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La Librairie de France, à Abidjan : la place du livre en Côte d’Ivoire

Nicolas Gary - 13.06.2018

Interview - Librairie France Abidjan - Côte Ivoire librairie - librairie francophone


Créée en 1938 par Raoul Barnoin, La Librairie de France Groupe a vécu plusieurs mutations dans son histoire. En effet, cette librairie a été rachetée en 1997 par une holding de pharmaciens, Pharmafinance, qui fit progresser le nombre de points de vente de 5 à 26. Entre 1999 et 2004, la Côte d’Ivoire est secouée par de multiples crises sociopolitiques entrainent de grosses pertes pour la librairie.


Librairie de France
Brahima Soro - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

En 2004 par exemple, le bilan est très lourd : les dégâts matériels sont évalués à 400 millions de francs CFA (l’équivalent de 609 696 €) et une perte de chiffre d’affaires d’environ 1,2 milliard FCFA (soit 1 829 388 €) en moins de deux mois. Face à cette difficulté, la holding cède l’affaire en 2005 au propriétaire actuel, Monsieur René Yedieti, qui entreprend de relancer l’activité.

 

La Librairie de France Groupe compte à ce jour dix points de vente, un site marchand de e-commerce et une boutique mobile qui prend la forme d’un camion aménagé.

« Elle reste fidèle à son leadership dans la sous-région ouest-africaine francophone et est très active dans le domaine associatif tant d’un point de vue local qu’à l’international, afin de porter au plus haut le combat du libraire », explique Brahima Soro, qui nous présente l'établissement.

 

Quelles sont les spécificités historiques du marché du livre en Côte d’Ivoire?

 

Brahima Soro : À l’orée des indépendances en 1960, l’essentiel de l’offre dans les librairies était importé de France. Avec le développement du livre scolaire édité localement, l’offre a progressivement évolué jusque dans les années 2000, où on assiste à un boom de la production de livres de jeunesse et de littérature générale, publiés eux aussi par les éditeurs locaux.

 

La clientèle, bien entendu, subit également une mutation. D’une clientèle de parents d’élèves et de fonctionnaires expatriés, on passe aujourd’hui à une clientèle plus hétérogène, également composée de la classe moyenne ivoirienne. Mais pendant combien de temps cela tiendra-t-il encore face à l’évolution des nouvelles technologies ?

 

À ce jour, à quelles problématiques faites-vous face?
 

Brahima Soro : À l’image de la plupart des librairies africaines, notre marché est constitué pour plus de 60 % par le scolaire. Et sur ce chapitre le libraire ivoirien doit jongler avec de multiples difficultés : le piratage des manuels orchestré par le secteur informel ; la voracité des éditeurs locaux qui vendent directement à l’État, aux institutions et dans les écoles sans tenir compte de la chaine du livre et l’incompréhensible politique des gouvernants au sujet des appels d’offres qui, exclut les libraires du jeu économique.
 

Naguère florissant et couvrant tout le pays, le tissu des librairies ivoiriennes se résume à ce jour à 3 ou 4 enseignes qui se concentrent à Abidjan et surtout dans les centres commerciaux. 
 

Librairie de France

 

Comment établissez-vous votre sélection d’ouvrages mis en avant?

 

Brahima Soro : La mise en avant des ouvrages dans nos points de vente s’effectue selon les critères suivants : les nouveautés des auteurs incontournables, une sélection des meilleures ventes, les opérations commerciales, les aménagements spéciaux selon l’actualité dans la zone de chalandise du point de vente, les évènements nationaux ou internationaux.
 

Quelles sont vos relations avec les distributeurs? Quel regard portez-vous sur l’industrie du livre?

 

Brahima Soro : Nos relations avec les distributeurs sont globalement bonnes et nous essayons chaque année de convenir avec eux des projets commerciaux. Concernant l’industrie du livre, nous constatons un réel problème relatif à la conciliation des intérêts des éditeurs et des libraires, notamment au niveau des offres numériques. Jusqu’à quand l’éditeur aura besoin du libraire pour commercialiser ses productions ?

