Percer à jour l'énigme chinoise : le polar politique façon Qiu Xiaolong

Clément Solym - 01.06.2012

Interview - Qiu Xiaolong - chine - cyber


« Si on enlève toutes les intrigues politiques que reste-t-il dans le livre ? » Auteur et universitaire de renom, Qiu Xiaolong n'a pas toujours été un américain qui écrivait sur la Chine. Avant Tian'anmen qui le décide à rester aux États-Unis pour se consacrer à l'oeuvre de T.S Eliot, l'homme fut témoin des sévices endurés par son père dans la révolution culturelle. De son regard d'expatrié et dissident littéraire, Qiu a produit neuf enquêtes sur les bas-fonds du miracle chinois. Voyant le moulinet de la censure effacer toute la sève contestataire de ses romans, il a décidé l'arrêt de la publication en Chine continentale, mais continue d'écrire en anglais pour débusquer les travers du socialisme à la chinoise.

 

Une fois encore, il fait appel à l'inspecteur Chen pour porter une charge contre le parti unique et ses arrangements avec la démocratie et les gros sous. Dans la Chine nouvelle, l'urbanisation galopante a ses bénéficiaires qui en profitent à la manière de cochons d'Orwell. Mais gare à ceux qui bousculent les accords tacites. Pris de remords ou amateurs de luxe trop ostentatoire, les cadres déviants finissent en résidence surveillée. Dernier polar paru chez Liana Lévi, Cyber China débute avec une photographie montrant le goût d'un cadre du parti pour des cigarettes de luxe. La toile s'en émeut et Zhao est retrouvé pendu dans un hôtel où il était surveillé.

 

Suicide ? Plutôt éradication, ou comme on la nomme là-bas du doux mot d'harmonisation. L'inspecteur Chen revient pour une nouvelle affaire qui mêle toujours autant champagne et odeur de mort. Ce nouveau roman parle de corruption des élites, bien sûr, mais se veut aussi un rappel à la poésie et à la gastronomie chinoise. « Je vis dans une ville du Midwest Saint-Louis où il ne se trouve aucun bon restaurant chinois. Elle me manque beaucoup ».

 

De cette frustration, Chen en est le réceptacle et invite le lecteur à découvrir le pot aux roses jamais bien loin d'une assiette de porc aux huit trésors ou d'une anguille au riz sauvage croustillant. « Trop de travail, le danger, pas de relation sentimentale fixe, il ne lui reste plus que ça. ». L'enquête demandera donc quelques séances dans des bars, restos ou cybercafés pour collecter quelques aveux. 

 

Les furieuses chasses à l'homme

 

 

« Une importance du repas comme en France », remarque Qiu. Mais en plus d'être un esprit libre et un fin gourmet comme son auteur, Chen voue un amour à la poésie plurimillénaire et la sagesse de Confucius. Et c'est d'ailleurs un poème évoquant la lune et la montagne qui laisse l'inspecteur présager que le crime éclabousse toute une caste véreuse. Curieusement, le romancier relate que Wen Jiabao, avatar du système coercitif, nourrit ses interventions des mêmes références culturelles. Mais arts gustatif et littéraire agissent comme des intermèdes dans une description crue de l'empire du Milieu.

 

(DR Sophie Bassouls)

 

Cyber China s'attaque aux scandales sanitaires, aux gros bonnets, ainsi qu'à la doctrine matérialiste qui prône un individualisme inégalitaire. Un résultat aux accents de surconsommation suite au désastre qu'a été la révolution culturelle. « Dix années de perdues loin des lieux de savoirs dans les camps de rééducation », confie Qiu, laconique. Même le web qu'il juge « partie de la solution d'une ouverture démocratique » est égratigné. Les furieuses chasses à l'homme en ligne ont un goût de terreur blanche. « Mes amis me voient comme un écrivain qui soulève des problématiques politiques. Et ils s'inquiètent de ça ». Trop lourd ? Il ne répond pas vraiment et préfère qu'on le considère comme un écrivain avant toute autre chose.

 

Alors naturellement, quand deux lectrices qui le croisent à Saint-Malo assurent qu'elles ne veulent pas voir Chen marié, il part dans un grand éclat de rire. Et lorsqu'il évoque Peiqin, mère courage, la femme de l'ami de Chen, il laisse poindre l'émotion du démiurge sur sa création. Pas question de s'arrêter donc. L'écrivain n'en a pas fini avec son pays, et promet « quelques gros ennuis» à son inspecteur fétiche. De quoi questionner encore un moment cette énigme qu'est la Chine.    

                

 

  

Cyber China, chez Liana Lévi, sortie le 31 mai 2012.

A retrouver dans notre librairie




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