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“À l'époque soviétique, la lecture était quasiment la seule source de joie”

Partenaire - 23.01.2020

Interview - Ludmila Oulitskaïa - journées livre russe - lecture Russie livres


Ludmila Oulitskaïa est née dans l’Oural en 1943. Elle suit des études de biologie à l’Université d’État de Moscou dans les années 1960. Plus tard, elle perd sa chaire à l’Institut de génétique Nikolaï Vavilov quand les autorités soviétiques s’aperçoivent qu’elle prête sa machine à écrire à des auteurs de samizdat. 


Ludmila Oulitskaïa - Journées du livre russe

 
Elle se consacre alors à l’écriture. Il lui faudra attendre le démantèlement de l’Union soviétique pour être reconnue et publiée. Ses œuvres sont largement traduites et diffusées à l’étranger. En France, elle est publiée dès la fin des années 1980 chez Gallimard. 

En 1996, à Paris, elle reçoit le prix Médicis étranger pour Sonietchka. Le prix Booker russe lui est décerné pour Le Cas du docteur Koukotski. Son livre Daniel Stein, interprète est récompensé par le prix Bolchaïa Kniga. En France, elle a été faite chevalier de l’ordre des Palmes académiques, chevalier de l’ordre des Arts et Lettres et officier de la Légion d’honneur en 2014 et Prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes.

Elle est considérée comme l’écrivaine russe vivante la plus lue à l’étranger. L'entretien a été menée dans le cadre des Journées du livre russe et difffusé en partenariat avec ActuaLItté.

À votre avis, les Russes sont-ils toujours aussi passionnés de littérature ?

Ludmila Oulitskaïa
: Il me semble que présenter la Russie comme un pays passionné de littérature est dans une grande mesure un mythe. À l’époque soviétique, la lecture était pour ainsi dire l’unique accès à la culture pour un Russe. En l’absence d’autres distractions, la lecture était quasiment la seule source de joie.

Depuis la chute du « rideau de fer », il est devenu possible de voyager et de découvrir des pays étrangers ; de son côté, Internet offre une palette infinie d’accès aux savoirs les plus variés. Les gens se sont mis à moins lire. Il me semble que cela se produit dans le monde entier.

L’accès accru des lecteurs russes à la littérature étrangère, qu’elle soit ou non traduite en russe, vous paraît-il se faire au détriment de la place occupée par la production littéraire russe/nationale ?

Ludmila Oulitskaïa : Je dirais que la littérature de nos jours est devenue un produit mondial et que le monde des lecteurs s’intéresse plus à la qualité des livres qu’à la langue dans laquelle ils ont été écrits. Il faut un peu de temps, le temps indispensable au travail de traduction, mais aujourd’hui, les œuvres les plus remarquables sont très rapidement disponibles en russe.

Je ne pense pas que la production littéraire russe souffre de la publication de traductions de livres étrangers. 

Vous vivez une partie de l’année à l’étranger. Cette distanciation vous est-elle nécessaire et pourquoi ? 

Ludmila Oulitskaïa : Je vis à Moscou. Moscou est une ville qui vit intensément. C’est pourquoi il m’est plus agréable d’écrire à l’étranger. Pendant longtemps, depuis les années 1990, je me suis rendue fréquemment en Allemagne précisément pour y écrire. Je bénéficiais de bourses accordées par diverses fondations.

Lorsque mes livres ont commencé à être traduits et publiés en Europe occidentale, j’y ai renoncé, considérant qu’il convenait d’en faire bénéficier des écrivains plus jeunes. 
 
Ces dix dernières années, je passe pas mal de temps en Ligurie, où j’ai acheté une petite maison où je travaille. Mais ma vie est intimement liée à la Russie, à Moscou. Ma formule personnelle est la suivante : il est plus paisible de vivre et travailler à l’étranger, mais, malgré tout, ma vie est en Russie. 

Comment imaginez-vous votre lecteur idéal ?

Ludmila Oulitskaïa : Je me fie toujours au point de vue de mes amis, c’est à eux que je m’adresse. Mon lecteur n’est pas imaginaire. C’est une personne réelle, assez éduquée, qui partage ma vision du monde. Mes lecteurs appartiennent, tout comme moi, à l’intelligentsia de la classe moyenne.

En outre, lorsque je suis à l’étranger, je vois les mêmes visages qu’en Russie, des visages de professeurs, de médecins, d’ingénieurs. Ils constituent la base de mon lectorat. Ce qui me ravit, ce sont les visages des jeunes gens qui rejoignent en nombre croissant le cercle de mes lecteurs. 


Les Journées du Livre russe 2020 se tiendront les 8 et 9 février 2020 à la mairie du 5e arrondissement de Paris.


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