Netflix et GAFA : une grille, deux lectures

Nicolas Gary - 25.01.2019

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EDITO – Donc, Netflix est coupable, parce que Netflix m’a tuer. La ritournelle se ressasse à l’envi dans les milieux autorisés, blâmant l’industrie de l’entertainement pour ce qu’elle a de diablement séduisant. Avec pour conséquence d’empêcher les jeunes de lire. Ah, les jeunes... vous n’avez rien contre eux ?

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zelah_w, CC BY ND 2.0
 

Si les livres se vendent moins, c’est que le lectorat est en berne. Selon les premières données GfK sur 2018, le chiffre d’affaires des éditeurs aurait diminué de 1 % en regard de l’année passée. À confirmer, certes, mais néanmoins. Le paradoxe est fameux : blâmer Netflix pour le temps de cerveau disponible accaparé, quand, dans le même temps, toutes les maisons cherchent à vendre les droits audiovisuels de leurs œuvres. 
 

Ecran, mon doux écran, ne vois-tu rien venir ?


Et pourquoi pas à Netflix, qui vient d’être enfin adoubé par Hollywood – en dépit de quelques réticences pour les Oscars. Les réalisateurs s’en donnent à cœur joie avec des budgets significatifs, le public plébiscite : difficile de passer à côté de l’entreprise.

Vendre les droits audiovisuels, c’est la manne : le CNL a d’ailleurs décidé de soutenir l’industrie et les éditeurs dans cette démarche. Angoulême – où un plus important centre de vente de droits est inauguré cette année – n’est qu’une première étape pour arriver à fluidifier le commerce, d’autres viendront, y compris pour le roman. En somme, les maisons, en manque de croissance et de revenus, alimentent leurs plus directs concurrents en matière première. 

On marche sur la tête parce que l’on entendra par la suite que les jeunes lecteurs ne lisent plus. Comment s’extirper de ce qui, à terme, est une impasse ? Produire moins, produire mieux, en laissant le temps aux éditrices et éditeurs de faire leur travail avec plus de sérénité. Utopie ? Non, impératif.

Une étude présentée l’an passé par le CNL sur les habitudes des jeunes adultes pointait bien un décrochage post-collège dans la lecture loisir, particulièrement importante chez les garçons. Et il en va de même avec les lectures scolaires, dans le cadre d’un exercice imposé. Si la télévision était présentée comme une activité concurrente à la lecture, avec 7 h 30 hebdomadaires, le smartphone représentait 6 heures de temps passé. Et la lecture n’est que la 7e activité parmi celles pratiquées chaque semaine.  
 

Comics ? Non, pas si drôle en réalité


Dans le monde des comics, les dernières analyses ont démontré que les films adaptés des univers de Marvel ou DC Comics ont plus de succès que les bandes dessinées. Alors que les superproductions accaparent le box-office avec des résultats économiques délirants, les ventes plongent. Qu’en penser ? Que les moyens déployés pour les effets spéciaux, l’immersion et le spectacle parviennent à mobiliser l’attention.

Entre un comics et un blockbuster, comment le public pourrait-il ne pas trancher à la hache ? 

Il n’en va pas tout à fait de même pour le roman : Hunger Games, Game of Thrones et ainsi de suite. Ils attirent les jeunes lecteurs et parviennent à générer des ventes – relais de croissance indispensables. L’imaginaire est plus aisément sollicité par la lecture d’un texte sans bulles ni images qu’à travers une BD – ce qui n’est en RIEN un jugement de valeur ni une considération esthétique. Simplement un constat qui se pose. 

Et toutes ces séries découlent de la production de plateformes américaines, en attendant que les acteurs français présentent une offre significative. Avec autre chose que Le père Noël est une ordure, ou une énième rediffusion des Bronzés et du Gendarme de Saint-Tropez sur un site de streaming par abonnement. Il serait bon de réfléchir.

Si Netflix m’a tuer, c’est avant tout parce que son avantage commercial est indéniable : pour moins de 11 €, ce sont des centaines de films et séries qui sont disponibles. Le prix d’un livre de poche, dont il aura fallu patienter un an voire plus avant qu’il n’arrive sur le marché. Comment un éditeur peut-il rivaliser avec un grand format représentant quelques heures de lectures, pour 20 € quand des jours entiers de binge-watching sont à portée de clic pour 10,99 € ?

Impossible. Et la solution n’est certainement pas à chercher du côté du prix du livre. 
 

GAFA... mais gaffe à quoi ?


L’entertainement est une concurrence réelle, forte, incontestable. Mais de la même manière que le Syndicat national de l’édition n’a aucune politique de lutte efficace et réelle contre les GAFA, de même, les maisons sont obligées de jouer et traiter avec les plateformes qui produisent des adaptations. 

On peut le retourner dans tous les sens : tous les éditeurs vendent sur Amazon. Aucun n’aurait l’idée de supprimer le référencement de ses ouvrages. Et pourtant, au niveau national, le SNE part en guerre contre les GAFA pour défendre un présumé droit d’auteur, devant la Commission européenne – et sa réforme du droit d’auteur. 

Dans GAFA, il y a aussi Facebook, source d’investissement publicitaire dans les entreprises : on sponsorise des posts, on valorise des liens, voire pire, on achète des fans inutilement... Et pourtant c’est ce même réseau tant blâmé en ce qu’il incarne un lieu de contrefaçon et de pillage des ressources. 

Tant qu’une position claire ne sera pas définie, tant que le message du syndicat représentatif des maisons ne sera pas en adéquation avec les stratégies personnelles de ses membres, aucune cohérence ne sera possible. Et dans l’intervalle, les récriminations se prolongeront, toujours plus larmoyantes. 

Le livre n’a pas besoin de devenir une cause nationale : il n’est pas une espèce en voie de disparition. Il lui faut en revanche un soutien fort, actif, global, de la part de ses acteurs : libraires, éditeurs, auteurs, bibliothécaires, imprimeurs, distributeurs... Tout un chacun est responsable à sa mesure, à son échelle. Promouvoir la lecture, c’est avant tout agir de façon responsable. 

Et c’est bien là toute la difficulté. 


Commentaires
Pourquoi que Netflix (Netflix se dit « craindre plus Fortnite et YouTube » que Disney ou HBO : https://www.clubic.com/video-streaming/netflix-svod/actualite-849838-netflix-craindre-fortnite-youtube-disney-hbo.html ).



Pour les Comics il y a des problèmes inhérent au genre ; comment commencer en 2019 avec 80 ans d'histoire pour certains titres et près de 50 ans pour la grande majorité des hits... Marvel et DC commencent à tenter des choses avec de nouveaux titres sans continuités qui parlerons aux fans des films plus qu'à ceux des Comics. certains anciens fans sont aussi des réac qui vivent mal la diversité (et oui pour eux la moitié féminine de l'humanité c'est une minorité "casse-couilles" bla bla SJW bla bla bla). Donc le milieu est aussi en plein chamboulement, les nouveaux lecteurs arrivant lentement (mais ils/elles arrivent quand même / voir les nouveaux fans dans des titres comme The Unbeatable Squirrel Girl, Moon Girl and Devil Dinosaur, Ms. Marvel, Champions, Ironheart, Miles Morales : Spider-Man, The Unstoppable Wasp, ou chez DC Batwoman ou Naomi et les titres Wonder Comics). Les autres éditeurs ayant chacun leurs publics mais encore plus réduit avec moins d'exposition en blockbusters (à voir avec les films Valiant, les séries Deadly Class, The Boys ou Umbrella Academy).
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