“L'originalité de Leha Éditions, c'est sa volonté de casser les murs”

Bouder Robin - 22.05.2017

Interview - interview leha éditions - livre jeu de rôle - littérature de l'imaginaire


La grande famille des éditeurs français accueillera fin juin une nouvelle recrue. Spécialisée dans les littératures de l'imaginaire, Leha Éditions présente une particularité bienvenue : celle de proposer, en plus de romans de SF et de fantasy, des guides de voyage et des jeux de rôle. Nous avons rencontré Jean-Philippe Mocci, le président et fondateur de la maison, afin de cerner ses défis et ses objectifs dans un paysage éditorial toujours plus exigeant.




ActuaLitté : Comment vous est venue l'idée de créer Leha Éditions ?

 

Jean-Philippe Mocci : J'ai fait du journalisme, et il y a 10 ans, j'ai créé une agence de communication. Une expérience professionnelle que j'ai voulu associer à une passion personnelle pour les littératures de l'imaginaire.
 

J'ai grandi à une époque où c'était encore risible de parler de sabres laser en public. C'est une culture que j'affectionne beaucoup et que j'ai envie de défendre. J'avais envie d'associer cette culture à mes compétences professionnelles. Ensuite, la décision de nous lancer dans l'aventure est parti de plusieurs constats.
 

Le premier, c'est que la littérature de l'imaginaire n'occupe pas la place qu'elle devrait occuper, pas en France en tout cas. Dans d'autres pays, ce n'est pas du tout le même cas. L'imaginaire est un genre qui est devenu « mass market » au fil du temps : tout le monde connaît Le Seigneur des Anneaux, Harry Potter ou Lovecraft... Tout le monde apprécie cette culture-là.
 

Un autre point, c'est qu'on a beaucoup d'auteurs français très talentueux et pas assez bien défendus. On a eu trop de facilités jusqu'ici à aller vers de la traduction de livres anglo-saxons, par manque d'ambition ou par manque d'envie.
 

Troisième constat, la littérature de l'imaginaire a beau être engoncée par rapport à la littérature blanche, elle ouvre les portes à une multitude d'univers comme celui du jeu de rôle, fabuleux vivier d'auteurs ou d'illustrateurs ; pourtant on n'a pas de pont entre la littérature et le jeu de rôle. Nous voulons casser ce mur. Après tout, beaucoup d'auteurs ou d'éditeurs d'imaginaire sont de fervents rôlistes...
 

Dernier élément, l'imaginaire représente un univers fort, il y a une forte demande de la part du public, et pourtant très peu d'éditeurs indépendants ont une taille critique significative, mis à part Bragelonne, L'Atalante ou Au Diable Vauvert. Nous voulons créer une maison d'édition qui se place parmi ces éditeurs-là.
 

Leha Éditions ne publiera donc que des auteurs français ?

 

Jean-Philippe Mocci : Dans un premier temps, oui. On ne va pas s'interdire de publier des auteurs anglo-saxons, il semblerait que ce soit un passage obligé pour les éditeurs français. Mais il faut que ça vienne compléter notre palette, nos univers ; si c'est juste pour remplir notre quota de traductions, ce n'est pas intéressant. Notre ADN est là : il existe comme partout des auteurs talentueux en France, que nous voulons mettre en avant.
 

Je crois beaucoup aux rencontres, aux réseaux. Leha est un projet qui a débuté il y a 2 ans ; on a cherché dans notre environnement proche des gens avec qui discuter, des angles, on a réussi à rencontrer des auteurs.
 

Et par rapport à vos confrères éditeurs d'imaginaire, quelle sera votre valeur ajoutée ?

 

Jean-Philippe Mocci : Nous avons vocation à publier des livres au moins aussi bons que ceux de nos confrères ; des auteurs reconnus avec une forte notoriété tout comme des moins connus dont on pense qu'ils ont un fort potentiel.
 

