“La typographie n’appartient pas au passé. Elle est partout présente sur notre ordinateur”

La rédaction - 27.03.2017

Interview - imprimerie nationale - Atelier du Livre d’Art et de l’Estampe - typographie caractères


Quel est le lien entre le jeune plasticien lillois Clément Lesaffre, René Char, Bonnard, la carte à puce, le passeport hautement sécurisé, les cartes grises, Millet, Corot, les savants de l’expédition d’Égypte, et Jean-François de la Pérouse ? Tous sont passés sous les presses de l’Imprimerie Nationale.

 

 

 

Le livre d’artiste, c’est un retour aux sources. « La confrontation entre les machines historiques et l’innovation artistique illustre symboliquement le parcours de l’Imprimerie Nationale qui, au fil des siècles, n’a de cesse de se renouveler dans la confrontation créatrice entre tradition et modernité », analyse le PDG du groupe Didier Trutt.

 

Installé depuis avril 2014 à Flers-en-Escrebieux (59), l’Atelier du livre d’art et de l’estampe déplie sur 2 500 m2 toute l’histoire du livre imprimé depuis François Ier. « Tout commence avec Robert Estienne, l’imprimeur du roi, qui confie à Garamont le soin de créer les fameux Grecs du Roi. » Avec le directeur Pascal Fulacher, on entre de plain-pied dans l’histoire qui s’écrit.

 

L’atelier dispose de sept caractères historiques exclusifs, du Garamont au Gauthier, ainsi que des caractères orientaux créés au fil des siècles, dont les Buis du Régent, caractères chinois gravés sur bois à partir de 1715. Hiéroglyphes, cunéiformes, hébreu, araméen, treize styles de caractères arabes, tifinag (caractères touaregs), brâhmi, maya : avec plus de soixante écritures, c’est toute la mémoire du monde qui est conservée dans casses et casiers. Près de 700 000 pièces gravées avec matrices, cuivres, vignettes, fers à dorer et bois !

 

La bibliothèque de 35 000 volumes regorge de trésors : Le Voyage de La Pérouse autour du monde de 1797, les 36 volumes de l’Histoire naturelle de Buffon ou les grands livres de fêtes de Louis XIV qui forment Le Cabinet du Roi.

 

Avec une centaine de machines, comme sorties d’un atelier de Picabia, l’histoire de l’imprimerie se déplie. À l’entrée, la presse d’Anisson, dite à un coup, imprimait les assignats.

 


L’autre immense richesse est immatérielle. Elle tient aux métiers, au savoir-faire perpétué entre les âges : dessinateur et fondeur de caractères, maître d’art et graveur de poinçons, compositeur et imprimeur typographe, correcteur typographique, graveur en taille-douce.

 

Dorny et Butor, Bazaine et Frénaud, Riopelle et Erouart ont réalisé ici de superbes livres d’artistes, tout comme Buraglio, Garache ou Martin Bradley.

 

Le projet à Flers est de bâtir un musée vivant de l’Imprimerie Nationale. Un musée riche de son patrimoine, ouvert sur l’avenir. « La typographie n’appartient pas au passé, insiste Pascal Fulacher. Elle est partout présente sur notre ordinateur. »


Quand un jeune plasticien comme Clément Lesaffre vient en résidence au sein de l’Atelier du livre d’art et de l’estampe, il hérite d’un savoir-faire ancestral pour mieux se projeter dans la création. Artisans, maîtres d’art, artistes embarqués dans une même aventure faite de passion, d’amour, d’exigence.

 

Hervé Leroy

Atelier du Livre d’Art et de l’Estampe
Rue des Frères Beaumont,

Flers-en-Escrebieux/03 27 93 70 70

 

 

 

en partenariat avec le CRLL Nord Pas de Calais