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L’avenir du livre : payer encore moins les auteurs pour produire encore plus ?

Nicolas Gary - 06.02.2020

Interview - Samantha Bailly - artistes auteurs - rapport Racine


Depuis la diffusion du rapport de Bruno Racine, une certaine crispation règne dans l’industrie du livre. À ce titre, les tensions vécues lors du festival de la BD d’Angoulême sont particulièrement évocatrices. Au-delà du constat posé sur la situation des artistes-auteurs, ses recommandations font grincer des dents. Avec même un esprit corporatiste qui surgit — renvoyant notamment les parties à une étude d’impact.

La vice-présidente de la Ligue des auteurs professionnels, Samantha Bailly, s’était lancée dans un exercice d’explication méthodique. Nous revenons avec elle sur certains éléments.


© Benjamin Chaud


ActuaLitté : Le rapport Racine fait l’unanimité chez les artistes-auteurs. Mais le Syndicat national de l'Édition fait montre de plus de réserves. De même que les organismes de gestion collective, qui ne l’accueillent que du bout des lèvres. Pourquoi, selon vous ?
 
Samantha Bailly : Le rapport Racine est un constat lucide, pragmatique et incontestable qui propose des mesures très concrètes pouvant améliorer en profondeur les conditions de création de tous les artistes-auteurs. De fait, un rapport aussi pointu sur les plans juridique, fiscal, social et administratif apporte une lumière bienvenue dans des zones très opaques jusqu’alors. Il y aura un avant et un après.
 
Le SNE n’a aucun intérêt financier à soutenir ce rapport : les préconisations sont en faveur d’un pourcentage minimum sur l’exploitation des œuvres, de la rémunération du travail créatif, et d’un appel à l’État à prendre enfin son rôle de régulateur pour protéger les auteurs et autrices. Notons que le livre est un secteur hautement régulé, ne serait-ce que via le prix unique du livre. Mais aucune mesure de cette envergure n’a été prise pour les auteurs et autrices, qui restent – comme le dit le rapport – dans l’angle mort des politiques culturelles.

La mise en place des mesures signerait la fin des auteurs et autrices comme l’éternelle variable d’ajustement du secteur. Cela nous redonnerait notre juste place, en encadrant nos conditions de création et en relançant un processus de professionnalisation. Le SNE pourrait y avoir une autre forme d’intérêt : rebâtir un corps professionnel et réduire la voilure de la production de livres. Ce serait reconstruire la possibilité de découvrir les best sellers français de demain et donner des conditions de travail plus confortables à tous les salariés de l’édition, sans parler bien entendu des libraires qui dénoncent la surproduction.
 
Pour les organismes de gestion collective, le rapport étant objectif, il pointe également la représentation professionnelle et la cartographie des intérêts en jeu. Les OGC ont pour mission de collecter et répartir les droits collectifs. Ce sont des sociétés privées, agréées par le ministère de la Culture, qui sont nombreuses et en concurrence entre elles. Parfois, elles sont même paritaires entre auteurs et exploitants des œuvres.

De fait, leurs adhérents sont nombreux, puisque nous sommes obligés de nous inscrire à l’une de ces sociétés pour récupérer l’argent collecté en notre nom. Nous avons des intérêts communs avec les OGC, notamment sur le droit d’auteur au sens large, et nous menons certaines batailles ensemble avec ferveur.
 

Mais comme le souligne le rapport, le droit d’auteur s’intéresse uniquement à l’exploitation des œuvres, pas à ce qui préexiste : nos conditions de création. Plus encore, le rapport pointe la question des « irrépartissables », c’est-à-dire l’argent non réclamé par les auteurs et autrices, qui au bout de plusieurs années alimente la trésorerie des OGC et/ou des dispositifs d’action culturelle. Le rapport met en exergue ce paradoxe : l’argent généré au nom du droit d’auteur finance finalement très peu… les auteurs et autrices eux-mêmes.


