Un livre jeunesse pour invoquer des démons fait peur à des exorcistes

Nicolas Gary - 20.12.2019

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EDITO – On ne joue pas avec les forces obscures, même dans un livre — et encore moins dans un guide ludique. Surtout, il est interdit de fournir à des enfants des renseignements pour invoquer des démons à leur propre bénéfice. Et pourtant, Aaron Leighton vient d’offrir à la jeunesse un manuel pour tout fan d’occultisme – sérieux s’abstenir. Enfin, aurait dû s’abstenir.


pixabay licence
 

Si l’auteur se présente comme un illustrateur avant tout, et plutôt attiré par les phénomènes curieux, Leighton est avant tout un auteur pour enfants, qui ne manque pas d’humour.

Son ouvrage, A Children’s Book of Demons, aurait mérité un clin d’œil dans les médias pour ses petits conseils, relatifs à l’univers démoniaque. En effet, les lecteurs de 5 à 10 ans puiseront dans son guide de quoi créer des sceaux et produire leurs propres démons, à l’image de ceux que Leighton dépeint.
 

Noël au balcon, pactisons...


Par exemple, Spanglox, qui serait le « mieux habillé des enfers », et une fois invoqué, offrirait des recommandations vestimentaires et observations sur la mode incomparables. Ou encore, Corydon, spécialisé dans le rire, ou Flatulus, dont le nom ne laisse aucun doute quant à son champ de compétence et même Quazitoro, qui retrouve tout objet perdu — clefs, téléphone, courrier, etc.
 
En somme, un livre drôle, et comme le chantait Pierre Perret, « à part les hypocrites, les gens normaux trouvent ça normal ». Si le parolier castelsarrasinois parlait de sexualité, le message reste identique : pas de quoi fouetter un chat avec le livre d’Aaron Leighton — de toute manière, c’est mal de fouetter les chats. 

Sauf qu’une partie de l’Amérique du Nord vit manifestement encore à l’époque de la Sainte Inquisition, et prend au sérieux tout ouvrage qui permettrait d’entrer en relation avec des forces infernales. Rien d’innocent ni de risible : on ne plaisante pas avec les forces du Mal ! 

Plus encore, les religieux un brin méticuleux soulignent que l’on gagnerait à inculquer les valeurs de l’Église catholique, plutôt que des choses à même de perturber l’esprit des plus jeunes.
 

Les démons de minuit, à peine...


Alors, penchons-nous une seconde sur le contenu du livre : selon l’éditeur, l’ouvrage offre des solutions pour celles et ceux qui « ne veulent pas sortir leur poubelle », qui « pataugent dans leurs devoirs » ou sont harcelés par des gamins à l’école. Et pour remédier à tout cela, il suffit de crayons de couleur et d’un peu d’imagination. Car en somme, l’ouvrage est avant tout une forme de livre de coloriage…

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Et ici ou là, des représentants du culte alertent charitablement : les parents devraient se méfier, et ne pas laisser leurs enfants pratiquer, même pour rigoler, la magie noire pour de faux, l’invocation en couleurs, ni même les relations imaginaires avec des démons. Parce que, dit-on, c’est grave, et sérieux. Et dangereux.

Sur la fiche du livre, des commentateurs avertis et bienveillants estiment qu’il s’agit d’un ouvrage « fait de mal à l'état pur », qui véhicule « un ramassis satanique ». 
 
Un discours effrayant, conforté par l’intervention du Père Francesco Bamonte, président de l’association internationale des exorcistes — si, si, ça existe… – pour qui le travail de Leighton présente des dangers effrayants. « On ne plaisante pas avec les démons. Celui qui invite un enfant à invoquer un démon est une personne qui prend dans ses mains une grenade pour jouer avec. Tôt ou tard, l’enfant la dégoupillera et la bombe lui explosera au visage. »

Comme chacun sait, c’est le goupillon qu’il convient de retirer de ladite grenade. Et en matière de goupillons, l’Église catholique est souvent prompte à dégainer le sien pour asperger d’eau bénite ou de bons conseils.

L'obscurantisme a encore de beaux jours devant lui. Excellentes fêtes, gare aux démons, et vivement 2020... 


Commentaires
Ce type de polémique est typiquement américain, car la droite conservatrice voire réactionnaire atteint des gouffres d'obsurantisme caricaturaux dont on n'a souvent pas idée en Europe quand on n'en a pas entendu parler sur un cas précis. C'est à cause d'associations dites familiales mais en réalité religieuses et de type que TSR, l'éditeur du jeu de rôle sur table "Donjons & Dragons" a dû retirer les mots "démons" et "diables" de ses univers de jeu, dans les années 1990 ; ce sont les mêmes qui ont contraint Wizards of the Coast à ne plus utiliser le mot "démon" dans son jeu de cartes "Magic : l'Assemblée" pendant des années ; ce sont les mêmes qui accusaient la série romanesque "Harry Potter" de satanisme. Ces gens sont des fanatiques obscurantistes qu'il faut renvoyer dans les cordes autant que possibl, sans quoi ils ne s'arrêteront jamais tout seuls. Un de ces aspects des Etats-Unis qui écornent l'image de modèle qu'on a encore trop tendance à donner de ce pays en France.
Si ce n'est pas navrant... toute cette comédie d'un autre âge. Qu'on laisse les mômes s'interroger, découvrir, se poser des questions, et s'amuser, plutôt que de vouloir contraindre leurs esprits et leurs imaginations. L'abbé Bethléèm est encore très présent dans certains foyers de notre époque, hurlant, vociférant, s'étranglant à l'encontre des Titeuf et autres petit Spirou. A grands renforts de doctrine d'une autre époque, le relais religieux d'aujourd'hui exerce une pression invisible sur la production éditoriale de 2020, à quelques encablures d'un obscurantisme assumé. Même les plus jeunes éditeurs, pourtant apparus récemment, ont à craindre des remarques amicales, des freins internes et des réactions parfois disproportionnées au sein de leur propre giron. La liberté d'éditer, de créer, de s'exprimer, plutot encouragée dans les années 70 à 90, tend à se dissiper face à une main mise religieuse, renforcée par les mobilisations aussi imprévisibles que puissantes permises grâce, ou à cause de, aux réseaux sociaux. Aujourd'hui, c'est indéniable, la sortie du "guide du zizi sexuel" ne pourrait pas ne pas susciter un tollé sur internet.

Et c'est super flippant.
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