Booxup : "Les lecteurs font ce qu’ils veulent de leurs livres"

Antoine Oury - 23.09.2015

Interview - booxup - livres papier - échange prêt


Dans un monde où les outils numériques se multiplient, l'application Booxup met en avant le réseau au service d'un échange humain, celui des livres. Le service d'échange et de prêt entre particuliers a attiré l'attention d'acteurs de l'industrie du livre et de la DGCCRF, qui a diligenté une enquête préventive sur l'appli. L'information avait suscité de nombreuses réactions, notamment en provenance des auteurs : les fondateurs y répondent.

 

Bibliothèque de rue

Bibliothèque de rue à Bordeaux (Coralie Venon, CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

L'utilisation de Booxup est simplissime : après inscription, l'utilisateur ajoute les livres de sa bibliothèque à son compte, en scannant les code-barres ou en recherchant manuellement les titres. Un système de géolocalisation le situe, et lui présente les usagers à proximité : il pourra alors parcourir leur bibliothèque et vice-versa. Si un titre l'intéresse, il peut leur envoyer un demande pour leur emprunter, demander un avis ou simplement échanger des messages.

 

L'application, version 2, avait été présentée au Salon du Livre de Paris, où elle suscitait déjà des réactions chez certains auteurs, qui y voyaient une privation d'une partie de leur source de revenus. D'autres, au contraire, s'étaient félicité d'un moyen de propager le goût de lire et le partage. À la suite de l'annonce de l'ouverture d'une enquête préventive, les soutiens se sont exprimés sur les réseaux sociaux et ailleurs, mais d'autres ont manifesté leur désapprobation. Les cofondateurs de Booxup ont répondu à quelques-unes des questions qui ont été soulevées.

 

 

Pourquoi estimez-vous que le prêt entre particuliers est légitime dans un environnement où la lecture est en "décroissance" chez les Français ?

 

Toutes les études montrent que si la lecture est en décroissance, c’est principalement parmi les jeunes, du fait de la montée d’autres divertissements (écrans, réseaux sociaux…). Et si booxup connaît un certain succès, c’est aussi car le livre est encore souvent perçu comme un produit trop cher : prêter des livres est une manière d'avoir accès à plus d’ouvrages. On prête à ses voisins depuis toujours, parfois on échange, et, chose incroyable, il nous arrive aussi de donner !

 

 

Quelle est l'utilisation des données personnelles des inscrits faite par booxup ?

 

Pour utiliser booxup, il faut aujourd’hui avoir un compte Facebook ou Twitter, donc il faut utiliser une plate forme à laquelle l’utilisateur a déjà abandonné une grande partie de ses données personnelles. Pour répondre à nos utilisateurs potentiels qui souhaitent utiliser le service sans avoir recours à ces plateformes, nous allons mettre en place une mécanique d’authentification classique avec e-mail et mot de passe qui sera disponible dès octobre. Ces précision faites, et pour répondre concrètement à votre question, aujourd'hui nous ne faisons rien des données que nous collectons. Par contre, effectivement, nous avons l’intention de les utiliser. En premier lieu pour améliorer encore et toujours le produit.

 

 

Quelle(s) piste(s) envisagez-vous pour le modèle économique de la société ?

 

Il va y avoir prochainement des fonctions d'affiliation sur l'application, c’est-à-dire qu'il sera possible d'acheter un livre que vous avez remarqué dans la bibliothèque booxup de votre voisin, mais que vous préférerez acheter plutôt qu'emprunter. Il y aura aussi, à l'avenir, de la publicité sous format natif (les formats actuels sont perturbants car trop invasifs et la publicité souvent sans lien pour la personne qui la voit). Enfin, beaucoup de pistes sont à l’étude : des projets dans l’édition de livre, mais aussi dans la distribution et pour conclure sur un horizon dégagé sous forme de question « Pourquoi n’y aurait il pas un jour une liseuse booxup ? »

 

 

Quel est votre avis sur un éventuel prélèvement d'une partie de vos revenus au bénéfice des auteurs ?

 

Pourquoi le produit de cette taxe imaginaire devrait-il bénéficier aux seuls auteurs ? Pourquoi pas les libraires dont Amazon ou Fnac ? Pourquoi pas les éditeurs dont Hachette ou Editis ? Pourquoi pas l’imprimeur ? Et que vont penser les diffuseurs et distributeurs s’ils n’étaient pas aussi parmi les heureux bénéficiaires ? L’auteur est certes un maillon essentiel de la chaîne du livre, mais pas le seul. Ce qui est certain c’est qu’à de trop rares exceptions, il ne peut vivre de son art. Quant aux pistes que nous étudions, elles visent justement à établir comment un auteur pourrait être mieux rétribué.

 

 

Le code source de l'application sera-t-il ouvert aux utilisateurs ?

 

Oui, il y aura des API et une ouverture du code source de l’appli. Nous ne sommes pas encore capable de précisément vous dire quand, mais, clairement, cela fait partie des projets.

 

 

Estimez-vous souhaitable que le gouvernement intervienne pour légiférer sur l'activité de prêt entre particuliers ?

 

Nous ne pensons pas que le gouvernement actuel ait la moindre intention à ce sujet pour les livres. Personne ne souhaite un jour devoir remplir une déclaration de prêt pour un livre. On sait par contre que le développement des plateformes collaboratives posent question à l’administration fiscale, mais booxup n’est pas une marketplace. Les lecteurs font ce qu’il veulent de leurs livres, comme la loi française les y autorise expressément, et il est important que cela demeure.