© Roland Garrigue

 
Le rapport recommande de renforcer la défense collective par leurs syndicats, les seuls à même de représenter les intérêts moraux et matériels d’une profession. Nous sommes aujourd’hui dans une situation où les syndicats de tous les métiers créatifs survivent sur le bénévolat de quelques bonnes âmes, parvenant parfois à recruter des salariés en multipliant des subventions et des projets culturels… qui les éloignent de leur but premier. Ces subventions ne vont pas sans poser des questions de dépendance.

Or, en France, la représentation professionnelle se base sur des critères clairs, l’indépendance étant l’un d’entre eux.
 
Samantha Bailly : Oui. Ainsi, la brillante solution proposée par le rapport Racine est de réorienter une partie des irrépartissables vers le financement pérenne de syndicats élus via des élections professionnelles, et ce sans condition, assurant ainsi moyens et indépendance. Concrètement, cela signifie donc rerouter une partie de l’argent du droit d’auteur perçu par les sociétés de gestion collectives vers les organisations professionnelles élues par les artistes-auteurs eux-mêmes. L’argent des auteurs et autrices qui retourne à la défense des intérêts de la profession.

Aucun OGC n’a montré à ce jour son soutien à ce dispositif, les communiqués allant plutôt dans le sens inverse. Cela dévoile une simple réalité : une société de gestion collective doit défendre les intérêts de sa société. C’est normal. Mais, en attendant, il ne faudrait pas que les auteurs et autrices voient d’un côté les OGC avec de somptueux hôtels particuliers et la gestion de millions d’euros, et de l’autre des syndicats exsangues avec une population d’auteurs et d’autrices dont 41 %, vivent avec moins que le SMIC.

Est-ce qu’un OGC montrera bientôt son soutien à ce mécanisme visant à soutenir la défense collective des artistes-auteurs ? Ou y verront-ils une opposition à l’idée de financer enfin la défense de leurs professions, avec une approche leur permettant d’améliorer leurs conditions de vie ? L’avenir nous le dira rapidement.
 
En fait, le rapport Bruno Racine agit comme un révélateur qui permet à tous les auteurs et autrices de voir de façon très lucide les forces en jeu. Et une question doit se poser : qui aujourd’hui défend non pas « le droit d’auteur » au sens large, mais les « droits des auteurs ». Autrement dit, qui défend les conditions de création des artistes-auteurs, et avec quels moyens ? La réponse : les syndicats, et sans moyens. Ce qui explique aussi notre faiblesse dans les négociations et la dégradation si rapide de nos conditions.
 
Le Syndicat national de l'Édition regrette qu’il n’y ait pas d’étude d’impact. Qu’est-ce que cela apporterait ? 
 
Samantha Bailly : Il y a un dessin très drôle de Sylvain Frécon à ce sujet, qui résume sans doute bien la situation… Les études sont une façon de gagner du temps. Exemple : en 2017, on a proposé de répondre à nos inquiétudes sur la rémunération en littérature jeunesse par une étude de secteur jeunesse. Nous sommes en 2020, l’étude n’est toujours pas sortie. Honnêtement, des chiffres, des études, des constats, nous en avons déjà assez. D’ailleurs, nous avons joué le jeu, et au final, le temps s’écoule et rien ne change.
 

 
Le rapport Racine ne traite pas de la chaîne du livre, sa mission était bien d’enfin mettre le projecteur sur les artistes-auteurs et de trouver des solutions pour les remettre au centre et des politiques culturelles, et des industries créatives. C’est chose faite. Si évidemment certains sujets méritent un véritable dialogue social et une structuration interprofessionnelle, comme le contrat de commande, le ministre a été très clair. Ce rapport est fait pour être mis en œuvre.
 
Quelle menace pèserait sur la chaîne du livre, si la rémunération des auteurs était réévaluée ?
 
Samantha Bailly : J’aimerais bien d’abord qu’on cible le sujet : les auteurs et autrices français. Car de fait, ces derniers ne représentent finalement qu’une portion des auteurs et autrices publiés sur le territoire français, quand on voit le nombre important d’importations via les traductions. Le SNE donne le chiffre de droits d’auteur générés dans le livre, mais le résultat de ces calculs est biaisé : dans ces droits d’auteur, combien sont reversés à des auteurs et autrices français, combien à l’étranger ?

