À Madagascar, “le “photocopiage” très répandu n’aide pas du tout à valoriser le livre”

Nicolas Gary - 27.10.2017

Interview - madagascar Voahirana Ramalanjaona - librairie Mille Feuilles - Antananarivo librairie Madagascar


ENTRETIEN – Étant une filiale de Presstalis autrefois, c’est une Maison de la Presse qui a été créée en 1998 à Antananarivo (Madagascar) en lieu et place de la librairie actuelle. Puis, lors de sa mise en vente en 2015, Voahirana Ramalanjaona a repris l'établissement et l’a transformée en librairie café appelée désormais Mille Feuilles. « J’avais envie d’un concept novateur pour faire venir du monde, car elle est placée en plein centre-ville où il faut braver les embouteillages pour y arriver », raconte-t-elle à ActuaLitté.


Librairie Mille Feuilles (Madagascar)
Voahirana Ramalanjaona - CC BY SA 2.0
 

 

ActuaLitté : Quelles sont les spécificités historiques du marché du livre à Madagascar ?


Le livre à Madagascar n’est pas un bien acheté de manière courante : il est d’abord un achat obligatoire imposé par l’école, avant d’être un achat nécessaire et encore moins un achat de loisir. 
 

Aussi, historiquement, les transmissions se faisaient traditionnellement par voie orale. Il n’y a pas de culture du livre. Le pays a plutôt été un déversoir de dons de livres d’occasion, sans compter que le « photocopiage » est très répandu et tout cela n’aide pas du tout à valoriser le livre.

 

À ce jour, à quelles problématiques faites-vous face ?
 

Le gros problème aujourd’hui est que les autorités n’ont toujours pas réussi à mettre en place une politique du livre dans le pays. La chaîne du livre n’est pas respectée, à commencer par les auteurs eux-mêmes qui se constituent éditeurs et vendeurs en même temps : ils ne comprennent pas qu’en agissant ainsi ils dévalorisent eux-mêmes leur production.  

 

Comment établissez-vous votre sélection d’ouvrages mis en avant ?


Étant à 9000 km des fournisseurs, nous n’avons pas d’arrivages toutes les semaines ! Donc les mises en avant sont liées aux arrivages. Aussi, les évènements tels que café littéraire, café philo ou encore brunch coaching imposent les thèmes pour les livres à mettre en avant.


Librairie Mille Feuilles (Madagascar)
Mille Feuilles - CC BY SA 2.0
 


Sans compter que nous tenons compte du calendrier culturel local et essayons d’être en phase avec ce qui est organisé dans la ville.

 

Quelles sont vos relations avec les distributeurs ?


Les relations avec les distributeurs sont globalement bonnes. Je regrette juste que, trop souvent, elles sont à sens unique : les libraires lointains subissent leurs conditions commerciales alors qu’ils pourraient bénéficier de conditions particulières de par leur éloignement. 

 

Que vous apporte le réseau de l’AILF ?
 

Le réseau AILF nous apporte justement quelques facilitations dans le contact avec les fournisseurs et les organes culturels pour les sensibiliser aux contraintes de l’éloignement. Nous nous sentons ainsi moins isolés et le regroupement permet d’évoquer les problématiques communes.
 

Quel regard portez-vous sur l’industrie du livre ?
 

Je trouve l’industrie française du livre extraordinaire dans le sens où je suis impressionnée par toute la production qui y est réalisée.
 

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Par contre, je lui reproche de ne pas avoir de politique pour les pays du sud : je m’insurge contre tous ces dons de livres déversés dans nos pays, sans qu’ils soient ciblés : les livres envoyés correspondant rarement aux réels besoins des destinataires, si tant est qu’ils les reçoivent réellement.
 

Le concept de la librairie café se révèle-t-il être profitable aux deux activités ? Qu’apporte cette complémentarité à Mille Feuilles ?

 

La mise en place de ce concept est novatrice à Madagascar, car il n’y en avait pas encore. Les deux activités se complètent totalement : les thèmes des évènements du café sont choisis en fonction des livres disponibles à la librairie.
 

Cette complémentarité a fait que l’identité de la librairie se trouve ainsi renforcée, le bouche-à-oreille fonctionne très bien et cela nous apporte un succès que nous n’avions pas avec la librairie traditionnelle.
 

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