GPA, PMA : depuis quand la censure fait-elle la République ?

Nicolas Gary - 08.11.2019

Edito - Sylviane Agacinski - conférence annulation - GPA PMA famille


ÉDITO – Voici trois semaines, la conférence de la philosophe Sylviane Agacinski, prévue à l’université Bordeaux 3 (Michel de Montaigne, qui s’en retourne dans sa tombe), a été annulée. Parler de GPA et de PMA ne serait pas possible ? L’acte de censure fait définitivement froid dans le dos.



 
En juin dernier, Sylviane Agacinski publiait L’homme désincarné. Du corps charnel au corps fabriqué (Gallimard). C’est dans le contexte des débats sur la bioéthique qu’était alors invitée l’autrice, pour porter légitimement le débat des idées, apporter un regard, une analyse. Intitulée L’être humain à l’époque de sa reproductibilité technique, la conférence a fait l’objet d’une série d’attaques en bonne et (in) due forme de la part de différents groupes, qui dénoncent l’invitation « d’une homophobe notoire ». Crénom de nom…
 

De l'adulte et de ses responsabilités


Depuis les années 2000, cette universitaire a pris des positions sur de multiples sujets de société : ce furent la parité et le mariage homosexuel, qu’elle a pleinement défendus. Elle a en revanche fait état de son opposition à l’adoption plénière pour les couples homosexuels, mais également à ce que les couples de femmes et les femmes seules puissent accéder à la procréation médicalement assistée. 

Sur la GPA — Gestation pour autrui — elle évoquait devant les sénateurs « une forme inédite de servitude », en octobre dernier. Il faudrait aller plus loin : une uberisation du corps humain. 

Or, il suffit de quelques recherches, pour s’interroger : notoirement homophobe ? Au Point, Sylvian Agacinski rappelait que la PMA est originellement pensée pour « lutter contre l’infertilité d’origine pathologique ». Et qu’à ce titre, « [n]i le célibat ni l’homosexualité ne troublent les fonctions reproductives des individus et un couple de deux femmes (ou de deux hommes) ne sont pas, a priori, concernés par l’infertilité ».

Avec une remarque d’une justesse terrifiante : « On ne peut pas se contenter de prendre en compte le désir ou la volonté des adultes. » Sont-ce là des remarques homophobes ? Inutile de tergiverser, la question est rhétorique. Et son dernier ouvrage le disait clairement : avec la PMA, nous entrons dans une nouvelle ère, celle qui instaure « le rêve de l’enfant sur commande ». 

Or, Sylviane Agacinski ne nie pas que le droit à l’adoption pour les couples homosexuels est légitime — et les procédures françaises sont assez lourdes pour donner envie de chercher du côté de la PMA dans les pays européens des alternatives.
 

Ostraciser, conscrire, avant de réfléchir


Mais que l’on s’accorde sur les propos de la philosophe, ou non, importe peu : il est des débats qu’une société se doit d’assumer, de faire vivre, parce qu’une République qui oublierait de s’interroger sur son devenir se (dé) vouerait à sa propre destruction. Le refus de la PMA ne saurait, en aucun cas, constituer en soi une position homophobe. Et comme l’indique Marianne : « Le réel n’a aucune importance, seules valent les pétitions de principe qui permettent de justifier la poursuite du combat contre la bête immonde. »

Mais quand il devient plus impératif de museler celui ou celle qui porte une parole contraire, que de permettre d’échanger, quand une forme de terrorisme de la pensée s’introduit dans ce qui relève d’une nécessité citoyenne de s’écouter et parler, alors le danger n’est plus simplement aux portes de la Cité. Le cancer des opinions radicales — radicalisées ! — soucieuses d’être seules à s’exprimer, quitte à censurer l’autre, à nier ses droits, nous ronge.

Être une universitaire ne signifie pas que la parole accède à une vision supérieure : en revanche, on peut attendre d’une chercheuse, d’une essayiste, qu’elle apporte une réflexion avec un peu plus de hauteur, nourrie de savoirs, de connaissances, vérifiés par une communauté scientifique, et vérifiables - fiabilité qui devient plus ou moins relative dès lors qu'il s'agit d'éditorialistes, de polémistes, d'experts autoproclamés, de "spécialistes", de certains journalistes, et du grand public. Surtout quand on lui répond par la brutalité d’un silence imposé, contraint. 


pas de bras, pas de PMA...