Nous savons que, de fait, les cessions étrangères représentent des montants faramineux en comparaison de nos maigres à-valoir. Et combien parmi ces droits d’auteur sont reversés aux directeurs de collection de façon légale... ou illégale ?
 
En fait, quand des groupes éditoriaux font des acquisitions de droits à l’étranger, il n’y a aucun problème pour verser des montants d’à-valoir à cinq chiffres, voire plus, des pourcentages à 10-12-14 % – cela uniquement pour les droits d’exploitation France, sur une durée limitée et en plus d’importants frais de traduction [Ndlr : le Centre national du livre a apporté en 2018 plus de 3,3 millions € d’aides à la traduction pour les éditeurs]. De l’autre côté, nous avons les auteurs et autrices français, avec des à-valoir moindres, des pourcentages moindres, qui n’engendrent aucun frais de traduction, qui cèdent la totalité de leurs droits patrimoniaux sur le périmètre de l’édition, et plus encore (audiovisuel, produits dérivés, droits étranger, etc.) et ceci pour 70 ans après leur mort.

Je ne vois pas en quoi revaloriser les rémunérations des auteurs et autrices français « menacerait » la chaîne du livre : la chaîne du livre est tout à fait capable de s’adapter à une rémunération des auteurs et autrices plus importante, comme elle le fait avec ses acquisitions de droits étrangers. D’ailleurs, notez que ce sont ces titres qui ont été acquis pour d’importantes sommes qui sont les plus visibles et défendus. Logique : les groupes éditoriaux ont investi, donc le tirage va avec, le plan de communication, la mise en place, et donc les ventes.


© Xavier Collette

 
Éventuellement, cela signifierait payer mieux les individus pour produire moins de livres. Une sélection plus resserrée, serait-ce pesant pour un secteur qui dénonce la surproduction ? Au contraire : cela représenterait un bon moyen de sortir de ce cercle vicieux de produire toujours plus. L’édition est une industrie qui répond à la stagnation de la demande par la profusion de l’offre. Est-ce bien raisonnable ?
 
D’ailleurs, il semblerait que toute la chaîne soit fragile : la paupérisation touche éditeurs, libraires… Tout le monde serait logé à la même enseigne ?
 
Samantha Bailly : Les discours sont très contradictoires : le SNE affiche pourtant fièrement une grande vitalité économique sur ses communiqués. Prenons le secteur BD : une année record, avec 555 millions de chiffres d’affaires, soit + de 9 % !
 
La stratégie rhétorique du SNE s’est construite sur un imaginaire lié à un secteur du livre artisanal et fragile. C’est une stratégie qui occulte la réalité industrielle de cette économie, qui est pourtant aujourd’hui une réalité bien tangible. Ainsi, cette posture permet de mélanger les petites structures indépendantes (librairies, éditeurs indépendants) avec le reste des acteurs économiques dominants du secteur du livre (grandes surfaces spécialisées, groupes éditoriaux).

Peut-on parler de fragilité si l’on regarde les chiffres d’affaires et bénéfices nets de grands groupes éditoriaux, qui sont aussi leurs propres diffuseurs/diffuseurs ? Car évidemment, jamais n’est abordée la question des groupes qui possèdent également leur propre structure de diffusion/distribution. Prenons juste Hachette Livre, d’après société.com : 1, 087 milliard € de chiffre d’affaires, 75,563 millions € de résultat net. Cette société n’est donc pas en difficulté.
 
Rappelons que de nombreux éditeurs indépendants ont soutenu les revendications des auteurs et autrices, en proposant même un contrat d’édition alternatif équitable. Cet argument n’est donc pas recevable. 
 
En quoi accorder une rémunération minimale – les fameux 10 % de droits d’auteurs demandés – aurait pour conséquence de publier moins ?
 
