“La notion de prêt n’a pas le moindre sens dans l’univers numérique” (Publie.net)

Nicolas Gary - 13.12.2017

Interview - Publie.net ebooks abonnement - bibliothèques publie.net offre - livers lectures édition


ENTRETIEN – Depuis bientôt deux ans, les éditions Publie.net ont connu une grande évolution. La maison, dédiée à la publication de littérature contemporaine, propose 25 titres par an, avec une offre numérique et papier, en impression à la demande. Mais Publie.net reste avant tout un lieu d’expérimentation, pionnier notamment autour de l’abonnement et de l’offre numérique de prêt.


Philippe Aigrain, président de Publie.net, et Guillaume Vissac, éditeur et associé, en détaillent le fonctionnement, les résultats, et ce qui fait cette identité propre à la maison.
 


 

ActuaLitté : Comment a débuté l’offre d’abonnement de Publie.net ?

 

Philippe Aigrain et Guillaume Vissac - Publie.net : Dès 2009, l’ancienne structure de publie.net a mis en place, à l’initiative de François Bon et avec le soutien d’immateriel, une offre d’abonnement pour les bibliothèques reposant sur la lecture en ligne sans téléchargement. Cette offre a connu une croissance progressive, et a reçu un soutien du CNL avec l’opération 50 EPUBs pour 100 bibliothèques.

Les limites de la lecture en ligne et la prise de conscience croissante que le futur reposait sur la mise à disposition de fichiers numériques ont conduit à partir de 2014 à une érosion de l’intérêt pour cette offre, dont l’infrastructure technique était par ailleurs assez complexe. C’est ce qui a conduit la nouvelle structure à développer une offre fonctionnellement beaucoup plus intéressante à la fois pour les bibliothèques et pour leurs lecteurs.

 

À ce jour, comment travaillez-vous avec les bibliothèques pour le prêt numérique ? Quelles sont les détails et conditions d’accès et quelle est l’étendue de l’offre ?

 

Publie.net : Il est probable qu’on se rende compte un jour que la notion de prêt n’a pas le moindre sens dans l’univers numérique. Évitons cependant ces débats philosophiques : aujourd’hui toutes les offres reposent sur une forme ou une autre de mise à disposition de fichiers numériques des livres aux bibliothèques, leurs différences portant sur la base juridique et les usages permis pour les bibliothèques et les lecteurs. 


Ce que nous proposons aux bibliothèques, c’est un abonnement annuel leur donnant accès à l’ensemble de notre catalogue (650 titres de littérature contemporaine en numérique sans DRM), avec des possibilités très étendues d’usage : mise à disposition des fichiers sur leurs matériels ou ceux de leurs usagers dans leurs enceintes, téléchargement pour les lecteurs enregistrés dans la bibliothèque sur un portail (soit celui de la bibliothèque soit une plateforme que nous venons de mettre en place).

 

La base juridique de cette offre est une licence au titre du droit d’auteur pour la durée de l’abonnement aux bibliothèques. De ce point de vue, elle ne s’insère pas dans le droit du prêt numérique. Cette licence autorise les bibliothèques à mettre les fichiers à disposition de leurs lecteurs. Ceux-ci peuvent conserver les fichiers et sont soumis pour leur usage au droit d’auteur.


 
Philippe Aigrain et Guillaume Vissac
 

 

Nos grilles tarifaires reposent sur la population desservie pour les bibliothèques servant un public ouvert et sur le nombre d’usagers enregistrés pour les bibliothèques spécialisées (par exemple universitaires).

 

Pourquoi avoir intégré l’offre actuelle de PNB ?

 

Publie.net : Nous avons intégré l’offre actuelle de PNB : nos titres sont accessibles par le biais des librairies auxquelles Immateriel distribue nos titres numériques. Nous ne sommes pas en guerre avec le PNB : nous comprenons très bien qu’une bibliothèque aux moyens réduits veuille assurer à ses lecteurs la disponibilité de titres phares qui les intéressent.

De participer au PNB nous permet cependant de vérifier l’absence totale d’intérêt de ce dispositif pour les éditeurs indépendants et auteurs de littérature contemporaine. Les revenus qui en sont tirés sont à examiner au microscope.

 

Quelle est votre position concernant le prêt numérique sur le modèle One Copy/One User ?

 

Publie.net : Ce modèle consacre le triomphe momentané d’une vision « homothétique » du livre numérique comme ayant toutes les limites du livre papier (un seul lecteur à la fois) sans ses avantages (la possibilité d’une collection, de prêter et donner, revendre même, la valeur de l’objet physique).
 

Le prêt numérique en bibliothèque : bientôt la schizophrénie ?




 

La jurisprudence de la CJUE représente cependant un progrès par rapport aux positions de certains éditeurs ou distributeurs qui voudraient limiter encore plus l’accès en bibliothèques. Pour situer notre propre approche, rappelons que tout lecteur qui achète un de nos livres papier peut accéder sans frais supplémentaire à la version numérique de ce livre.

 

Quelles sont les remontées que vous fournissent les établissements de prêt partenaires ?

 

Publie.net : Les bibliothèques qui ont adopté notre nouvelle offre en sont les meilleures promotrices : elles ont compris qu’aussi large soit un catalogue de littérature contemporaine, il ne suscitera l’intérêt des lecteurs en bibliothèques que si un effort de médiation spécifique accompagne sa mise à disposition. Elles ont produit des tutoriels vidéo expliquant à la fois comment accéder au catalogue et l’intérêt de le faire. Voir par exemple les Médiathèques de Mauguio et de Riom.

 

Comment s’opère la rémunération des auteurs de votre côté ?

 

Publie.net : La totalité des près de 300 auteurs et artistes qui ont signé un contrat avec nous a autorisé les usages correspondants à notre offre bibliothèque et choisi l’absence de DRM sur leurs œuvres. Ils reçoivent une rémunération équitable issue des revenus des abonnements de bibliothèques (28 % des revenus leur sont reversés en droits d’auteur).



 

 

À ce jour, que représente le chiffre d’affaires de Publie.net en bibliothèque ?

 

Publie.net : Les abonnements en bibliothèques dans leur ancienne forme ont représenté à leur apogée un tiers des revenus de publie.net. La désaffection vis-à-vis de cette offre de lecture en ligne les a fait descendre à 10 % de CA, mais nous avons maintenant entamé une remontée significative avec la nouvelle offre dont nous espérons qu’elle va de nouveau atteindre un tiers du CA.

Ceci dans un contexte où les revenus numériques, par exemple de ventes à l’unité, stagnent au mieux, alors que nos ventes papier sont en nette croissance.




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