Ciao bella, de Serena Giuliano : maman, italienne et superbement angoissée

Nicolas Gary - 08.04.2019

Interview - Serena Giuliano - Ciao Bella - grossesse angoisses


ENTRETIEN – Italienne jusqu’au bout des ongles, Serena Giuliano vit en France depuis quelques années. Un déracinement autant qu’une libération – ou le toujours périlleux équilibre à trouver entre l’enfance perdue et la vie d’adulte. Elle publie son premier roman, Ciao Bella, qui goûte la tendre chaleur des arancini (attention, la recette napolitaine !) et l’amertume du negroni. 


Serena Giuliano © Céline Nieszawer / Leextra / Cherche Midi


Existent-elles réellement, ces grossesses sereines vantées dans les films, où de futures mères pleinement épanouies font mourir d’envie leurs amies ? Anna, le personnage de Serena, a évidemment quelque chose de son auteure – des angoisses, démultipliées : alors que sa première grossesse fut terrible, l’arrivée d’un second enfant la bouscule profondément. C’est là que s’impose la consultation d’une psy, qui au fil du récit, devient bac révélateur, défouloir et confidente. 
 

Le plus beau jour de ta vie ? À quelques détails près...


Depuis son lancement, le livre a du mal à trouver sa place dans les médias, alors que l’auteure compte déjà une trilogie à son actif – Wonder Mum. Et pourtant, le bouche-à-oreille tourne à plein régime. C’est qu’elle s’est attachée une communauté, fidèle à son blog, Wonder Mum… en a ras la cape.  

C’est ici que toute l’histoire prend forme : « J’imaginais bien que les femmes de 25 à 45 ans pourraient partager mon expérience », explique-t-elle à ActuaLitté. Assurément, cette grossesse nouvelle, Anna la vie tout à la fois comme une malédiction, nourrissant une multitude d’angoisses et de troubles, et pourtant une immense fierté. 

« C’est assez troublant : on en parle comme le plus beau jour dans la vie d’une femme, mais pour Anna, qui a failli perdre son premier enfant, toutes les appréhensions reviennent, démultipliées », poursuit Serena Giuliano. « Contrairement à l’image véhiculée, une femme n’aime pas forcément être enceinte. Et quand elle développe ce sentiment, la société lui renvoie comme une forme de culpabilité… »

Mais il faudrait nous y voir, messieurs : « Avoir les jambes gonflées, les coups du bébé, à la fin de la grossesse, le mal de dos : tout cela n’a rien de véritablement extraordinaire ! » Bien entendu, l’émerveillement des premiers temps existe, mais les pressions sociales – cumuler les rôles de mère, femme, sa vie professionnelle – n’en sont pas moins pesantes. « Il me semble indispensable que les femmes puissent parler de cet aspect : on a le droit d’avoir des sentiments négatifs. »
 

“C’est ma Méditerranée qui m’anime


À cet aspect se mêlent les origines italiennes d’Anna – Serena, elle, vient de Salerne, ville à une quarantaine de kilomètres de Naples. « Toute ma jeunesse, je voyais la mer : elle me manque chaque jour. Même la couverture du livre m’a fait du bien », plaisante-t-elle. « Oui, c’est ma Méditerranée qui m’anime. »

Le déracinement pour le personnage d’Anna fut violent, autant que son père qui battait sa mère. « Je veux rentrer chez moi. Le problème, c’est que je ne sais plus du tout où c’est », dit Anna. « Dans mes écrits, je pars de ce que je connais, en exagérant le trait, c’est ce qui peut m’amuser », poursuit Serena. « Mes enfants m’ont offert une famille, alors que j’en avais quitté une autre, en partant d’Italie. J’ai encore cette habitude, quand j’y retourne, de dire que je vais à la maison, et que je rentre en France. »

Après 20 années passées dans l’Hexagone, « ce ne sera jamais vraiment ma patrie : j’y ai la famille que j’ai construite, mais les racines resteront dans cette Italie du Sud. Et même si je suis très consciente des difficultés que le pays traverse, la distance pousse à une idéalisation ». 
 
Naples
Naples - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Et comme pour Anna, c’est un véritable choc que d’être ainsi extirpée de chez soi. « La complexité, c’est de jongler – et aujourd’hui encore, il m’arrive de franciser des mots italiens qui, évidemment, n’existent pas ! », rit-elle. 
 