Samantha Bailly : Je pense qu’encore une fois, si l’on prend l’exemple des acquisitions de droits à l’étranger, tout cela est à relativiser. Je ne suis pas sûre que le pourcentage soit finalement l’enjeu qui inquiète le plus : en littérature générale, si cela a tendance à baisser faute de minimum fixé, c’est un usage qui n’a jamais empêché ni de vendre beaucoup, ni de publier beaucoup.


© Paul Bona

 
Une autre revalorisation du rapport Bruno Racine est celle de la rémunération du travail créatif, et de la remise en cause de la notion d’à-valoir, qui n’a en effet aucune existence légale et qui nous place dans une immense insécurité juridique, notamment sur le plan du droit social. Finalement, le pourcentage, c’est la récompense en cas de succès. Ce n’est pas là que le « risque » est le plus grand. Il s’agit d’une juste répartition de la valeur sur l’exploitation des ouvrages. Le véritable risque, c’est de rémunérer l’amont, la création même. Cela pourrait pousser en effet à publier moins, puisqu’à investir plus par ouvrage.

Est-ce grave si cela se produit ? Cela ne résoudrait-il pas la crise que dénoncent les libraires depuis des années, inondés par un nombre croissant de titres ?
 
Cependant, dans une récente interview aux Échos, le président du SNE parle bien de “métier” pour les auteurs : n’est-ce pas une avancée ?
 
Samantha Bailly : Vincent Montagne a un grand mérite : c’est quelqu’un qui semble personnellement convaincu que les auteurs et autrices exercent un métier, via sa propre expérience d’éditeur. N’oublions pas que Média Participation est un groupe lié aux pratiques de la bande dessinée, et dans ce secteur, pas d’ambiguïté dans la perception de la pratique : on travaille.

Néanmoins, dans cette interview, il affirme : « J’invite d’ailleurs tous les auteurs à être très précautionneux quand ils affirment haut et fort vouloir vivre de leur métier. » C’est très ambigu. Les créateurs et créatrices de ce pays savent que ce choix de carrière est profondément incertain. Aucun doute. Personne ne dit que tout le monde doit et va vivre de ses créations. Mais nous affirmons que cela doit rester possible, que l’édition comme toutes les industries créatives a besoin d’un vivier de professionnels, et que faute d’encadrement et de régulation, vivre de sa création ne sera plus qu’un souvenir.
 
Quelle serait la part de responsabilité des Affaires sociales dans la situation des artistes-auteurs ? 
  
Samantha Bailly : Selon le SNE, le déclencheur de la crise actuelle serait le Ministère de la Solidarité et de la Santé. Si personne ne nie que notre statut est très mal géré depuis 1975, cela n’aurait aucun lien avec la baisse des rémunérations ? Notre crise est systémique, comme le pointe le rapport Racine, et tous ces éléments ont bien plus de lien entre eux qu’on ne l’imagine. Un grand travail d’harmonisation est à mener pour bâtir un véritable statut professionnel des artistes-auteurs, qui peut conduire enfin à des droits sociaux élémentaires et des accords-cadres sur les conditions de création.

Tout va ensemble : l’amélioration de nos droits sociaux est liée à la reconnaissance des artistes-auteurs à la fois comme des propriétaires d’œuvres, mais aussi comme des travailleurs. Nous sommes bien des individus, et pas seulement des œuvres — nous avons des corps, nous mangeons, nous nous blessons, tombons malades, etc. C’est ce changement de paradigme que propose le rapport de Bruno Racine.
 
Pour finir sur les notions de responsabilité, rappelons que le SNE a cofondé l’AGESSA et siège actuellement à son bureau (avec 1,1 % de contribution diffuseur, soit 30 fois moins qu’un employeur en France). Personne n’a raté le récent scandale qui vient d’éclater après 40 ans dans l’ombre : que notre organisme de sécurité sociale n’avait pas effectué son travail de recouvrement de cotisations retraite pour 190.000 artistes-auteurs.

