Interview : Gilles Bachelet - Mon chat le plus bête du monde

Fred Ricou - 17.03.2010

Interview - Gilles Bachelet - Chat le plus bête du monde - Prix Baobab


Avec son « Chat le plus bête du monde » Gilles Bachelet nous a fait beaucoup rire ! Pour cette fin d'année, l'illustrateur - auteur a cherché un animal « encore plus bête » et son choix s'est porté sur l'Autruche… Pas bête comme choix ! C'est vrai, pourquoi « Il n'y a pas d'Autruche dans les contes de fées ? » Rencontre et explications.


Bonjour, Gilles. Nous n'allons pas revenir sur toute votre carrière, mais vous avez fait l'ENSAD de Paris, par la suite vous êtes devenu illustrateur indépendant, et depuis 2002, avec « Le singe à Buffon », vous êtes l'auteur de la plupart de vos albums. Comment voyez-vous votre parcours ?
Mon parcours est un parcours d'images avant d'être un parcours d'auteur : à la base je suis plutôt illustrateur. Pendant assez longtemps, j'ai travaillé sur les textes des autres ou pour la presse : pour des articles de société pour la presse adultes et pour les enfants. J'ai fait également un peu de publicité et quelques albums uniquement en tant qu'illustrateur…

Vous travaillez encore un peu pour la presse ?

Pratiquement plus. Depuis huit ans, je suis en même temps professeur dans une école des beaux-arts qui me prend une partie de mon temps et qui me donne une vraie liberté financière pour pouvoir me consacrer à mes albums. 

En 2004, vous recevez le prix Baobab du Salon de la Littérature et de la Presse de Montreuil, avec « Mon chat le plus bête du monde ». Comment est né cet album ?
Il est né déjà du fait que j'ai un chat qui est très bête et très gros. J'avais commencé tout bêtement à noter des petites choses à propos de mon chat, des aberrations de comportements – j'ai toujours eu des chats, j'en ai eu de beaucoup plus malins que ça… – et l'idée de l'illustrer par un éléphant n'était pas à la base. En même temps, dans un carnet de croquis, je dessinais des petits éléphants parce que ça m'amusait… et les deux idées se sont télescopées. Je me suis dit que ce serait amusant de parler d'un chat et de ne pas dessiner un chat pour l'illustrer.

En plus, le fait de dessiner un éléphant à la place d'un chat renforce un peu l'idée de maladresse, non ?
Oui, absolument. La plupart des choses qui sont dans l'album sont vraiment tirées de vrais comportements de mon chat : quand il fait caca à côté de sa litière, c'est la réalité. Quand il ne sait pas faire tomber une boîte de croquette même s'il est mort de faim, c'est vrai. J'aime bien jouer avec de petits décalages avec la réalité, déformer un petit peu, mettre un petit grain de sable dans l'engrenage pour que ça dérape un peu…

Vous parlez de votre chat, vous vous dessinez également. Comment s'inclut-on dans son propre album ?
Puisque je parlais de mon chat et que je voulais dire aussi que le plus bête des deux n'était pas forcément le chat, avec mon petit côté nombriliste, je me suis représenté moi-même…

En 2006, récidive avec : « Quand mon chat était petit ». Est-ce que le succès du premier appelait inévitablement un second ?
Ce n'était pas une évidence, je ne pensais pas en faire un second. En fait j'avais pas mal de petits croquis dont je ne m'étais pas servi dans le premier. Avec mon éditeur, nous avons voulu faire un petit « making of », un petit recueil de croquis d'où le petit format. Et puis, finalement, j'ai commencé à retravailler les dessins, à les mettre en couleur et puis je me suis retrouvé avec la matière d'un deuxième album.

Une question peut-être un peu bête (moi aussi…) : pourquoi l'absurde et l'humour sont omniprésents dans vos albums ?
Je pense que c'est un état d'esprit, ce n'est pas une volonté particulière d'aller dans un domaine plutôt que dans un autre. J'ai fait beaucoup d'illustrations documentaires en presse écrite à une époque, toujours de l'animalier mais là où j'ai vraiment l'impression que je mets quelque chose de moi c'est quand j'introduis un peu d'absurde et d'humour.

Vous allez souvent dans les classes, les jeunes lecteurs « percutent » rapidement à un humour adulte ?
En général, après un petit moment de surprise, ils rentrent bien dedans : « Mais M'sieur, c'est pas un chat ! » et comme les enseignants ont travaillé un peu en amont, ils ont déjà le mode d'emploi.

Il y a beaucoup de références culturelles, de clins d'œil, de passerelles, d'anachronismes…
J'aime bien jouer avec des jeux de pistes, des citations. Il y a des références parce qu'au départ j'avais un enfant qui était en âge de les apprécier. Ça amusait mon fils et ça m'amuse aussi. Ensuite, j'aime bien le pastiche. Faire une double page sur le sacre de Napoléon, ça m'a beaucoup amusé. Reprendre les couleurs, les compositions…
Il y des illustrateurs avec lesquels je sens une filiation, je cite beaucoup Benjamin Rabier, Norman Rockwell…

Votre nouvel album, « Il n'y a pas d'Autruche dans les contes de fée », fait référence aux grands contes. Les classiques sont-ils importants pour vous, et pourquoi les détourner ?
Je voulais surtout m'amuser. Après avoir fait un chat très bête, je me suis demandé ce qu'il pouvait y avoir d'encore plus bête. Et l'autruche s'est imposée tout de suite. J'ai commencé au hasard, j'ai dessiné « Boucle d'or et les trois autruches » sans avoir l'idée de faire un album. De fil en aiguille, j'ai fait de petits croquis du petit chaperon rouge en autruche et je me suis dit : « Pourquoi pas se lancer dans un album ! » J'ai essayé de me documenter sur les contes les plus connus, je les ai relus à l'occasion… ce n'est pas évident de trouver une vingtaine de contes très connus, je n'aurais pas pu en faire beaucoup plus !

Vous travaillez énormément les détails dans vos dessins ?
J'ai eu l'habitude d'aller chercher de la documentation.Avant c'était beaucoup dans les bibliothèques, et maintenant c'est plus internet. Tout ce qui est « animaux », c'est plus de l'imagination ; je n'ai pas regardé beaucoup d'autruches pour travailler les miennes. Pour que l'humour fonctionne, il faut qu'il y ait une crédibilité dans certains détails. Pour faire un pastiche, il faut aller chercher la chose juste pour que ça puisse fonctionner !

Pour finir, y aura-t-il un album avec un animal encore plus stupide ?
Non, là j'ai un projet plutôt à base d'objets. Des maternités d'objets. Je vais traiter les objets comme si c'était des animaux avec leurs portées, leurs comportements, etc.

Merci beaucoup, Gilles.
Merci.

Propos recueillis par Eglantine Sauvage [&] Fred Ricou. Photo Eric Garault




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