la porte et proposer d’aller se faire commercialiser ailleurs. De même qu’acheter les droits numériques pour la traduction peut s’avérer très coûteux.

 

Les problématiques tarifaires existent et sont tout aussi palpables que le papier lui-même. Mais comment considérer qu’une société va vendre sa nouveauté papier 20 € et l’ebook à... rêvons : 5 € ? L’angoisse est trop grande que de voir l’argent s’enfuir – et les salariés restent à rémunérer.

 

Le livre imprimé, c'est la poule aux oeufs d'or.

Mais en réalité, qui se paye le plus sur cette bête ?

 

 

Alors pourquoi ces 95 % de temps de réflexion et 5 % de chiffre d’affaires font-ils si mal ? Parce qu’ils trahissent la constante du recours au piratage pour s’alimenter en lectures. Parce que depuis que les éditeurs américains ont relevé le prix de vente de leurs ebooks, les ventes chutent – et pourtant : pouvait-on laisser Amazon mener la danse ? 

 

Le public apprécie le livre numérique. Il ne l’achète pas, quand il est vendu avec ces ineptes et incohérents 30 % de réduction par rapport au papier. Alors le public prend son mulot, parcourt les champs du net, et pirate. Moralité, le chiffre d’affaires n’augmente pas et d’onéreux cabinets d’étude concluent que l’ebook en France, c’est le désamour. Et nous fourrent le doigt dans l’œil.

 

Les contre-exemples peuvent l’affirmer : demandons à Bragelonne, demandons à Numeriklivres (d’ailleurs, JF ?), à ceux qui produisent une littérature populaire, vendue à des prix sensés. Bien entendu, beaucoup des éditeurs 100 % numériques passent à l’impression à la demande. Les revenus sont plus importants, pourquoi le nier. Mais ils démontrent également ce que notre Big Five national savoure, à l’abri derrière ses analyses et rapports : on protège bel et bien le capital, l'ouvrage imprimé si lucratif.

 

Alors, qui aurait l’idée saugrenue de zigouiller la poule aux œufs d’or ? Ah, oui : ce vilain bougre qui en voulait un peu plus. Arrêtons de se demander pourquoi les distributeurs font des pieds et des mains pour augmenter les tirages. Et envisageons que les éditeurs soientfinalement victimes de la distribution, la force tranquille et totalement invisible pour le grand public. 

 

Existe-t-il encore un doute sur les intention d'Interforum qui rachète Volumen ?