Les préjudices sont immenses. Le rapport de Bruno Racine pointe une double responsabilité : interne, celle du pilotage de l’AGESSA, et externe, celle des Ministères de tutelle. Un tel drame social ne doit plus jamais se reproduire. C’est le signe qu’il faut rapidement éclaircir la représentation professionnelle. Dans quelle autre profession de telles pratiques illégales auraient pu perdurer sans que cela n’éclate au grand jour rapidement ?
 
Comment SNE et Conseil Permanent des Écrivains ont-ils fait évoluer la position des auteurs ces dernières années ? 
 
Samantha Bailly : J’ai été en tant qu’autrice membre du Conseil Permanent des Ecrivains, je ne le suis plus, mais j’ai suivi durant plusieurs années les réunions de négociation. Je peux donc apporter mon point de vue personnel et plus distancé. Le dialogue social est gelé. Il y a quelques réunions, bien entendu, mais rien n’avance. Ou quand cela avance, les biais et effets de bord peuvent être nombreux, ce qui mériterait l’expertise de nombreux avocats. 

Les auteurs refont Mai 68 à Angoulême
Dessin de Morvandiau (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 
 
Nous l’avons vu lors des États Généraux du livre, cela illustrait bien finalement ces négociations : on demande 10 %, on nous répond non. Nous voilà bien avancés. Je l’ai dit lors des États Généraux publiquement, et je le pense toujours : notre seul recours désormais est l’intervention de l’État, pour rebattre les cartes et créer un cadre plus favorable à des avancées majeures. La crise est trop grande pour nous contenter de petites avancées, il faut bien plus d’ambition et une vision plus transversale.
 
En peu de temps, nous nous sommes rapprochés d’autres syndicats de métiers créatifs (scénaristes, vidéastes, peintres, plasticiens, etc.). Nous construisons actuellement, et c’est inédit, notre culture artistes-auteurs. Peu importe le secteur économique, nous avons les mêmes problèmes structurels avec les exploitants des œuvres. Les organisations professionnelles sont trop faibles dans le rapport de force.

D’où la nécessité de revoir la représentativité professionnelle de façon claire et démocratique, avec des critères objectifs, tout en équipant et finançant enfin les syndicats pour que ces derniers puissent peser dans les négociations, selon leurs secteurs bien sûr, mais avec cette vision transversale qui manque tant. Cela veut dire reconstruire un cadre de négociation beaucoup plus encadré, sous l’égide de l’Etat, avec un calendrier de résultats, une obligation de négociation et dans un état d’esprit plus transversal.

Nous sommes artistes-auteurs parce que nous créons, pas en fonction de notre secteur économique. C’est dans ce sens que va la proposition du Conseil des Artistes-Auteurs du rapport Racine, que de nombreux syndicats estiment être l’une des mesures prioritaires, pour nous redonner une chance de peser dans les négociations.

Le rapport de Bruno Racine porte absolument toutes les clefs dont nous avons besoin pour enfin sortir de cette triple crise : économique, sociale et administrative. Nous espérons vivement que le ministre de la Culture s’emparera de ces 23 propositions pour les entériner à la fois rapidement pour celles qui le permettent, mais aussi de façon très construite. De fait, on le voit, c’est un véritable chantier. Nous devons rebâtir. 


Dossier - De l'auteur à la création : le rapport Racine, une nouvelle politique publique



Commentaires
La solution : dans un gâteau, on coupe à part égale. C'est le minimum quand on est honnête.

Tout le reste est du vent...

Ça fait donc 20% pour les auteurs. C'est donc un... minimum.
Eh oui, bien évidement ! Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement.
Je suis libraire depuis 25 ans et indépendant depuis 2003.

J'ai vu mon métier évolué, en mal: surproduction éditoriale, difficulté à faire un véritable travail de valorisation du fond, l’impression de faire du remplissage de rayons plutôt que de valoriser les livres.

Je lis et j'entends toutes les remarques amplement fondées sur les difficultés des auteurs, leur paupérisation croissante.