 
Le communiqué diffusé verse alors dans la caricature, dans la haine, incitant à la mobilisation parce qu’homophobie et transphobie sont devenues des oriflammes devant lesquels il faut s’incliner. Être taxé d’homophobie revient à devenir le Mal absolu, l’intolérance, le réactionnaire, etc. Et avec la hargne du tyran, voici que s’impose un procédé despotique : haro sur le baudet, sus au bouc émissaire. Et que la vindicte populaire, portée par un petit nombre d’égarés — comment l’évoquer autrement ? — frappe, pour que l’ignorance demeure. 
 

“Que ton règne arrive”


Devant le rationnel du discours construit, se dresse un mur d’indignation, qui n’a finalement rien compris au texte de Stephane Hessel. Mais forte de ses convictions et de ses ressentis, comme autant d’étendards plus légitimes que ceux de la raison. Ensuite, il suffit de détourner les propos, de résumer hâtivement, de flinguer à tout va : le bourreau n’a plus même besoin de faire son office, la menace brandie suffit à faire taire. 

Que doit-on déplorer ? L’excessive prudence de l’université ? Des groupuscules dont l’ignorance devient préoccupante ? Une société où les inquisiteurs redeviennent maîtres de la seule pensée admissible ? Écouter Sylviane Agacinski, et être en désaccord avec ses idées, la belle affaire. Réduire au silence une parole qui ne sert pas immédiatement ses intérêts, voici le danger. Celui d’une société devenue aveugle, au point de croire le borgne qui s’en déclare roi.




Fort heureusement, il semble que l’obscurantisme et le diktat des passions ne suffisent pas à totalement occulter les besoins démocratiques. Les impératifs démorcatiques. La présidente de l’université Michel de Montaigne, Hélène Velasco annonce qu’elle a décidé de reprogrammer l’intervention de Sylviane Agacinski. 


On pourra alors être en désaccord, échanger, confronter les idées. Mais surtout, pitié, ne pas tomber sous les coups d’une violence pire que toute autre : priver notre société de sa parole.


Commentaires
Tout ce long discours pour rien ou presque. Trop d'indignation tue l'indignation, surtout quand elle ne repose sur rien. Car les faits nous disent tout autre chose en matière de censure.

En effet, si on parle de censure, il faut rappeler la campagne menée par Agacinski (co-fondatrice du CORP) cet été pour censurer la série télé "Plus belle la vie" accusée de faire la promotion de la GPA. Censure bien sûr refusée par le CSA qui rappelle qu'une série télé est une oeuvre de fiction, et n'a pas à respecter une pluralité et une représentativité de la diversité des opinions.

Et c'est bien là le problème de l'université qu'ont pointé les associations : Agacinski, qui est une sorte de Faurisson de la bioéthique, était invitée sans aucune disposition permettant d'avoir un débat contradictoire, avec par exemple des chercheurs ou des associations concernées qui auraient pu lui opposer le caractère infondé des fantasmes qu'elle présente mensongèrement comme des réalités. En violant les règles de pluralité et de représentativité des opinions, l'université n'a pas respecté ses obligations. Cela n'a rien à voir avec la censure.
«Une sorte de Faurisson de la bioéthique», cette pauvre Agacinski...

Tout ce qui est excessif est insignifiant et si la censure la plus bornée et liberticide avance de tels «arguments» qui feraient mourir de rire si l'atmosphère n'était aussi délétère, on peut encore espérer un sursaut d'intelligence et de simple bon sens !

Y compris de la part de personnalités considérées comme progressistes (même s'il faut s'entendre sur ce que ce terme recouvre exactement mais n'ouvrons pas ce débat-là) comme Joffrin dans «Libération» ou...Nicolas Gary qui signe de loin un de ses meilleurs éditoriaux.

Et qui se sont prononcés contre cette censure abjecte et injustifiable.

Comme une délicieuse bouffée d'air frais avec des effluves iodés pour contrecarrer une pollution suintante (métaphore).

Ravi que Sylviane Agacinski ne soit plus censurée à l'université: fin de l'indignité...pour ce cas-là.

Prions pour un renversement de tendance généralisé dont ActuaLitté sera un des fers de lance(s) !

Un lecteur ravi: que d'imbécillités affligeantes déboulent au quotidien sur nos écrans d'ordis ou de tablettes etc.

Ici l'esprit a soufflé,pardonnez mon lyrisme !

La bêtise n'a pas encore tout emporté, on peut s'en réjouir en restant vigilants.

