Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

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“Depuis toujours la Suisse a été dépendante à 80 % du marché français”

Nicolas Gary - 26.04.2017

Interview - Sylviane Friederich librairie - Morges librairie galerie - Suisse livres Librairie


ENTRETIEN — Alors que le Salon du Livre de Genève bat son plein, rencontre avec Sylviane Friedrich, libraire à Morges. Passionnée, Sylviane Friedrich a ouvert son second établissement dans une ancienne quincaillerie de la ville, et son goût pour le métier reste intact. Elle explore avec nous le marché suisse du livre, ses qualités et ses contraintes.

 


Sylviane Friedrich, crédit Philippe Pache
 
 

Quelle est l’histoire de votre librairie, comment l’avez-vous créée ?
 

Sylviane Friedrich : Ma première librairie (Librairie-Galerie de Couvaloup) est née en 1978 dans une ancienne écurie. À cette époque la ville de Morges n’avait pas de vraie librairie. Aussi ce fut un véritable challenge et les débuts n’ont pas été faciles. Elle a vécu 25 ans et a dû fermer ses portes, le propriétaire du bâtiment ayant fait faillite. Ma deuxième librairie (La Librairie) s’est ouverte en 2003 et cette fois dans une ancienne quincaillerie de 200 m2.

Un lieu chargé d’histoire pour Morges, mais où les livres s’y sont sentis très rapidement à l’aise. Un déménagement positif dans une rue plus passante, il a même permis de développer une nouvelle clientèle et d’accroître le chiffre d’affaires. Un lieu convivial aménagé comme un grand salon avec des tapis d’Orient et des fauteuils permet à nos lecteurs de flâner en toute tranquillité.

 

Quelles sont les spécificités historiques du marché du livre en Suisse ?

 

Sylviane Friedrich : Depuis toujours la Suisse a été dépendante à 80 % du marché français. La majorité des éditeurs sont diffusés en exclusivité, ce qui veut dire que les librairies sont complètement liées aux maisons de distribution qui représentent les éditeurs français. Les 20 autres % sont les éditeurs suisses et les non distribués.

Quatre langues nationales sont parlées en Suisse et le français par un million cinq cent mille habitants pour une population de 8 millions. Cette diversité linguistique offre une richesse d’approvisionnement puisque nous pouvons aussi bien travailler avec des éditeurs de la partie allemande qu’italienne.




 

À ce jour, à quelles problématiques faites-vous face ?
 

Sylviane Friedrich : La Suisse ne fait pas partie de l’Europe. Les importateurs fixent les prix selon une tabelle qui est bien supérieure au cours bancaire. Chaque éditeur a sa propre conversion. D’autre part, nous n’avons pas de prix réglementé ce qui permet la liberté des prix de vente et l’application de prix d’appel par certaines grandes surfaces.

Depuis la dévaluation du franc suisse, il y a une forte concurrence (par ex. les achats en ligne et Amazon) accentuée par la proximité des frontières qui favorise le tourisme d’achat. Les habitudes d’achat ont changé (tout, tout de suite) la fidélité n’est plus indéfectible ce qui rend la gestion du stock plus difficile.

 

Comment établissez-vous votre sélection d’ouvrages mis en avant ?


Sylviane Friedrich : Dans la masse des publications, le passage des représentants nous permet déjà de faire le tri en amont. À « La Librairie », nous sommes une bonne équipe de lecteurs et échangeons beaucoup. À chacun ses coups de cœur que nous défendons auprès de notre clientèle. Sinon nous faisons des tables thématiques ou d’éditeurs que nous changeons le plus souvent possible.
 

Que vous apporte le réseau de l’AILF ?


Sylviane Friedrich : L’AILF est un magnifique réseau d’échange, une ouverture sur le monde alimentée par sa diversité culturelle et un vaste laboratoire d’idées. Une solidarité qui me fait toujours dire que nous sommes une grande famille qui va du nord au sud et de l’est en ouest.



 

Quel regard portez-vous sur l’industrie du livre ?


Sylviane Friedrich : J’ai cinquante ans de métier !!! Autant vous dire que j’en ai vu des mutations !!! L’arrivée des poches, la démocratisation du livre d’art, etc. Aujourd’hui il y a un problème de surproduction et de vitesse. On passe trop rapidement d’un titre à l’autre.

Parfois j’ai l’impression de travailler dans la mode où l’on est toujours en préparation de la saison suivante. Mais nous vivons au temps de la mondialisation et nous accumulons une abondante information qui donne la possibilité aux éditeurs de traiter n’importe quelle actualité.
 


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