Interview d'Ein Lee : mon grand souhait serait de devenir mangaka

Clément Solym - 29.04.2010

Interview - Ein - Lee - interview


Il y a peu nous vous présentions Princesse Pivoine le travail d'une jeune illustratrice Ein Lee en partenariat avec Nobi Nobi qui venait d'arriver sur le marché de l'édition. Et bien aujourd'hui, nous avons le plaisir de vous retrouver avec une interview de cette artiste de talent révélée par l'éditeur jeunesse.
Auto Portrait d'Ein Lee

ActuaLitté :  quelles sont les étapes marquantes de votre parcours en tant qu'illustratrice ?

Ein Lee : Au cours des deux premières années où j'ai commencé à publier mes dessins sur DeviantArt, j'ai eu la chance de rencontrer des personnes avec les mêmes centres d’intérêt que moi et ainsi prendre part à plusieurs projets.

Cependant, pour la plupart je ne peux pas en parler tant qu’ils ne sont pas terminés ! En dehors de cela, j'ai fait beaucoup de petites prestations d’illustration pour des sites web, des cartes à collectionner ou encore des applications pour téléphones mobiles. Mais ma collaboration avec nobi nobi ! pour Princesse Pivoine est certainement le plus grand et le plus excitant projet qu’il m’ait été donné de réaliser !
 
Ein Lee 2010 . nobi nobi ! ©

ActuaLitté : Comment avez-vous été contactée par nobi nobi ? Est-ce par le biais de votre DeviantArt ? Ou votre expo de Londres ?
Ein Lee : Pierre-Alain et Olivier m’ont contactée grâce à DeviantArt. Mais jusqu'à présent, je n’ai pas encore eu la chance de les rencontrer en chair et en os !

 
Ein Lee 2010 . nobi nobi ! ©

ActuaLitté : Que vous a apporté Princesse Pivoine en tant qu'illustratrice ?
Ein Lee : J'ai appris beaucoup plus que ce que j’aurais imaginé (ce qui n’est pas pour me déplaire, bien sûr !). J'ai appris à conserver un style cohérent dans le temps et d’un dessin à l’autre, mais aussi des notions plus techniques comme respecter des dates d’échéances ou travailler mes fichiers dans des formats exploitables en impression. Bien sûr ce projet a aussi été l’occasion de découvrir et de dessiner beaucoup d’éléments en rapport avec la culture japonaise : les différents types de kimonos, les jardins zen, et surtout… les pivoines ! Je n'ai jamais dessiné autant de fleurs de ma vie !

ActuaLitté : les illustrations que l'on peut admirer sur votre site internet ou sur votre profil DeviantArt sont tout de même bien différentes de ce que l'on peut visualiser au travers de l'album... Ce projet a-t-il été un défi pour vous ? Est-ce que travailler sur un album jeunesse vous a obligé à changer vos techniques de réalisation ?
Ein Lee : Je m’efforce de garder un esprit ouvert concernant mon dessin. C’est pourquoi, selon mon humeur et mon inspiration du moment, mes illustrations peuvent avoir des styles très différents.
Pour Princesse Pivoine, mon plus gros challenge s’est porté sur le design des personnages. Au final, j’ai opté pour une stylisation plus épurée inspirée par l'élégance et la beauté des dessins japonais traditionnels. Là encore, le fait de dessiner d’une façon un peu différente de ce que j’ai l’habitude de faire m’a permis de progresser et d’améliorer mes techniques.
 
Ein Lee 2010 . nobi nobi ! ©

ActuaLitté :
 On peut voir à la fin de l'ouvrage, dans la partie bonus, que Mifune Toshirô vous a inspiré les traits de Maki Hogo. De plus, le Japon et l'univers du manga sont très présents dans vos illustrations, par exemple sur Shirohime ou l'illustration de Chocola et Vanilla (sugar sugar rune d'Anno Moyoco). Ces deux sujets sont-ils vos univers de prédilections ? Quelles sont vos inspirations ? Vos influences ? Aimez-vous travailler sur des thèmes particuliers ou fonctionnez-vous plus au « coup de coeur », sur l'impulsion du moment ?