CHRISTIAN NAUWELAERS
On connaît la position infaillible de S. Agacinski sur la GPA et la marchandisation du corps féminin. Lorsque "le Monde magazine" était "le Monde 2" était paru un long article opposant S.Agacinski à Elisabeth Badinter sur le féminisme, la maternité...et bien sûr la GPA. Deux visions tellement opposées que j'ai été fort étonnée d'apprendre que les Badinter avaient...trois enfants!Quant à la question de la censure, elle se pose apparemment toujours... et "Faurisson de la bioéthique", c'est à se tordre de rire !!!
Je condamne tout acte de censure, quel qui soit. Cependant, si ce que dit Eric W dans son commentaire est vrai, il me semble plus judicieux de programmer un débat plutôt qu'un laïus sur les idées nauséabondes de Sylviane Agacinski. C'est tout pour le fond de cet article médiocre qui vient se plaindre d'une "censure" qui n'en est pas vraiment une parce que la conférence est juste reprogrammée et qui n'est finalement qu'une excuse pour exposer les idées arriérées d'un journaliste dont personne ne relit jamais les articles parce qu'il fait bien ce qu'il veut, c'est le patron.

Quant à sa forme : où est passé votre neutralité, Nicolas Gary ? Il me semble que ce sont vos idées qui sont "radicalisées". Certes, question de point de vue, mais vous êtes journalistes, et vous ne pouvez décemment pas vous permettre d'insulter vos lecteurs de "cancer" et de "terroriste" lorsqu'ils ne partagent pas les mêmes opinions que vous.

De plus vos arguments sont bidons. Parce que quelque chose est "originellement pensé" pour une certaine utilité, il est absolument interdit de l’essayer pour une autre ? Dites ça au patient qui prennent du Kardégic : "Désolé monsieur, l'aspirine a été originellement pensé comme antidouleur, vous ne pouvez pas en prendre pour fluidifier votre sang".

Quant aux droits niés, Il me semble que les personnes qui interviennent pour juger la vie d’autrui et entraver ses droits, c’est vous, et cette philosophe.

La photo choisie pour illustrer l'article, ainsi que le commentaire qui l'accompagne, sont de très mauvais goût. Et oui, les homophobes et les transphobes sont le mal absolu, ne vous en déplaise.
Vous avez écrit "nauséabond-es"? Le Petit Robert définit ainsi ce qualificatif :"qui cause des nausées, qui écoeure (odeur)". En quoi est-ce répugnant de penser que vendre son corps pour faire un enfant pour autrui revient à "marchandiser" sa chair et ce qu'il en sort ? Votre sens de l'"utilité" n'est rien moins qu'économique..."Le temps , c'est de l'argent "et il vous en manque beaucoup pour, enfin, vous poser et "réfléchir".
Marie, je n'ai pas d'opinion tranchée sur la GPA, je pense que cela doit être réfléchi avant d'être éventuellement mis en place. Je suis bien sûr absolument contre la marchandisation du corps des femmes, et je pense qu'en aucun cas, si ça se faisait, cela devrait être fait contre de l'argent.

L'auteur de cet article met la PMA dans le même sac que la GPA, et c'est là pour moi que ses idées, et probablement les vôtres également, sont "nauséabondes". Merci pour la définition mais je sais encore ouvrir un dictionnaire, et j'emploie généralement des termes que je maîtrise.
L'auteur de l'article que je suis ne met certainement pas PMA et GPA dans un même panier. Pour en arriver à cette conclusion, il faut avoir l'esprit retors. D'ailleurs, l'auteur de cet article ne donne en rien son opinion ni sur l'un ni sur l'autre sujet.

L'auteur de l'article indique simplement qu'empêcher une prise de parole pour apporter des éléments à un débat de société est d'une stupidité sans nom.
Je vais vous répondre sans employer la troisième personne du singulier si ça ne vous offense pas trop. Pardon donc, je vous cite :

« Avec une remarque d’une justesse terrifiante »

« Le cancer des opinions radicales - radicalisées ! »

Est-ce vraiment de la neutralité ?

Ça n'est pas avoir l'esprit retors que de remarquer que les deux sigles GPA et PMA sont très proches dans le titre et le chapeau, et comme il est finalement très peu question de GPA dans le corps de votre article ("GPA" apparaît une fois, "PMA" cinq) mon commentaire initial était donc en réaction à votre opinion affichée concernant la PMA et vos insultes à l'égard de ceux qui la soutiennent.

Enfin, comme je l'ai dit, je suis pour les débats, contre toute forme de censure, mais il semblerait qu'il n'y en ait pas eu au final, et il serait plus intéressant qu'à cette université soit organisé un actuel débat plutôt qu'un laïus sans contre argumentation porté par quelqu'un qui se revendique contre la PMA et la GPA.
Je vais vous le redire, et puis vous en ferez ce que vous voulez – ou pouvez, passée une certaine limite, je n'ai pas à vous prendre par la main : cet article ne reflète EN RIEN mes opinions sur l'un ou l'autre sujet. Vous êtes responsable de VOS interprétations, mais certainement pas en mesure de déclarer ce que je pense.