Je suis le premier à le déplorer car quand je propose un livre à un lecteur, je propose le travail d'un auteur et/ou illustrateur, je propose quelque chose qui m'a plu en tant que lecteur et que j'ai envie de partager, de transmettre.

Je suis le premier à dire qu'il faudrait améliorer les rémunérations des auteurs.

Petite anecdote; récemment je reçois un représentant d'un grand groupe de distribution. On m'annonce que les CGV consenties vont évoluer, que mon CA BD a baissé de 1000€ sur l'année 2019. Je lui réponds que je comprends, et que si la baisse de ma remise venait à permettre l'augmentation de celles des auteurs, je trouverai cela normal. Non, je n'y était pas du tout, ce groupe de distribution avait plutôt comme objectif de réorganiser les remises consenties entre les différents circuits de distribution...

L'article évoque aussi un aspect qui trop souvent échappe au radar : la question des groupes qui possèdent également leur propre structure de diffusion/distribution.

Pour rappel, Vincent Bolloré a racheté Editis en fin d'année 2018. Et ce n'est certainement pas par philanthropie ou par amour de l'art...
Libraire et indépendant également, je ne peux qu'appuyer ce commentaire.



Personnellement, je ne cesse de me poser la question de savoir qui, parmi les acteurs du monde du livre, tire réellement son épingle du jeu? Pas les auteurs, on est d'accord, pas les libraires non plus (CA en hausse légère ici, mais taux de retours explosé avec repercussion sur les frais de transport correlés en plus à des achats/mises en place galopantes quand bien même on essaye de faire le contraire...), pas les éditeurs si on en croit leurs déclarations...

Je me pose sérieusement la question quant aux diffuseurs (et distributeurs) qui semble t'il dégagent des marges assez honorables et qui se permettent encore le luxe de réorganiser leurs équipes de diffusion de façon incompréhensible en leur demandant toujours plus, toujours mieux à l'encontre parfois du bon sens.



Tout ça est très nébuleux.
Je suis très engagé dans le combat des auteurs, mais 20%, c'est méconnaitre totalement le milieu. Avec notre maison d'édition, beaucoup de nos contrats montent à 15 % droits d'auteur, c'est extrêmement rare. Nos contrats sont parmi les plus protecteurs que j'ai pu voir en 11 ans de carrière. On a la chance d'avoir aussi des crowdfundings, une grosse communauté, de faire des salons deux fois par mois, donc on a pas mal de ventes en direct et pourtant, ça fait deux ans que notre société est en négatif de 30 000 euros. Les choses ne fonctionnent pas ainsi. La revendication des 20%, je veux bien, mais il faut que tu complètes ton message en précisant que le diffuseur, le distributeur et le libraire ainsi que la TVA se délectent d'une partie des 60 à 70% qu'ils ponctionnent sur chaque livre, sans parler de l'imprimeur, du maquettiste, etc... Avec 20% pour l'auteur, il resterait moins de 10% pour l'éditeur, donc je ne vois pas comment il pourrait rembourser ses 25 000 euros d'investissement sur une BD à moins d'en vendre minimum 40 000, choque que TRES PEU d'auteurs arrivent à faire. Donc oui, il faut un minimum de 10% c'est indispensable, mais pour 20%, il faudrait que l'auteur en question offre une garantie de vendre au moins 40 000 bouquin, ce qui ne concerne même pas 5 % auteurs en activité. Bref, c'est un vaste sujet. ^^
Bonjour, comment ça se passe entre un éditeur / un auteur et un crowdfunding, je sais que l'argent au delà du minimum requis par Aerinn était pour elle (pour prendre un exemple), cela remplace l'acompte ? ou cet argent est "bonus" pour l'auteur ?
Absolument ! Vous oubliez juste le distributeur.
Je pense que je me suis mal fait comprendre...

20%, ce n'est pas la galette de l'auteur sur la part de l'éditeur : c'est la répartition juste du coût final de l'œuvre réparti entre les cinq acteurs majeurs : auteur, éditeur, imprimeur, diffuseur et libraire.

