”La puissance de la technologie doit servir l'accès au savoir de chacun“

Fasseur Barbara - 05.03.2018

Interview - Mirela Roncevic Interview - Library of Croatia - Croatia Reads


Riche de ses 20 ans d’expérience dans le monde des sciences de l’information, Mirela Roncevic s’engage pour l’accessibilité des contenus numériques au plus grand nombre. Avec son projet “Library Of Croatia”, elle revient pour transformer l’accès à la lecture par le biais de la technologie pour rendre la culture et le savoir les plus prévalents possible.
 

Elle sera présente aux Assises de l'édition suisse et francophone du Salon du livre de Genève, ce 26 avril, autour de l'atelier Bibliothèques : Accès, partage et diffusion des savoirs.

 

Mirela Roncevic
 
 

ActuaLitté : En quelques mots, quel est votre parcours?


Mirela Roncevic : J’ai une longue histoire avec l’industrie du livre, j’ai fait carrière dans le monde de l’édition et des bibliothèques. J’ai commencé mon parcours comme éditrice professionnelle, éditant tous types de textes écrits, de manuscrits complets de livres à des articles, en passant par des newsletters et bien d’autres. J’ai passé une dizaine d’années comme éditrice en chef de critiques littéraires pour le magazine Library Journal, au sein duquel j’ai critiqué une variété de livres très différents, guidant les bibliothèques dans la constitution de leurs fonds.

Puis, il y a environ dix ans, je suis passée au digital en devenant consultante pour une grande variété d’entreprises, mettant en place des plateformes qui proposent du contenu digital (notamment des livres) dans les bibliothèques. À un moment donné, j’ai pris conscience du potentiel du livre numérique à transformer la société et je suis devenue une fervente supportrice du libre accès à la connaissance.
 

Pourriez vous nous en dire plus sur le projet “Croatia Reads”?


Mirela Roncevic : Croatia Reads c’est une tentative de transformer tout un pays en une grande bibliothèque en libre accès. D’en faire une zone dans laquelle la lecture de livres numériques est possible pour toutes personnes à l’intérieur des frontières de la Croatie, et ce sans aucuns frais. Tant que vous restez en Croatie (et tant que l’initiative est supportée par des sponsors de tierces parties), vous avez la possibilité de télécharger et de lire les livres du catalogue de Total Boox qui contient près de 100 000 titres de 250 éditeurs à partir de l’application Croatia Reads (elle aussi gratuite). Il ne vous sera jamais demandé de carte de bibliothèque ou de code d’accès.
 

Les Free Reading Zones,
bibliothèque virtuelles partout et pour tous


Peu importe que vous soyez résident ou touriste, que vous résidiez dans une grande agglomération urbaine ou une campagne plus reculée, il vous est possible d’accéder à n’importe quel livre et d’en profiter sans restrictions. En bref, Croatia Reads est une tentative de démocratisation totale des écrits, de les rendre accessibles aux gens et de révolutionner pour toujours la façon dont nous lisons au XXIe siècle.
 

Comment le livre numérique peut-il impacter la société dans votre projet?


Mirela Roncevic : Le principe est simple : tout contenu au format numérique existe pour être facilement accessible au plus grand nombre, n’importe quand et n’importe où dans le monde. On a déjà parcouru un long chemin avec les autres types de contenu (musique, actualités), mais les livres et le savoir écrits en général au format numérique restent inaccessibles pour la majeure partie de l’humanité, et ce, car notre industrie (du côté de la publication et des bibliothèques en particulier) se fait l’idée erronée qu’en diffusant la version numérique d’un livre, la vente des tirages papier en souffrirait. Plusieurs études ont pourtant prouvé le contraire à maintes reprises.

Il est aussi de notre responsabilité collective de s’assurer que nous exploitons au maximum le pouvoir et la puissance de la technologie en rendant tout savoir accessible à tout le monde, et ce, peu importe où ils vivent, l’institution à laquelle ils appartiennent, et, quel que soit leurs antécédents. Les bibliothèques sont de merveilleuses institutions qui ont beaucoup donné à la société. Elles sont cependant soumis à des contraintes, du moins avec les supports matériels. Il est temps pour nous de s’en rendre compte et de les aider à se transformer en institution qui reconnaisse le pouvoir de l’invisible, de l’immatériel.
 

Vous numérisez aussi des livres: dans quel but?


Mirela Roncevic : L’objectif du projet, c’est d’utiliser des livres déjà numérisés. Je n’ai pas prévu de numériser des livres pour d’autres. Je peux les aiguiller dans la bonne direction, mais c’est leur responsabilité de numériser le contenu et de le mettre à disposition des gens.
 

Quelles sont les conditions propices au bon accueil des contenus numérisés par les utilisateurs selon vous?


Mirela Roncevic : Quand je travaillais avec Odilo, nous utilisions le terme spécifique de “villes intelligentes” (“smart cities”). Cette fois-ci, le concept reste la même: trouver des sponsors qui nous permettent de proposer un plus grand nombre d’ouvrages aux gens. La différence majeure entre ce que je suis en train de faire et ce que les autres compagnies font déjà, c’est que mon idée prend la notion de “lecture libre/gratuite” au sens le plus strict du terme. C’est un défi à tous les niveaux et pour tous les acteurs, incluant les bibliothèques.
 

Une Zone de Lecture Gratuite s'installe en Croatie
pour doper le tourisme


Je ne veux plus me contenter de transformer les hôtels en zones de lecture libre. Ou les compagnies aériennes. Ou les parcs. C’était un bon moyen de tester l’idée. Mais la technologie nous permet maintenant d’exploiter pleinement l’idée d’un pays/une bibliothèque, et c’est exactement la raison d’être du projet Croatia Reads. Et c’est ce dont je vais parler à Genève.

Vous posez des questions sur Library Of Croatia. C’est en fait Croatia Reads réinventé. Nous nous sommes servis de tout ce que nous avons appris précédemment et nous avons cherché à le porter au niveau supérieur. Je ne voulais pas que le nouveau nom sonne comme un projet ponctuel (comme c’est le cas pour CR). Je voulais que ça sonne plus définitif/permanent. Je voulais un nom qui reflète la capacité d’une bibliothèque à se mettre à l’échelle d’un pays tout entier. Alors, oui, j’ai osé utiliser le mot bibliothèque dedans. LOC sera vraisemblablement lancé cet été, l’application en est aux dernières étapes de développement.
 


Les inscriptions aux Assises de l’édition du Salon du livre de Genève peuvent se faire à cette adresse.

ActuaLitté est partenaire de cet événement.




Commentaires

Je suis toujours un peu perplexe devant les articles que je lis sur la libéralisation de la connaissance grâce au numérique que la question des droits d'auteur•rice ne soient jamais abordée. La question reste pourtant entière : si tout leur travail est rendu accessible gratuitement, comment les producteurs•rices de ces savoir et de cette culture pourront être rémunérés ?

La question n'est pas mesquine : on a bien vu avec #PayeTonAuteur combien les auteurs•rices peinent déjà à vivre de leur métier ; qu'adviendra-t-il si même le fruit de leur labeur ne leur rapporte plus un minimum d'argent ?

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