La diffusion et la communication de Leha aura aussi une grande importance. Le meilleur livre, c'est celui qu'on fait découvrir au lecteur. Pour ça, il ne suffit pas de faire un bon livre ; il y a des tas de bons livres qui restent dans les cartons ou vont au pilon parce qu'ils n'ont pas été assez valorisés. On doit avoir conscience que les lecteurs ont un grand appétit mais aussi une grande exigence. Nous devons travailler sur l'interaction avec eux. Nous allons par exemple créer une chaîne YouTube dans laquelle on découvrira les auteurs de façon formelle, mais aussi de façon décalée.
 

Leha a également une très forte ambition en terme visuel. Nous travaillons avec des illustrateurs très talentueux comme Marc Simonetti, qui fait la couverture du premier tome du Cycle d'Alamänder d'Alexis Flamand, ou Jean-Sébastien Rossbach, qui signe celle de L’Éveil de la Chimère d’Éric Amon. On a envie de « rêver ensemble », comme le dit la baseline de Leha.
 


Le Cycle d'Alamänder - T1 : La Porte des Abysses, Alexis Flamand, illustration de Marc Simonetti

 

L'autre originalité de Leha, fondamentale, c'est sa volonté de casser les murs, comme dit précédemment. On trouvera des romans, qui constitueront la principale ligne de livres de la maison, mais aussi des guides de voyage dans des univers imaginaires, et des jeux de rôle. Les 3 concepts peuvent s'adresser à des publics différents ; mais quand on pourra croiser des univers, on le fera. Par exemple, Pierre Bordage prépare actuellement pour Leha un roman qui sera adapté en jeu de rôle. En sens inverse, on va novelliser la BD Chroniques de la lune noire de François Froideval et en faire un jeu de rôle également.
 

En quoi consistent-ils, ces guides de voyage ?

 

Jean-Philippe Mocci : En fin d'année paraîtra notre premier guide de voyage des aventuriers, Star Marx. C'est un guide touristique dans un univers complètement déjanté où l'Union soviétique est parti à la conquête de l'espace. Si vous étiez un habitant de la capitale Staline 2, en l'an 3000 et quelques, et que vous vouliez partir en voyage dans l'empire de l'Union, vous aurez besoin d'un guide qui vous permette d'aller vous balader en toute sécurité, et d'empêcher les mauvaises rencontres !

 

À quel rythme sortiront vos livres ?

 

Jean-Philippe Mocci : Les deux premiers livres sortent le 23 juin : le premier tome du Cycle d'Alamänder d'Alexis Flamand et L’Éveil de la Chimère d’Éric Amon. Pour le rythme de publication, c'est un sujet difficile sur lequel on travaille en ce moment. L'idée, c'est d'avoir sorti 5 à 6 livres d'ici la fin de l'année. En 2018, ce sera au moins autant, nous allons même essayer d'augmenter la cadence. Dans deux ou trois ans, on en sera à une dizaine de livres par an, sachant qu'on y intègre les guides et les jeux de rôle.

 


L'Éveil de la Chimère, Éric Amon, illustration de Jean-Sébastien Rossbach

 

Combien de membres compte l'équipage de Leha ?

 

Jean-Philippe Mocci : Nous sommes 5 ou 6 permanents, avec des gens compétents qui viennent de maisons d'édition bien établies, avec une bonne expérience. La vente de livres est le cœur de notre activité, et si on n'a pas un diffuseur qui ait l'envie, l'expérience ou les compétences, ça ne sert à rien. On a la chance de travailler avec Médias Diffusions, qui diffuse Ankama, Dargaud, Le Lombard, Dupuis ou Milady... Un très gros acteur dans la diffusion qui a été complètement séduit par le projet. C'est une vraie satisfaction pour nous.

 

À lire aussi : “La France a un problème avec l'imaginaire”(Stéphane Marsan, Bragelonne)


On a une approche très structurée. Leha n'a pas vocation à s'amuser, mais à être un éditeur qui compte dans la chaîne de l'édition. Nous voulons bâtir des bases saines, solides pour proposer le meilleur à nos lecteurs.