Interview de Nicolas Journet

Clément Solym - 21.03.2008

Interview - Nicolas - Journet - genetiquement


ActuaLitté.com : Tu veux bien te présenter auprès de nos lecteurs ? Sans dire que tu as écrit un livre, beaucoup sont déjà au courant.
Nicolas Journet : 26 ans. Parisien d’adoption. Petit blanc issu de la classe moyenne. Célibataire. Sans enfant. Aime les livres des années 50 et les films des années 70. Partisan d’une gauche laïque à la Jaurès, radicale à la Vallès, et conservatrice à la Orwell.

ActuaLitté.com : Dans Génétiquement, tu expliques que tu es comme un mutant, génétiquement différent. Comment tire-t-on profit de cet argument au quotidien ? Simple rhétorique pour ton livre ou véritable définition de toi ?
Nicolas Journet : Me qualifier de mutant est ma réalité génétique. Un de mes gènes a subi une mutation. Après, cette dénomination me plaisait par l’ambiguïté qu’elle revêt aujourd’hui avec la montée en puissance des comics. Spiderman, les X-Men… : tous sont plus des héros que des monstres. Avec eux, la différence n’est pas uniquement une faiblesse, mais une force. Dans nos sociétés occidentales vendues à l’ultralibéralisme, et ses corollaires, l’utilitarisme roi, le culte de la norme, il est intéressant de noter que les gens sont attirés par des figures déviantes.

Pour ma part, je n’ai pas de pouvoir surnaturel. Je ne projette pas des boules de feu ! Mon gène muté ne m’aide pas au quotidien. Sauf dans de rares occasions : mon syndrome de Marfan et l’hyperlaxité qu’il entraîne m’a sans doute empêché de me casser le pied lors d’une chute à scooter en permettant à ma cheville de se plier exagérément. Voilà pour le physique.

En ce qui concerne l’intellectuel, cette mutation est une véritable richesse
. Elle me nourrit indirectement. Elle m’a poussé dans un parcours qu’on pourrait qualifier d’alternatif. M’a conduit à avoir une vision particulière de la vie, à construire un point de vue… Ce qui est quand même mon fonds de commerce en tant que personne qui vit de son écriture.

ActuaLitté.com : Depuis sa publication, ce livre a-t-il changé ton quotidien ? En corollaire, je me demandais ce qui avait motivé sa rédaction : on est entre le témoignage et l'analyse de la médecine aujourd'hui. Que souhaitais-tu en faire en le commençant ?
Nicolas Journet : La publication du livre n’a pas changé mon quotidien. Personne ne m’a encore arrêté dans la rue ! Ce n’était d’ailleurs pas l’objectif. L’idée de départ était d’imiter la mode éditoriale - l’émotion contre la réflexion, le témoignage contre l’analyse… - pour tenter de lancer en fait un débat plus vaste que le récit au demeurant inintéressant de ma petite vie. Il existe de nombreux livres sur la question du nouvel eugénisme. Mais ils n’ont pas réussi à sortir notre société de sa léthargie. Sans doute parce qu’ils paraissent trop abstraits au plus grand nombre. À mon sens, revenir au concret et au particulier n’a de sens que s’il est un moyen d’interroger le général. L’enfantement est universel et contient une large part du sens de la vie. Avec les avancées technologiques actuelles, la question de savoir qui doit naître ou ne pas naître est d’une importance majeure quant à la vision de notre futur. Veut-on l’utilitarisme triomphant ? Le progressisme idiot ? Le retour de l’Homme Nouveau ? L’avènement d’une forme hypocrite de nazisme démocratique et libéral ?

ActuaLitté.com : Venons-en au fait : romancier, ça aide auprès de la gent féminine ou c'est du vent ? Aujourd'hui, tu exerces quelle profession ?
Nicolas Journet : Question drague, le fait d’écrire est avantageux. Il y a ce côté artiste qui séduit. Un intérêt se crée. Après, les femmes ne sont pas toutes des Carla. Heureusement. Un métier clinquant ne suffit pas.
Pour ce qui est de ma profession, je vais bientôt avoir le statut d’artiste auteur.

ActuaLitté.com : Après quasiment six mois, comment vont les ventes ? Après tout, tu as eu droit à un article dans le Monde : une influence sur la promotion ?
Nicolas Journet : Le livre est sorti effectivement en librairie début décembre. Pour un tirage de 3 000 exemplaires. Plus de 2 000 ont été vendus. L’article du Monde a dû jouer, mais c’est difficile à évaluer son véritable impact. La Vie y a consacré une page. La presse catholique dans son ensemble en a parlé. Sans le lire pour la plupart ! Ils ont dû voir en moi un anti-IVG… Les idiots ! En fait, les ventes sont assez régulières. Il y a un bouche-à-oreille qui se crée. Profondément, je me fous du nombre de livres vendus. De l’aspect quantitatif. J’ai reçu une lettre d’un jeune homme qui a découvert qu’il avait Marfan en lisant le livre. C’est mon prix Goncourt à moi ! Après, bien sûr, j’aimerais qu’il circule le plus possible. Qu’il puisse enclencher un débat sur le diagnostic prénatal qui n’a pas encore véritablement eu lieu. À ce titre, je pense ouvrir un blog pour poursuivre la réflexion. Voire partir sur un projet de documentaire.


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