Soyez modeste et réfléchi, et passez à la rédaction que l'on discute pour de vrai.
"Re relisant" l'article pour ne rien omettre dans l'appréciation, je note que (presque) tout est dit dans : "Ostraciser, conscrire avant de réfléchir". Quel est le lien avec les homophobes cités dans certain commentaire, et l'article dont le "coeur" est la censure ? Ou bien je ne sais plus lire, ou bien il n'est aucune "insulte" dans l'article. Et en fin de compte, c'est bien la "choséification" de la personne humaine (PMA et GPA confondues) qui pose problème à plus d'un.
Soutien total à Marie ainsi qu'à Nicolas Gary,dont je constate qu'il ne pratique pas la censure puisque des courriels non laudatifs eu égard à ses éditos sont néanmoins publiés !

Ce qui n'est pas le cas du courrier des lecteurs -et lectrices,mais tout le monde le comprend d'office-de nombreuses publications qui ne comptent que des lecteurs d'accord à 150% avec eux selon les messages sélectionnés pour parution !

L'esprit retors et la malhonnêteté intellectuelle peuvent également s'exprimer et c'est à chacune et chacun de juger avec son bon sens.

Et à propos d'arguments bidons et fallacieux et spécieux,réponse à un élément du premier message de monsieur A.D.: «...la conférence est juste reprogrammée» (sic !).

Je doute que ce lecteur soit si mal renseigné...

Elle n'est reprogrammée que suite à la l'heureuse levée de boucliers que cette démarche liberticide inique a (heureusement) généré,dont l'édito de Laurent Joffrin -il n'est pas question de «Valeurs actuelles» ou de «L'Incorrect» ici ! -y compris par rapport à la couardise de la puissance (non) invitante qui a baissé...pavillon (restons poli) devant les modernes disciples d'Anastasie,y compris certaines Torquemadames qui ont mille fois tort de se revendiquer d'un féminisme totalement dévoyé et sectaire qui risque de faire du tort à une cause à (évidemment) défendre !

N'acceptons pas un monde orwellien où les slogans-chocs et les formules creuses et agressives, ainsi qu'une police de la pensée de plus en plus totalitaire remplacent les débats honnêtes et les argumentations fondées, intelligentes et...non censurées !

ActuaLibertté bravo !

CHRISTIAN NAUWELAERS
Agacinski : Faurisson de la bioéthique ?

Lisez le livre "GPA : l'improbable débat". Le chapitre à son sujet est édifiant.

Par ailleurs, il serait utile de rappeler, comme l'a pointé le journal La Croix, journal favorable à ses idées, que l'université n'a même pas daigné contacter les auteurs de la lettre qui critiquait la venue d'Agacinski dans un show sans contradicteurs. Alors parler là de censure, c'est inapproprié. Il faudrait plutôt parler de tentative de victimisation.
En réponse à Eric Waldo: tout(e) conférencier/ère a le droit d'exposer ses idées dans le cadre d'une conférence, tant que les propos ne tombent pas sous le coup de la loi !

Il s'agit d'une liberté d'expression fondamentale.

C'est du «progressisme» -de tartuf(f)es et tartuf(f)ettes -que de vouloir la supprimer ?

Et puis quoi encore ?

Personne n'a l'obligation d'adhérer,que ce soit totalement ou partiellement, aux idées de la personne qui s'exprime en public.

Mais elle a parfaitement le droit de le faire et la victime est bien Sylvie Agacinski en fin de compte...

À qui celles et ceux qui ont tenté de la censurer-dans leur bêtise à front de taureau-ont peut-être rendu un signalé service tout en se décrédibilisant totalement.

Je suis belge: amis français, de grâce, restez notre grand voisin en tant que pays des Lumières !

Ne vous abaissez pas aux niveaux de ces talibans !

CHRISTIAN NAUWELAERS
Article partisan, qui défend hélas in fine la vision très théorique, bien pensante et essentiellement homophobe de Mme Agacinski. Nicolas Gary prend parti en prétextant la defense de la liberté d’expression... Quel dommage.
Voyez, en dépit de vos insinuations insultantes, votre commentaire est diffusé.

Parce que je trouve légitime que vous puissiez vous fourvoyer totalement sur le contenu de ce billet et plus encore, en extrapoler ce que peuvent être mes convictions.

C'est affligeant, mais je respecte totalement votre droit à faire erreur.

L'idée géniale serait de ne pas persister ni s'entêter à croire que vous pouvez savoir ce que j'ai en tête et quelle est ma position sur ces sujets, cela deviendrait grotesque.

NG
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