Créer une formation spécifique au domaine de l'édition jeunesse et scolaire

Clément Solym - 23.09.2010

Interview - master - edition - jeunesse


Entretien avec Brigitte Louichon enseignant-chercheur, professeur de Littérature à l’IUFM d’Aquitaine.

ActuaLitté : Pourquoi la création de ce Master ? Pourriez-vous nous en raconter l'historique ?

Brigitte Louichon : D’abord, ce n’est pas un master, mais une spécialité du Master « Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » (voir IUFM).

Brigitte Louichon
L’IUFM d’Aquitaine a élaboré son offre de formation dans le cadre de la circulaire n° 2009-1037 du 23-12-2009, précisant les conditions de « Mise en place des diplômes nationaux de master ouverts aux étudiants se destinant aux métiers de l'enseignement - rentrée universitaire 2010 ». Cette circulaire précise : « Si tous les masters donnent accès aux concours de recrutement, les établissements d'enseignement supérieur sont invités à construire des cursus de formation ouvrant sur des débouchés professionnels, en s'appuyant sur leur potentiel scientifique et pédagogique ».

C’est pour obéir à cette prescription que la spécialité « édition scolaire et de jeunesse » a été imaginée. Au départ, notre « potentiel scientifique et pédagogique » nous a amenés à penser que nous pouvions proposer une spécialité « production de savoirs didactiques » (spécialité recherche) à laquelle nous pouvions associer une dimension « diffusion des savoirs didactiques » (production de documents pédagogiques). De fait, nombre d’enseignants ou enseignants-chercheurs en IUFM sont aussi auteurs d’ouvrages pédagogiques (incluant les manuels scolaires). C’est ainsi que nous avons d’abord pensé à l’édition scolaire et contacté Isabelle Magnard avec laquelle j’avais travaillé et dont je connaissais l’implication dans SavoirLivre, l’association des éditeurs scolaires.

À ce jour, il n’existe aucune formation spécifique à ce domaine particulier de l’édition. Or, la familiarité avec le monde de l’école, de ses acteurs, de ses fonctionnements, le questionnement sur la place et les usages pédagogiques effectifs des produits de l’édition scolaire et la connaissance des contenus didactiques font parfois défaut aux professionnels de ce secteur. C’est la même logique qui a prévalu lorsque nous avons souhaité associer édition scolaire et édition Jeunesse.

Il nous a semblé que l’IUFM pouvait proposer une formation en s’appuyant sur son potentiel pédagogique, dans le cadre d’une collaboration avec le SNE, et particulièrement SavoirLivre. Enfin, l’existence à Bordeaux d’un IUT « métiers du livre », formant des étudiants à l’édition jusqu’au niveau de la licence professionnelle a été un point déterminant. Nous avons associé à notre projet les enseignants et enseignants-chercheurs de cet IUT spécialisés dans l’édition.


Université Montesquieu Bordeaux IV

ActuaLitté : Quelle formation sera délivrée pour ce qui est du livre numérique ?
Brigitte Louichon : Il y aura bien sûr des cours spécifiques. Par exemple concernant la lecture (comme activité) ou encore les usages du manuel bimédia. Mais ce que nous avons voulu c’est que chaque cours intègre cette dimension. Par exemple, ce matin, j’ai travaillé avec mes étudiants sur l’apprentissage de la lecture au CP dans une perspective didactique. Un de mes collègues va travailler dans quelques jours sur les méthodes de lecture proposées par les éditeurs scolaires et il intégrera les productions numériques. Il en sera de même en droit, en économie, en marketing… Il sera partout comme une évidence. Dans le même temps, nos étudiants vont aller dans les établissements scolaires, les classes et ils vont interroger les enseignants sur leurs usages du numérique.


ActuaLitté Combien d'élèves attendez-vous pour cette première année ? Sentez-vous une demande forte de la part des étudiants ?

Brigitte Louichon : La rentrée a déjà eu lieu et nous avons dix étudiants. Le problème de cette rentrée, ça a été l’information. Je suis convaincue que dès l’année prochaine, nous aurons à l’IUFM en première année du master enseignement des étudiants qui viseront le M2 édition. La sélection sera sans doute plus difficile, car nous maintiendrons un effectif de 15 à 20 étudiants maximum (dont quelques-uns relevant de la formation continue).


ActuaLitté : Quel sera l'apport des enseignants-chercheurs dans ce nouveau Master ?
Brigitte Louichon : L’équipe pédagogique compte des EC en littérature, arts, langue, TICE et édition. Ainsi, la formation, quoique professionnelle (puisqu’elle intègre un stage de 10 à 12 semaines en entreprise et un projet tutoré par une éditrice), intègre les connaissances les plus récentes. Pour donner un exemple, je suis EC en littérature et je travaille sur l’édition contemporaine scolaire et de jeunesse des œuvres du patrimoine littéraire Jeunesse. Les problématiques que je soulève intéressent les éditeurs et j’intégrerai bien sûr ces données à mes cours.


Approfondir :
Création d'un Master Edition Scolaire et Jeunesse à l'IUFM d'Aquitaine