Naples-Paris, le choc (thermique) des cultures


Pourtant, à l’image de son personnage, Serena Giuliano n’a rien perdu de cette cazzimma, terme intraduisible, propre au territoire napolitain – on parlerait de ruse et de roublardise. « J’ai probablement donné à Anna plus de franchise et de cynisme – des traits de caractères que je n’ai pas (de façon aussi prononcée), une personnalité que j’aimerais avoir, d’une certaine manière. » De là des conversations avec la psy parfois rock’n' roll.

Devenir exilée, transplantée, c’est aussi apprendre un nouveau langage, celui du ressenti : comment l’exprimer ? Pour Anna, colère et peine se confondent souvent. « C’est la même chose avec mes enfants : l’un parvient sans difficulté à mettre des mots sur ses émotions, quand pour l’autre, c’est plus difficile. Colère et tristesse sont des choses proches, et réussir à les identifier, puis à verbaliser, demande un travail que la psy va aider à accomplir. » 

Parce qu’Anna ne réagit ni comme les autres ni comme on s’attendrait à ce qu’elle agisse :  « Il n’est pas donné à tout le monde de mettre une frontière entre ces choses : la psy tente de démêler ce panel de sentiments. » Mais la maternité reste une affaire personnelle…

Or, cette expatriation provoque aussi un changement de paradigme, estime Serena Giuliano : « Les mères italiennes, dans le sud, sont toujours fortes et dignes, aucune ne laisserait paraître autant qu’Anna, qui se trouve en France. Elle s’autorise des choses qu’une femme intérioriserait, à Naples. » Pourtant, chercher un soin pour mettre un terme, sinon apaiser ses peurs, « c’est une chance, que le départ de l’Italie lui a permise ». 

Alternant entre une certaine légèreté et des phases de profondes torpeurs, Anna n’a rien de triste : « Dans le texte, j’alterne les séances de psy avec de courts souvenirs. De la sorte, je pouvais évoquer des sujets qui me tiennent à coeur, quand même ils sont difficiles, tout en préservant une note de douceur. »
 

Retrouver son enfance, en donnant la vie


Accompagné par des figures mythiques de la culture italienne – comme Adriano Celentano, auteur compositeur aussi bien qu’acteur et réalisateur – c’est une autre Italie qui se dessine. « J’ai grandi, comme beaucoup d’enfants, avec ces classiques de la chanson, des chants qui ont bercé mon enfance », relève Serena. Et avec un éclat de rire, elle ajoute : « D’ailleurs, mes enfants y ont droit aussi, tous les jours, à la musique italienne. »

On dit que se sentir italien, c’est avoir à l’esprit qui revient, les paroles d’une chanson de Fabrizio de André, que l’on connaît par coeur – mais sans savoir comment on les connaît.

« Oui, je m’y retrouve bien », glisse Serena avec un sourire. Ça, et comme Anna, une famille, un mari, rencontré à 16 ans, une grand-mère qui incarne un pilier, une force référente. Il existe cette notion, développée toujours à Naples, du fai da te, forme débrouillardise. « Avec l’enfance chaotique qu’elle a eue, Anna n’est pas parvenue à se construire sur cette idée : elle a eu besoin de trouver d’autres forces, à l’extérieur, parce que trop malmenée. »

Et de conclure : « Finalement, c’est en s’apprêtant à devenir mère, et donner la vie, qu’elle retrouve le plus sa place d’enfants, accumulant des caprices et des craintes. Mais elle va créer son propre boulot, se mettre sur internet, et arriver à commencer un livre – malgré sa tendance à la procrastination. » 

La clinomania, comme la désignent les Napolitains – une nonchalance « incompatible avec la vie en France », s’amuse Serena. « J’adore voir en Italie des boutiques, avec un panneau indiquant Fermé pour cause de sieste. C’est fondamental, une part intégrante de la journée ! »

Mais l’équilibre reste toujours fragile. « Il faut du temps », soupire Serena. Qu’on sent déjà les yeux repartis dans le bleu de la Méditerranée…
 

Sortir du Feel Good Books, cette “invention d'éditeur


Côté chiffres, le roman a rencontré un succès rare pour un premier ouvrage. « Il faut se souvenir que la trilogie de Serena n’avait pas été publiée sous son vrai nom, mais le pseudo Wonder Mum. Elle était alors classée en Humour et pas en Fiction », remarque Catherine Troller, directrice commerciale du Cherche Midi.