Ein Lee : Le manga et les anime sont évidemment l’une de mes influences principales, ainsi que tout ce qui est issu du Japon. Ce pays a toujours fait partie de ma vie en quelque sorte, que ce soit par le biais des dessins animés, de la gastronomie, de la culture au sens large, mais aussi tout simplement parce que mon grand-père et mon père parlent couramment japonais.

Au-delà du manga, je peux dire que je m’inspire d’à peu près toutes les formes d’expressions graphiques : des grands maîtres de la peinture aux comics américains en passant par l'animation traditionnelle. La plupart du temps, je travaille effectivement sous l'impulsion du moment, surtout afin que l’idée ne m’échappe pas ! J’ai quand même plusieurs styles graphiques récurrents comme le gothique, la fantasy et la mode.

Ein Lee 2010 . nobi nobi ! ©


ActuaLitté : Concernant l'album, Princesse Pivoine: à part Toshirô Mifune, quelles ont été vos grandes inspirations pour les autres personnages ainsi que pour les décors ? Comment avez-vous donné naissance au personnage d'Aya et à celui du Samuraï ?
Ein Lee : Aya et le Samouraï sont surtout inspirés par les idéaux que j'avais en tête et par leur position respective dans la société à l'ère Edo. Le visage d’Aya est très expressif pour marquer son innocence tandis que le visage plus neutre du Samouraï, attaché à son devoir, est beaucoup plus froid. Pour les décors du livre, je me suis basée sur de nombreuses références : photos de Kyoto, de jardins traditionnels et de chaque élément qui les compose (ponts, lampe de pierres…). Un grand travail de recherche a été fait, travail que Pierre-Alain et Olivier ont eu la gentillesse de m’aider à approfondir et qui a été particulièrement important pour rendre les scènes convaincantes.

ActuaLitté : Comment s’est passée la mise en scène des images ? Avez-vous travaillé à partir d'un scénario ? Si oui, était-ce l'histoire définitive ?
Ein Lee : Une fois le nombre de pages défini, le découpage de l’histoire s’est fait assez naturellement. J’ai pu rapidement réaliser un premier storyboard qui m’a donné une base de travail. C’est sur cet aspect du livre que la collaboration avec mes éditeurs a été la plus importante : certaines mises en scène ont fonctionné immédiatement alors que d’autres ont connu trois voire quatre versions complètement différentes (comme on peut le voir à la fin du livre), dans le but de trouver le meilleur ton, le meilleur rythme, mais aussi de ne pas être trop redondant dans les illustrations.
 
Ein Lee 2010 . nobi nobi !  ©

ActuaLitté : Combien de temps avez-vous travaillé sur ce projet ?
Ein Lee : Plus d'un an ! Une grande partie de ce temps ayant été consacrée à la planification et à la recherche du style et de l’atmosphère globale du livre.

ActuaLitté : Quelles techniques avez-vous utilisées pour illustrer et donner vie à cette histoire ? Croquis infographie, etc. ?
Ein Lee : J’ai travaillé uniquement de manière numérique du début à la fin, y compris les croquis et le design des personnages. Je dessine et mets en couleur avec ma tablette Wacom Intuos3 dans le logiciel Easy Paint Tool SAI, puis je réalise les montages et effets spéciaux sous Photoshop.

ActuaLitté : Enfin, quels sont vos projets actuellement ?
Ein Lee : J'essaie de développer certaines collaborations déjà en cours (j'ai été invitée à participer à un recueil de bandes dessinées initié par un ami), mais aussi mes projets personnels. Mon plus grand souhait serait de devenir mangaka un jour. Mais d’ici là, j'espère bien avoir l’occasion de pouvoir travailler de nouveau avec nobi nobi ! :)


Un grand merci à Ein Lee pour cette interview, qu'elle a eu la gentillesse d'accorder aux lecteurs d'ActuaLitté.