 

Vous êtes membre de l’Association internationale des libraires francophones. Que vous apporte ce réseau?

 

Brahima Soro : L’AILF nous permet d’avoir plus visibilité en tant que libraire francophone à l’étranger. La constitution d’un réseau de libraires francophones à travers le monde nous permet d’avoir un poids plus important et de faire du lobbying auprès des institutions publiques et privées. Il y a une réelle volonté de la part des membres de l’association de pérenniser la professionnalisation de l’activité. Nous profitons de certains événements littéraires internationaux pour nous retrouver et échanger sur nos activités avec nos pairs, ce qui est un très bon moyen pour renforcer nos capacités.


Librairie de France

 

Cette année, c’est l’anniversaire des 80 ans de La Librairie de France. Quelles actions particulières avez-vous mis en place pour l’occasion?

 

Brahima Soro : L’année de nos 80 ans est particulièrement rythmée par la venue d’éminents auteurs dans nos Librairies de France. On compte parmi eux : Christiane Taubira, qui est venue dédicacer ses livres le 23 mars dernier à la librairie de France Abidjan Mall ; Fatou Diome, qui prévoit de venir en novembre 2018 (cet événement est organisé en collaboration avec l’association Akwaba Culture) ou Marguerite Abouet, dont une tournée des écoles est prévue pour les mois de novembre et décembre.

 

Cette année particulière a été également l’occasion pour nous de mettre en place des offres promotionnelles exceptionnelles sur toute l’année en collaboration avec les fournisseurs. Nous avons également organisé différents événements : un déjeuner en faveur des partenaires-écoles, un déjeuner en faveur du personnel et un diner de gala dédié aux entreprises et aux institutions.

 

Nous avons aussi profité de cette année pour récompenser certains auteurs avec le prix de la Librairie de France. Ce prix vise tout simplement à récompenser l’auteur dont le livre a été la meilleure vente dans notre réseau.
 

Vous participez très régulièrement à la Caravane du Livre et de la Lecture. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’importance de cette action en Côte d’Ivoire et dans la sous-région?
 

Brahima Soro : Pour nous, libraires ivoiriens, voire africains, La Caravane du Livre est une occasion inédite qui nous permet de créer un événement autour du livre et de notre librairie ; de sensibiliser les politiques sur la nécessité, les spécificités de notre métier et l’urgence de légiférer pour une meilleure organisation de la filière. Sensibiliser les élus locaux sur l’importance de la lecture publique et la mise en place de bibliothèques municipales ou régionales est très important. En effet, ces futures bibliothèques seront ensuite des clients potentiels pour nous, libraires africains.

 

D’autre part, la Caravane du Livre est le lieu du renforcement des liens associatifs entre les libraires participants. Cet événement permet également évidemment de faire découvrir une offre de livres à des clients éloignés des librairies (c’est le cas de beaucoup de villes et villages à l’intérieur du pays) et de leur ramener leurs auteurs préférés. Il est évident qui faut continuer cette activité surtout dans des pays qui n’ont aucun autre événement lié au livre. 

 

En partenariat avec l'AILF

 




Commentaires
grin c'est bien davoir de telles informations sur la librairie de France qui nous fournit en cote d'ivoire 90
Merci beaucoup pour cet article.

Je me souviens de cette librairie où j'étais allée en 2008 lors d'un séjour en Côte d'Ivoire. Les excellents livres d'auteurs ivoiriens que Brahima Soro m'avaient personnellement conseillés à l'époque, et que j'avais lus sous un manguier, sont encore dans ma bibliothèque. Félicitation pour l'engagement de ces professionnels du livre qui évoluent dans un environnement souvent hostile à la prospérité du secteur !
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