Lors de la première mise en place plus de 5000 exemplaires sont installés dans les points de vente. Avec un coup de pouce de sa grande amie, la romancière Virginie Grimaldi, le premier tirage est épuisé en deux jours. Il faut réimprimer, rapidement — pour atteindre 17.000 exemplaires, aujourd’hui produits. 

Selon les données GfK, l’ouvrage a dépassé les 3750 ventes, en trois semaines. « Maintenant que les librairies commencent à s’en emparer, il va nous falloir aller au-delà de la prudence. Quand à Livre Paris, Serena a réalisé les meilleures ventes sur le stand, on mesurait déjà que quelque chose se passait… »
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

« Tu veux bien être la marraine de mon livre ? »  « OH MAIS OUI ! JE POURRAIS FAIRE LE LANCEMENT ? »  « Bien sûr ! »  « Et toi tu veux bien être la marraine de mon bébé ? »  « MAIS OUAAAAIS ! IL FAUDRA QUE JE LE LANCE, MOI AUSSI ? » « ..... »  (Bon elle a dit non..) C’est parce qu’elle couve mon bébé filleul qu’elle n’a pas pu être près de moi hier soir, alors on avait prévu le coup, à Biarritz en janvier, et je n’aurais pu rêver plus bel endroit, plus beau lancement et plus belle marraine pour Ciao Bella.  Merci @virginiegrimaldi i know the winter, i know the cold, but the life without you, i don’t know  (cliquez sur la petite télé en bas à gauche pour voir toute la vidéo).

Une publication partagée par Serena Giuliano (@seebyserena) le



Pour son éditrice, Noëlle Meimaroglou, « l’enjeu était avant tout de ne pas enfermer son livre dans un genre qui serait le feel good books. Cette invention d’éditeur représente aussi une catégorisation risquée pour l’avenir d’une auteure comme Serena ». 

Influenceuse, Serena avait été remarquée par le community manager du Cherche Midi, qui transmet alors à l’éditrice le roman. « J’étais alors en plein dans Les Prédateurs de Denis Robert, un tout autre genre. » Le manuscrit est embarqué, et l’éditrice rapidement conquise « par la générosité qui se dégage des pages, sa construction narrative, l’humour et la profondeur qui s’articulent si bien ». 

Rapidement, toute la maison est sommée de lire cette découverte, et une cession en format poche est opérée, avant même la sortie du livre. C’est Pocket qui remportera la mise. « En évitant l’écueil du feel good books, on laissait une véritable expression à Serena. Pour la couverture, le parti pris d’une illustration d’artiste, loin des codes attendus, devenait essentiel. »

Restait alors à trouver un champ, pour que ce premier roman trouve sa place : « Nous avons choisi d’attendre le printemps, pour que le livre dispose de plus d’espace. On se doutait que le réseau de Serena la soutiendrait. » Et laisser alors le bouche-à-oreille faire son office. 

Serena Giuliano – Ciao bella – Cherche Midi – 9782749160825 – 17 €


Commentaires
Merci pour ce beau roman je retrouve un peu de ma vie il m'a beaucoup ému je me suis amusé et parfois pleuré

Il s ent le parfum de l italie

Un vrai régal continuer vous êtes una bella donna de coeur smile smile smile
Magnifique roman, émouvant, drôle, un morceau de vie merveilleux.

Félicitations et nous attendons un autre récit bientôt
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Pour approfondir

Editeur : Cherche Midi
Genre :
Total pages : 282
Traducteur :
ISBN : 9782749160825

Ciao Bella

de Giuliano, Serena(Auteur)

"J'ai peur du chiffre quatre. C'est une superstition très répandue en Asie. Le rêve ! Enfin des gens qui me comprennent ! Je devrais peut-être déménager... - Vous avez beaucoup d'autres phobies ? - Vous avez combien d'années devant vous ?" Anna a peur - de la foule, du bruit, de rouler sur l'autoroute, ou encore des pommes de terre qui ont germé... Et elle est enceinte de son deuxième enfant. Pour affronter cette nouvelle grossesse, elle décide d'aller voir une psy.

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