Il est sûr que ça va en faire grincer des dents, mais réparti ainsi, l'éditeur et l'auteur ont un combat COMMUN à mener...

En tout cas, ravi que vous ayez cette politique envers les auteurs : c'est quand même très rare aujourd'hui.
"20%, le minimum des 100 !".



Vous l'avez dit, c'est pas politiquement correct mais c'est ça : "(...) pour 20%, il faudrait que l'auteur en question offre une garantie de vendre au moins 40 000 bouquin, ce qui ne concerne même pas 5 % auteurs en activité." Il faut donc une sélection des manuscrits bien plus rigoureuse, beaucoup moins de livres édités, un bien meilleur accompagnement pour chacun, bref sortir de la logique productiviste industrielle pour entrer dans une logique de qualité, de rareté...".



"20%, le minimum des 100".
Bonjour à tous.



Je n'y connais rien du tout, je me positionne en toute fin de chaine : consommateur.





OU va l'argent d'une oeuvre ?

Si l'on réduit la chaine de création d'une oeuvre papier (une BD par exemple) à sa plus simple [removed]de manière théorique), on arrive à ça:



Auteur => Imprimeur => Libraire



Alors certes, les auteurs ne peuvent pas se diffuser seuls, s'ajoute alors l'éditeur:



Auteur => Editeur => Imprimeur => Libraire



On a 4 parts:

Sur le prix final de l'oeuvre en librairie, on retire :

- le prix de la matière première utilisée par l'imprimeur (papier/encre),

- La TVA

- ainsi que le prix de la livraison (que je ne fait délibérément pas apparaitre dans les acteurs d'une oeuvre)



Il serait intéressant de savoir à combien se chiffrent ces 3 dépenses incompressibles. Si ça représente déjà la moitié du prix du bouquin, alors il est évident que la partie 'auteur' ne pourra pas toucher les 20 pourcents proposés par Toto, mais seulement 12.5. (on s'approche de ce qu'explique Fantöm).





Le reste, qui est donc la marge (non nette d'impot), serait alors divisé par 4, chacun sa part. Et chacun paierait ses impots sur son quart (ce qui diminue encore le pourcentage...).



Les différentes parties (Auteur/Editeur/Imprimeur/Libraire) seront souvent composées de plusieurs personnes ou entitées (prestataires...), qui devront se partager le quartier respectif.



Que l'une des parties considère qu'elle investit plus que les autres, qu'elle est plus méritante ou autre, apparait irrecevable. Chacun se doit d'être rentable à son niveau, car tous profiterons, à part égale, du succès potentiel de l'oeuvre en question. C'est un travail collectif.





Ce raisonnement purement théorique me met le doute sur un point:



Si on parle en terme de projet dans sa globalité:

Auteur (création) => Editeur (Diffusion) => Imprimeur (Contruction) => Libraire (Mise à Disposition)



La partie 'Auteur' doit vivre sur ses propres créations, sur les seuls projets qu'il créé.

En revanche, les 3 autres parties vont avoir facilement accès à plusieurs projets, et constituer un chiffre d'affaire basé sur la quantité de projets qui leur passera dans les mains. Mais il faut aussi comprendre qu'ils ont beaucoup plus de dépense et d'investissement (locaux, multiple salariés, machines etc...).





Mais c'est un vaste sujet comme le dit Fantöm...





Comme rien n'est quantifiable humainement, j'aurais tendance à penser qu'il faut rester sur cette simple division par 4 de la marge de la vente.



... mais qui pour piloter tout ça ???
@WizardSpike : il manque le distributeur dans l'équation.

Si l'investissement financier est plutôt facile à mesurer pour l'éditeur (maquette, impression, distribution...) qu'en est-il de l'investissement l'auteur ? Il passe entre 6 mois et 10 ans pour créer sa BD (je fais large, mais c'est ça) pour ne gagner que 5 à 10% du prix de vente du livre, rarement plus.
C'est pas l'Editeur qui distribue ?



