Les librairies de Paris ne sont plus sûres

Nicolas Gary - 12.05.2017

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EDITO – Depuis Desproges, on le sait, les rues de Paris ne sont plus sûres… Il suffit d’entrer dans une librairie pour s’en rendre compte. Passons sur l’élection dont le second tour à peine achevé nous plonge déjà dans le flux des législatives. Non, assurément les rues de Paris ne sont plus sûres. Il suffit de sortir d’une librairie, pour le comprendre.


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Benjamin Linh VU, CC BY SA 2.0
 

 

La semaine avait pourtant bien débuté : après un week-end que la grisaille avait rendu morose, le soleil se pointait enfin. Joli mois de mai, joli mois de mai… Pour trouver un peu de plénitude, l’idée de quelques achats qui occuperaient une terrasse et le samedi à venir germait doucement. Oublions la politique-fiction, et ne gardons que la fiction. 

 

Erreur.

 

Non loin de la rédaction – à quelques encablures de vélo – se trouve une librairie dont la devanture massive attire l’œil. Il était temps de s’y engouffrer, quitte à y sacrifier les quelques minutes d’une pause déjeuner. Certes, les sens uniques, où la mairie a aménagé une piste cyclable véritablement mortelle, n’aident pas à la tranquillité du vélocipédiste. Mais qu’importe : l’objet de la quête autorisait à prendre quelques risques. 

 

La douceur de l’air parisien le disputait aux particules fines, comme il se doit. Entrer dans une librairie n’avait jamais été aussi bon. Et là… 

 

Comment reprocher à un libraire de vendre ce qui se vend ? Foin des goûts et des couleurs, on apprécie toujours de retrouver des repères essentiels comme Gavalda, Musso, Nothomb ou Levy. Tout particulièrement quand ces derniers ont une publication toute fraîche. Or, de littérature, point : l’Homme En Marche avait pris ses quartiers. 

 

C’était Révolution, qui soudainement était En marche, et semblable aux sculptures spectrales de Giacometti, l’ombre présidentielle planait. Plus que l’ombre d’ailleurs, le visage souriant, amène, avenant, celui que nous retrouverons pour les cinq prochaines années, occupait les tables comme un convive indésirable lors d’un banquet. 

 

« Merd… » Aucun des calembours invoquant des gâteaux granuleux en forme de petits hamburgers ne parvenait à dérider. Et pourtant, Ladurée a fait ses choux gras du bonhomme…

 

Qu’il fut « le banquier qui voulait être roi » (L’Archipel) ou celui « en marche vers l’Élysée » (Plon), celui que certains présentent comme « un jeune homme si parfait » (Plon, derechef) voire un « président inattendu » (quelle audace chez First… on imagine mal quel effet un pareil titre aurait produit avec la concurrente FN) : il y en avait pour tous les (dé)goûts. 

 

La nausée poussée jusqu’à cet illustre Macron par Macron (L’Aube), redondant en cette période. L’ambiance est soudainement lourde, le moindre bruit devient strident, on entend chaque page tournée qui susurre « brigitte, brigitte ». La folie guette : partir, oui, mais tétanisé à l’idée de se mettre En marche, l’esprit paralyse le corps. Sueurs froides, regards effrayés des clients : vite, attraper un livre pour se donner une contenance…

Machinalement, se saisir du premier livre qui tombe sous la main. Machinalement, avancer vers la caisse. Sourire. Machinalement. Payer, sans réfléchir. Machinalement. Dire merci. Et sortir. Vite.

En reprenant une grande respiration, sur le trottoir, manquer de se faire renverser par un vélo qui fonce sans réfléchir. Le livre acheté vous échappe de la main, et regarder dépité, ce que l’on vient d’acquérir : La communication politique.

L’art de séduire pour convaincre. Non, vraiment, les librairies ne sont plus sûres...