26, le roman providentiel d'une solution au conflit israélo-palestienien

Clément Solym - 18.11.2010

Interview - israel - palestine - solution


« 26 » raconte trois siècles d'histoire du peuple juif à travers deux familles qui vont se rencontrer pour donner naissance à un homme providence. C'est un roman. Rencontre avec ses auteurs.


ActuaLitté : Qu’est-ce qui a motivé l’écriture de ce roman ?

Daniel Teboul : Nous avons écrit ce livre à 4 mains, issues du milieu de la communication, du positionnement de marques et de campagnes de publicité. Nous travaillons beaucoup et sur de nombreux projets. Il y a 4/5 ans nous avons écrit ensemble un recueil de nouvelles avec pour fil conducteur la vie d'un homme. Nous en avons tiré une centaine d'exemplaires à compte d'auteur et tout le monde a trouvé l’ouvrage bien écrit, intéressant. Cela a renforcé, avec Pierre, notre complémentarité.

Nous avons, à la suite de cette publication, eu l’idée de faire un roman sur homme providentiel qui arrive à régler un problème sans solution : le conflit israélo-palestinien.


Vous n’avez pas choisi le sujet facile !
On ne peut être indifférent à ce conflit, que l'on soit juif, palestinien... Il est forcément plus pratique de se dire que l’on ne va pas y arriver, que guérir d'une maladie aussi grave n’est pas possible. Mais je crois au fond à un vrai désir de paix de tout le monde. L’idée est d’affirmer qu’il n’y a pas d’autre voie que la paix. Il ne faut même pas la paix, mais l’entente. Daniel Birnbaum a ainsi affirmé « qu’il ne faut pas tant vivre en cohabitation que de faire des choses ensemble. »


Votre solution est pour le moins percutante...

Sur la dimension politique, elle est de faire un État à moitié fédéral. Une union serait nécessaire sur le plan international tout en conservant des prérogatives locales sur le plan culturel.

La religion est un mélange d'élévation spirituelle forte et de connaissance pour réagir de façon pratique et concrète. C'est le génie du personnage central du livre : sa vision philosophique et son savoir pratique. J’aime à penser qu’il faut une haine aussi forte pour faire la paix que pour faire la guerre. C'est un livre d'anticipation, à l’intersection de Marek Halter et René Barjavel qui auraient écrit un livre ensemble, en restant cependant modeste sur la portée du parallèle avec ces auteurs.


Pourquoi remonter aussi loin dans l’histoire de Sam ?

C’est en rédigeant d’abord la seconde partie de l’ouvrage que l’on a compris la possibilité de raconter ce qu'il allait y conduire, en remontant le temps. L’histoire de cet homme, fruit d'une double culture et de plusieurs générations qui l'ont marquée, dont chacune a posé sur lui une vision. La parabole est de dire que notre culture ne vient pas que de nos parents, mais de 80 générations en amont. Ces histoires permettent de bien comprendre ce que représente la terre d'Israël pour ceux qui en ont été privés pendant XX siècle, d'où l'impossibilité d'envisager une autre voie que celle-là. La première partie ne traite pas de la culture religieuse, mais d’un mode de vie qui se base sur des principes religieux, avec des hommes qui les interprètent même quand ils ne sont pas croyants.


La seconde partie est la mise en action d'un être un peu supérieur, qui pense trouver les clés, à un moment donné, de la réalisation d’une utopie. Ce n’est pas une illumination, mais son voeu le plus cher, et il n'a rien d'autre à faire. C'est d'une certaine façon le fruit d'un désespoir, et 26 ans lui seront nécessaires pour réunir des moyens invraisemblables sans être improbables. L'une des idées phares est de dire : puisque les gouvernements n'y arrivent pas, les peuples doivent y arriver. Qu'un homme qui n'est pas issue du pouvoir puisse faire en sorte qu'il y ait envie de vivre la paix. Il entame ça avec un gouvernement de paix, avec à égalité juifs et palestiniens.


Quel public visez-vous au travers de ce livre ?

Les arabes, certains musulmans et les juifs sont par essence très concernés. Pour les autres c’est de l’exotisme. Le personnage principal, juif, a pour meilleur ami un musulman qui deviendra le premier président du nouvel État. Ce n’est pas fortuit, tout comme l’idée du gouvernement de paix, avec 13 binômes juifs et arabes cooptés qui apprennent à s'aimer.

Hussein est inspiré par des personnes palestiniens réels. Nous avons pour projet d’un second tome centré sur son histoire.



Ce que l’on a pensé du livre
L’ouvrage est pour le moins ambitieux qui, à la frontière du réalisme et de la science-fiction, ne fait rien de moins qu’établir un plan de paix entre Israël et les territoires palestiniens, avec pour résultat un État fédéral pacifié. Les auteurs n’ignorent aucune donnée ethnique ou religieuse, politique, économique, nationale et internationale. Et l’on se prend à rêver sur la faisabilité de leur thèse.

Profondément humanistes, les auteurs pointent la bêtise stérile du conflit en décrivant les richesses de la paix.


Le travail d’orfèvre sur le projet politique mis en oeuvre dans le roman laisse cependant quelques lacunes sur d’autres versants de l’intrigue. La première partie, admirablement construite, dresse, au travers des ancêtres du personnage principal, l’histoire des juifs en Afrique du nord, en Europe et aux États-Unis du XIXe à nos jours pour comprendre ce peuple aujourd’hui. Mais de l’aveu des auteurs (cf. interview), manque à l’ouvrage le pendant musulman avec l’histoire des origines d’Hussein, meilleur ami de Sam, qui n’est pas contée.

L’ombre de la défunte aimée de Sam, qui plane jusqu’à la fin de l’ouvrage par quelques évocations, aurait sans doute pu, en prenant davantage de substance, étoffer encore le roman en renforçant les personnages des vivants qu’elle hante sans disperser l’intrigue qui s’en trouve affaiblie.

Malgré ces quelques regrets sur le jeu d’écritures des auteurs, on ne peut que saluer le travail accompli, en espérant qu’il donne inspiration aux humanistes de notre temps et un réveil salutaire aux chefs de guerre improductifs.


Retrouvrer Teboul et Corbucci, 26, neuf ou d'occasion