Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Si ça continue, faudra que ça cesse – mais ça ne s'arrête jamais

Nicolas Gary - 11.08.2017

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EDITO – Ce n’est pas vraiment le « mezzo del cammin di nostra vita » dont parlait Dante, mais bien la moitié de l’année qui a débuté – l’autre moitié. La seconde. Celle de la rentrée de septembre. En cette période, quelques jours avant l’avalanche de rentrée, le cœur des lecteurs, normalement, palpite. « Sauf que j’en ai marre : plus rien ne m’intéresse. » Il est temps de marquer une pause.


So Bored
Alain Levine - domaine public
 

 

Il n’y a rien de pire pour un professionnel que la saturation, quel que soit son secteur. On en vient à aspirer de tous ses vœux tout ce qui nous détournera, apportera une once de frivole originalité, toute factice. Et le jugement prend la tangente avec entrain, tandis que la PAL menace de choir. 

 

L’internaute interlope manquera de s’étouffer : « Qu’est-ce à dire que de se moucher ainsi dans la nappe ? Sans déconner : le type est payé à lire, et il voudrait nous faire pleurer ? C’est quand même pas le bagne ! » (Oui, nous avons des lecteurs qui causent fort bien !) Le bagne ni Aubagne ni Mallemort. D’abord, ce n’est pas moi, c’est une consœur. Ensuite, il est parfaitement légitime, quelle que soit la passion que l’on nourrit pour son emploi, que d’en avoir les dents du fond qui baignent. 

 

Gavé de livres, de ces romans de la #rentréelittéraire2017 #rentréelittéraire expédiés à l’échafaud, ça arrive. Et pas qu’aux chroniqueurs littéraires : aux libraires, qui eux ont en plus des cartons à ouvrir [NdR : le journaliste, en général, se contente d’ouvrir des plis]. Les bibliothécaires n’ont pas forcément le plaisir d’être arrosés de services de presse : qu’importe, ils craqueraient tout de même. 

 

Et puis, même au sein de maisons, on sature. « On nous colle une semaine ou quinze jours de force début août, pour s’assurer qu’on reprenne avec le sourire – et qu’on ait oublié tout ce que l’on doit défendre », plaisantait une attachée de presse. Vraiment ? 

 

Cet instant où même ton chat alangui sur l’étagère de la bibliothèque ne décroche plus un sourire ; quand le premier réflexe est d’allumer Netflix plutôt que de chercher sous le lit son livre ; si pour prétexte à ne pas reprendre sa lecture, un rendez-vous chez le dentiste suffit… 

 

Tout finira par rentrer dans l’ordre après les vacances, évidemment, et l’on se résignera bien à finir tel ou telle, à dégainer 2000 signes sur X ou Y. Car « Le temps est sans importance, seule la vie est importante », comme le disait Milla Jovovitch dans le 5e élément. Et pour cause.

 

Pour sa part, Érasme invitait ses compatriotes et contemporains à faire preuve de tempérance, et de manger souvent plutôt que copieusement : « La gaieté est de mise, à table, mais non l’effronterie. » S’en suivaient quelques justes recommandations de bienséance pour ne pas se comporter comme un goret en mangeant.

 

Et plus loin : « Quelques-uns ne se sentent pas rassasiés, tant que leur ventre distendu ne se gonfle de telle sorte qu’il ne soit en danger de crever, ou de rejeter par un vomissement ce qui le surcharge. » (La Civilité puérile [1530] Traduction par Alcide Bonneau — chapitre IV)

 

Faut-il vraiment en arriver là ?

 

 


Humeur et billets de la rentrée littéraire 2017


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