“Fidéliser, conseiller, assister et orienter”, les quatre piliers de la librairie

Nicolas Gary - 29.11.2018

Interview - Maison livre Tunis - librairie Tunisie Zoghbi - livre lecture Tunisie


ENTRETIEN – La Maison du Livre est une librairie qui voulait donner un autre aspect à l’espace et une autre dimension au livre, explique Habib Zoghbi, fondateur et gérant de La Maison du livre à Tunis. Après des années de formation et plusieurs visites aux divers salons du livre dans le monde entier, l’établissement librairie crée en 2000 continue à être un espace de dialogue, de diversité et de différence. 


La maison du livre
Maison du livre, CC BY SA 2.0

 
« Fidéliser, conseiller, assister et orienter : ce sont les quatre piliers de notre métier. La patience, l’apprentissage et l’esprit ouvert sont le résultat naturel d’une telle expérience », indique son fondateur. 

Quelles sont les spécificités historiques du marché du livre en Tunisie ?

Habib Zoghbi : Le marché du livre en Tunisie est un marché instable. Les facteurs socio-économiques sont déterminants. La non-stabilité des décisions administratives au niveau des ministères de l’Éducation ou de la Culture est accablante ; on ne peut pas travailler sur des projets à long terme malgré le fait que depuis 2011, le nombre d’écoles privées a au moins triplé, et le nombre d’éditeurs aussi. En dehors de la rentrée scolaire et la foire du livre de Tunis, l’acquisition du livre est bien un luxe.
 
À ce jour, à quelles problématiques faites-vous face ?

Habib Zoghbi : Être libraire au vrai sens du terme en Tunisie est un défi. Continuer à exercer ce métier nécessite beaucoup de courage et de sacrifices. Parmi les problématiques, j’en noterais trois principales. La première, c’est que toutes les acquisitions institutionnelles doivent passer par une consultation ou par un appel d’offres, ce qui signifie que les libraires doivent perpétuellement jouer sur leurs remises éditeurs afin d’espérer décrocher un ou plusieurs de ces marchés. 

La seule condition pour gagner un appel d’offres est de faire la proposition la plus basse. On parle de « moins-disant ». La deuxième problématique est la remise accordée par les distributeurs qui est très faible et ne pourra jamais couvrir les frais du libraire. Enfin, la lenteur au niveau logistique (transport, transit et dédouanement) est naturellement aussi un problème pour nous.

La maison du livre
Maison du livre, CC BY SA 2.0
 
 
Comment établissez-vous votre sélection d’ouvrages mis en avant ?

Habib Zoghbi : Il est important de noter que la sélection d’ouvrages mis en avant est le résultat d’une longue expérience, d’un travail de collecte d’information et de réassort. La demande de notre clientèle et le suivi des médias et des réseaux sociaux sont déterminants dans la sélection que nous faisons. D’autre part, nous animons différents clubs dans la librairie, et notamment un club de lecture. 

Ce dernier propose à ses membres des titres qui feront l’office d’un débat, l’idée est que la majorité du groupe qui sera présent au débat achète le livre en amont afin de pouvoir participer le jour-J. Enfin, nous regardons les meilleures ventes sur les sites web professionnels et chez les différents éditeurs.
 
Quelles sont vos relations avec les distributeurs ? 

Habib Zoghbi : Nos fournisseurs (distributeurs et éditeurs) sont notre capital majeur. Une bonne relation avec un distributeur permet de faire évoluer notre travail et revitalise la librairie. Le mieux c’est d’avoir un interlocuteur direct ce qui nous permet de gagner du temps et bien gérer nos commandes.
 
Quel regard portez-vous sur l’industrie du livre ?

Habib Zoghbi : Il est certain que l’industrie du livre vit une période très critique, et ce à cause de plusieurs facteurs socio-économiques (e-book, PDF…), mais le livre papier continu à persister et à être le meilleur moyen d’inter culturalisme. Les éditeurs partout dans le monde sont en train de trouver des solutions pour composer avec la situation actuelle. L’industrie du livre a besoin d’une révolution au niveau du prix du livre et de s’orienter vers la jeunesse afin de l’attirer vers le livre et vers la lecture.

La maison du livre
Maison du livre, CC BY SA 2.0
 
 
Dans un contexte de dévaluation économique en Tunisie, quelles sont les initiatives mises en place par la librairie pour compenser la perte du pouvoir d’achat ?

Habib Zoghbi : En Tunisie, la dévaluation économique est un constat. Certes. Et si ce facteur a ralenti nos importations de livres étrangers, il a donné vie aux éditeurs locaux qui ont développé leur chiffre d’affaires. Malheureusement, cela ne couvre qu’une petite partie de la demande. Néanmoins, je pense qu’une bonne politique du prix avec des tirages spéciaux à la manière de celle appliquée par Campus chez Hachette ou par le Programme +, pourrait résoudre une partie du problème.
 
Vous êtes membre de l’Association internationale des libraires francophones. Que vous apporte le réseau de l’AILF ?

Habib Zoghbi : Nous sommes membre de l’AILF et nous sommes fiers de l’être. Malgré la diminution de son budget d’année en année, l’AILF reste la locomotive dans le secteur du livre francophone. Les aides à la formation sont déterminantes ainsi que les campagnes thématiques du livre. L’AILF nous donne toujours l’opportunité de rencontrer des collègues de partout dans le monde et d’échanger de différentes expériences.
 
Vous semblez très engagé auprès du jeune lectorat. La directrice de la maison du livre de Tunis, Selma Haddad va participer fin novembre à un programme sur l’édition jeunesse organisé par l’AILF en partenariat avec le Salon du Livre et de la presse jeunesse et l’Institut national de la formation en librairie, quelles sont vos attentes vis-à-vis de ce programme ? 

Habib Zoghbi : Nous ne sommes pas seulement membre de l’AILF, nous sommes également leur partenaire et, dans cet esprit, notre participation aux différents programmes proposés par l’AILF est ferme. Cela a toujours été bénéfique pour nous de visiter les salons, de voir du nouveau monde et de découvrir de nouvelles approches pour agir.
 
La participation au programme de l’AILF et la visite du salon de Montreuil seront l’occasion de cumuler un savoir de taille et de le transmettre à nos équipes. Il est certain que ce programme de formation représentera une base, nous permettra de faire passer notre rayon jeunesse à une autre dimension, nous aidera à innover dans toute la librairie et motivera l’apprentissage de nouvelles approches. Nous, à la Maison du livre, continuons à assister à toutes les formations animées par l’AILF qui reste le noyau de toutes les actions innovantes du secteur.

 

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