Parce qu'il sert à quoi sinon ? Pour moi l'éditeur fait le lien entre l'auteur, l'imprimeur et les libraires.

Sinon à quoi sert-il ? certes, il peut avoir également quelque expérience du métier, apporter éventuellement quelques conseils aux auteurs (surtout pour ceux qui débutent), mais pour moi son rôle est surtout administratif et relationnel, donc il devrait remplir la fonction du distributeur.

Et c'est la raison pour laquelle, dans mon raisonnement précédent, j'ai pris en compte la livraison dans le prix final du livre. (lorsque je parlais de livraison, je parlais de la livraison en librairie, et non de la livraison chez le consommateur qui est forcément un coût supplémentaire ajouté après la vente)
J'ai écrit "distributeur", mais le terme exact est diffuseur.

C'est-à-dire celui qui s'occupe de la livraison. Il est choisi par l'éditeur, comme l'imprimeur. En tout cas, cela représente une partie du coût d'un livre.
Pensez à rajouter les postes suivants dans la chaîne de création du livre : compositeur, maquettiste, relecteur, fabricant, photograveur et papetier.



Avec tous les acteurs de la chaîne, vous verrez que c'est bien plus compliqué que ça. Et j'en ai forcément oublié.
Alors en fait c'est en 6 qu'il faut diviser le gâteau:

Auteur(création) => Editeur(pilotage global et apport financier de démarrage) => Diffuseur(commercial et vente) => Distributeur(stockage et livraison aux librairies) => Libraire(Mise à dispo lecteurs) + TVA & taxes diverses



Les coûts de l'imprimeur sont apportés par l'éditeur, tout comme l'avance sur droit de l'auteur.
Bah le problème c'est que si pour vendre une pomme, il faut considérer avoir le propriétaire du terrain, le planteur de pommier, le soigneur de pommier, l'épandeur (pour les fertilisants), le vérificateur, le récolteur, le transporteur, le trieur, l'higiène, le stockeur, le négociant, le commercial, le publicitaire (publiciste ?), l'organisateur de panier.... Enfin on ne s'en sort plus... smile
Eh oui!! grin

C'est justement le souci de toute cette histoire, hélas...

Maintenant, de plus en plus d'éditeurs ont aussi leur propre diffuseur et leur propre distributeur.

Donc ça limite les acteurs (Auteur=>Editeur(Imprimeur+Diffuseur+Distributeur)=>Libraire)

Mais le souci, c'est que l'éditeur dans ce cas, ne réduits pas les prix cumulés...
Ce rapport aura au moins eu le mérite, s'il est mis en oeuvre, de briser l'omettra sur les conditions de vie de l'auteur dont aucun autre acteur de la chaîne du livre ne voudrait pour lui-même. Il porte un coup de projecteur sur un déni de réalité et sur la mauvaise foi de ceux-ci pour tenter de justifier leurs gains indus et scandaleux obtenus sur le dos des auteurs.
Je suis chez un éditeur qui m'a tout de suite proposé 10% au minimum, et une avance. L'idée selon laquelle ce minimum, ou le versement d'avances, serait un coût insupportable pour l'industrie, est absolument ridicule. Un mensonge absolument éhonté propagé en général, si vous regardez bien, par des messieurs d'un certains âge pour qui tout changement est douloureux, à cause de leur arthrose.
L'auteur est et restera le mouton de la farce! Financièrement parlant. Le papier ruine l'économie

du livre et la couche d'ozone... sans oublier la TVA. La littérature, une peau de chagrin dans le domaine éditorial. Qui s'en soucie ? Que les gros salaires lèvent le doigt. Mister, plume! Revenons à la craie et écrivons sur les trottoirs, oeuvre éphémère, ça leur coûtera pas un rond!
Dialogue sur un trottoir:



- La craie, ça existe encore?

- M'enfin, c'est quoi, à ton avis, une craie-ation!
(Jujube) ... craie-action. Très joli! Merci pour ce bon mot, bitumé!
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