Interview : Hélène Ramdani - Le Navire en pleine ville

Fred Ricou - 10.03.2010

Interview - Hélène Ramdani - Le Navire en pleine ville - André Massepain


Bonjour, Hélène. Pour commencer, je te laisse présenter « Le Navire en pleine ville »…
Le Navire en pleine ville est une maison d'édition qui va sur ses deux ans de publications. Nous nous consacrons à la littérature pour les adolescents et les jeunes adultes, une littérature de genre et d'aventure. Avec une collection d'inédits qui s'appelle « Sous le vent » et une collection de rééditions qui s'appelle « Sous le vent classique ». Nous avons lancé une collection d'essais, l'année dernière, où nous avons deux titres à ce jour, un troisième qui sort le mois prochain et puis quelques projets sympas dans les cartons…

Tu parles souvent de la création du « Navire… » en une sorte d'hommage à ton père (André Massepain, auteur et éditeur jeunesse) cette filiation était « logique » pour toi. Cela devait se faire absolument ?
Non. Monter une maison d'édition ne devait pas se faire absolument. Ceci étant, il m'a fallu vingt ans pour que je me rende compte que c'était ce que je faisais de mieux, un métier d'éditeur… j'aurais pu le faire chez un grand éditeur, avoir un poste de directrice de collection, sauf que j'ai appris sur le tas et que pour pouvoir justifier d'un certain poids dans le choix des textes et dans la manière dont on a envie de mener une ligne éditoriale, il faut avoir une liberté et cette liberté on l'a si on a déjà une expérience. La mienne date. J'avais quitté le monde de l'édition il y a un peu plus de 15 ans et, finalement, pour faire le métier que j'aime et que j'avais envie de faire, comme j'ai envie de le faire, il n'y avait pas d'autre solution.
Quant à l'hommage à mon père, je ne sais pas si « hommage » est le terme qui convient le mieux. Oui, il y a une filiation, elle est évidente mais c'est plutôt une reconnaissance de ce que mon père a réussi à me transmettre qui petit à petit a mûri et qui est beaucoup plus important que ce que moi-même j'imaginais. Quand j'ai recommencé à travailler dans le métier, je ne me plantais pas et les bases étaient toujours là. Les réflexes étaient bons et la transmission s'était vachement bien faite…

Le choix d'une collection fantastique, c'est vrai que c'est aussi par rapport à ton père qui n'aimait pas ça ? Une sorte de réaction ?
Je ne crois pas que ce soit une vraie réaction. Effectivement mon père détestait les littératures de l'imaginaire, enfin, il en reconnaissait l'intérêt mais pas pour lui. Effectivement chez « Plein vent », il n'y avait pas de S.F., pas de fantastique, pas de fantasy…

Encore aujourd'hui, certains auteurs de littérature de l'imaginaire ne sont pas reconnus comme "auteurs"…
De toute façon, quand on fait de la littérature de genre, c'est toujours très mal considéré. Le polar a un statut un peu particulier parce que c'est un genre installé en France depuis plus longtemps. Le basculement s'est fait en France parce qu'il y a tout un cinéma français qui s'est appuyé sur cette littérature et qui s'est imposé au grand public. Cela reste un parent pauvre, mais on admet plus volontiers que l'on passe du polar à la littérature blanche que de la science-fiction ou de la fantasy.

Comment fait une jeune maison d'édition pour faire paraître des romans fantastiques pour ados quand on est noyé dans la masse ?
En fait, on choisit un créneau. C'est vrai que la littérature de genre populaire est déjà bien représentée. Bragelonne fait ça très bien, beaucoup de grosses maisons d'édition s'y sont mises également. Donc nous, nous avons fait un choix différent, c'est-à-dire se rapprocher, en termes de qualité littéraire, du travail qui se fait en France sur la littérature jeunesse « sociétale » où les exigences littéraires ne sont pas forcément les mêmes. En France, en littérature jeunesse, on a tendance à avoir d'un côté la littérature populaire : une littérature de plaisir, plus ou moins bien écrite, qui ne fait pas forcément appel au cerveau, mais plus au centre du plaisir, et de l'autre côté une littérature plus intellectuelle pour la jeunesse qui traite souvent de sujets de société. Moi, j'avais envie de faire quelque chose à cheval entre les deux, je voulais en faire une vraie ligne éditoriale.

Comment sélectionnes-tu les textes qui arrivent au « Navire… » ?
Cela dépend dans quelle catégorie on se place. On fait ados et jeunes adultes. Pour les ados, je cherche des livres qui ont une vraie humanité, une littérature qui se lise facilement tout en gardant une langue soutenue plus dynamique et un peu moins introspective que ce que je fais pour les jeunes adultes, avec des thèmes qui sont souvent plus proches de l'environnement adolescent et des héros proches de l'adolescence. Après, pour les jeunes adultes, je cherche des livres qui soient écrits et construits comme des romans adultes mais dont le thème, pour moi, est la préoccupation majeure de l'adolescence, c'est-à-dire les angoisses au passage à l'âge adulte et les questions que l'on peut se poser face à sa capacité en tant qu'adolescent à assumer ces nouvelles responsabilités.

Quels sont les romans que tu aimerais particulièrement mettre en avant ?
Nous avons déjà deux « classiques » qui fonctionnent depuis le début, chacun dans une catégorie différente : « C'est l'Inuit qui gardera le souvenir du blanc » de Lilian Bathelot, un roman jeunes adultes qui a été sélectionné pour plus de 27 prix et dont on espère fortement qu'il en obtiendra un, parce qu'il le mérite plus que largement. D'un autre côté, pour les collèges, nous avons « Les Virus de l'ombre » de Hicham Charif qui vient d'obtenir le Prix Farniente, en Belgique, il y a quelques jours et dont nous sommes très fiers.
Les deux qui nous semblent intéressants dans les années à venir, en jeunes adultes : « Les larmes étaient leur pardon » de Marc Vassart, qui est sélectionné pour le prix lycéen « Les Imaginales » c'est un livre très écolo sur la biodiversité, mais un thriller très dynamique et pointu avec une fin absolument amorale. Et l'autre qui est « Aria des Brumes » de Don Lorenjy, pure S.F., qui est un très beau roman avec surtout une écriture magnifique. C'est un premier roman, c'est un tout jeune auteur et je l'aime particulièrement.
Le tout dernier pour les collèges, c'est « Le Prince de Bactriane » de Muriel Carminati, où l'on est vraiment sur une histoire de carrefour des civilisations entre la Grèce antique et le début de l'Inde bouddhiste.
 

Quels sont les projets du « Navire… » dans un futur proche et un futur plus éloigné ?
Pour le futur proche, nous montons une opération à laquelle nous tenons beaucoup et où nous allons nous investir énormément : la collection « Avis de tempête », la collection d'essais où on lance une sorte de conte philosophique écrit pas un jeune gitan. Nous allons faire le lancement national du livre le 24 mai aux Saintes-Marie-de-la-Mer, après la procession. Il y aura un CD qui accompagnera le texte, parce que l'on veut pouvoir le distribuer en partie par le biais d'associations, gratuitement, à la communauté gitane pour que tous aient accès à ce texte sur la réconciliation des cultures, l'ouverture à l'autre…
Et pour un futur plus éloigné : plein de projets dans les cartons et le sentiment que l'on est en train de passer des caps…

Je te remercie…
Merci.

Le site des éditions Le Navire en Pleine Ville : www.lenavireenpleineville.com




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