Librairie, ebook, smartphone et livres : un tour d'horizon

Clément Solym - 17.12.2009

Interview - librairie - ebook - smartphone


Nous avions évoqué en début de semaine dernière une étude présentant les résultats d’un audit et prospectives de l'édition par le cabinet KPMG. Revenant avec nous sur les résultats, Michèle Bonard a accepté d’approfondir avec nous quelques éléments clefs de ses résultats.


ActuaLitté : Quelle est la relation des éditeurs face à l’impression à la demande ?
Michèle Bonard : Aujourd’hui, il est ancré dans les esprits que cet outil convient pour de petits tirages. De 500 exemplaires, par exemple. Mais dès lors que l’on passe à des 10, 15 ou 30.000 unités, les maisons ne considèrent pas l’option comme intéressante financièrement. Chacun a ses grilles de calcul pour définir ses perspectives et sa gestion du stock. Mais il est évident que cette formule se développera pour une partie des ouvrages, à l’image de l’accord entre Hachette et Lightning source.

ActuaLitté : Comment décrire aujourd’hui le comportement de l’édition en France à l’égard du numérique ?
Michèle Bonard :
C’est une question difficile, parce que l’on ne peut pas comparer avec les autres pays. Simplement parce que les comportements, les législations et les enjeux ne sont pas les mêmes. D’autant plus que les règles en France pourraient changer sous peu [NdlR : prix unique du livre numérique ou encore TVA à taux réduit].

Je dirais que, n’ayant pas les mêmes consommateurs, le pays est dans une attitude d’attente et d’observation des Etats-Unis entre autres. Et certains acteurs ont un pied ici et un autre là-bas. Plusieurs questions restent en suspens chez nous, comme le droit d’auteur et la rémunération, alors que le secteur américain a pas mal avancé, créant les changements au mesure.
 
À 300 €, un lecteur ebook est trop cher,
surtout que tout va évoluer.

ActuaLitté : Une nouvelle étude a montré que le prix des lecteurs ebook freinaient l’engouement…
Michèle Bonard : Evidemment ! À 300 €, c’est trop cher, surtout qu’avec le temps, tout cela va évoluer. Si les plus jeunes lecteurs sont disposés à écouter, ils ne céderont pas encore eux-mêmes le papier contre les outils actuels. L’autre problème est que pour ce tarif, quel contenu peut-on mettre sur son Reader ? Et quelle valorisation des textes obtient-on ?


ActuaLitté : Vous dites que numérique ou papier, la librairie resterait un pivot du livre ? Comment l’envisagez-vous ?
Michèle Bonard : Les grandes surfaces posent problème au consommateur : ils n’y retrouvent souvent que les mêmes ouvrages et ne profitent d’aucun conseil, d’aucune plus- value pour le même prix [NdR : Voilà qui fera plaisir au MOTif…] Un libraire, c’est une personne avisée pour vous aider et vous guider. Le consommateur s’il vient pour du numérique s’attend à ce que les tarifs soient moins chers, mais il sait surtout qu’il pourra s’y rendre parce qu’on l’encadrera, même s’il doit se retrouver devant une borne de téléchargement. C’est finalement la même chose qu’un passage en caisse.

« Un libraire, c’est une personne avisée
pour vous aider et vous guider.
»


ActuaLitté :
Quid des plateformes numériques qui sont en train de se monter ?
Michèle Bonard : C’est l’écosystème actuel qui se reproduit, je pense que tout le monde en a conscience [NdR : Oui, oui… Même que certains demandent déjà plus pour la vente d’ebooks…]. Dans ce contexte, il va vraiment falloir que chacun réfléchisse pour offrir une offre plus attractive que celle des autres et cela ne pourra probablement pas se jouer sur le prix des livres, nous ne sommes pas aux États-Unis. La distinction se fera sur… Ah, je ne lis pas l’avenir, j’oubliais…

ActuaLitté : Dommage, en effet… KPMG propose également son expertise pour les maisons d’édition. Puisque vous avez cinq minutes devant vous et si j’avais envie de monter la mienne, quels seraient vos premiers conseils ?
Michèle Bonard : Avez-vous de bons auteurs ?

ActuaLitté : Évidemment, sinon je ne les défendrai pas…
Michèle Bonard : C’est déjà un bon point. Si nous devions vous orienter, il faut savoir que monter une maison d’édition coûte très peu d’argent et ne réclame pas une importante trésorerie. Ensuite, en moyenne, les tirages en France se sont à 7000 exemplaires, il faudrait donc définir vos besoins dans ce domaine, donc envisager au préalable les problématiques de diffusion/distribution. Dans tous les cas, puisque vous débutez, je vous recommanderai d’outsourcer les prestations. Et de déterminer si vous jouerez sur les deux plans, numérique et papier…

ActuaLitté : Et pour la suite des conseils, vous me faites parvenir votre devis lundi, donc.
Michèle Bonard : (rires) C’est cela !

La lecture sur smartphone ?
Impensable de négliger cette piste !

ActuaLitté : Un dernier point : la lecture sur smartphone, qu’est-ce que cela vous inspire ?
Michèle Bonard : Si l’on avait pu prévoir que les jeunes consommeraient de la presse sur leur iPhone, alors j’imagine que tout le monde aurait pris longtemps à l’avance ses dispositions. Et en dépit de la taille réduite de l’écran, c’est ce qui s’est passé. Mais qui avait misé immédiatement dessus ? Comment aujourd’hui négliger cette piste ? Elle ouvrira nécessairement des voies nouvelles pour l’écriture. Mais sûrement pas pour la lecture d’anciens ouvrages. Un support si nouveau implique des créations tout aussi nouvelles. Et pour la promotion des livres, l’outil est tout de même appréciable.

ActuaLitté : Merci Michèle (ma belle… sont des mots qui vont très bien ensemble, très bien ensemble…)



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