Rencontre avec Vanessa Diffenbaugh, femme de fleurs

Clément Solym - 27.05.2011

Interview - vanessa - diffenbaugh - langage


Vanessa Diffenbaugh est une toute nouvelle auteure américaine, puisque Le langage secret des fleurs (paru aux éditions des Presses de la Cité) est son premier roman. On y apprend encore une fois, qu’il ne faut pas se fier aux apparences et loin du récit mièvre que laissait supposer le titre, le roman de Diffenbaugh aborde avec succès les sujets les plus délicats. De l’abandon et la vie difficile de ces enfants dans les foyers, aux difficultés des relations entre parents et enfants, des thèmes graves qui en font un texte psychologique touchant et fouillé. Elle raconte…

Je suis mère de deux enfants biologiques et j’ai été mère d’accueil pour plusieurs autres. J’attache donc beaucoup d’importance à ces thèmes. Lorsque j’étais en congé parental, j’ai pensé que c’était le bon moment pour écrire un livre sur le sujet. Je voulais en parler, à cause de mon expérience personnelle de mère d’accueil mais aussi pour inciter les gens à se pencher sur la question.


Ecrire demande beaucoup de temps et de passion, mais c’est quelque chose que j’aime profondément et qui ne m’a pas semblé difficile. Quand j’allume mon ordinateur, que je m’assois et que je commence à écrire, je suis envahie par un vrai sentiment de paix et d’équilibre. Le plus dur est de savoir renoncer à certaines de ses idées, vous savez au départ mon livre était complètement différent : on suivait chronologiquement le parcours de l’héroïne, Victoria, de sa naissance à ses 35ans. C’était très long et plutôt barbant ! J’ai dû apprendre à structurer mes propos, j’ai aussi retravaillé le personnage de Victoria en essayant de la rendre plus sympathique.

Si l’aspect psychologique et le thème de l’enfance difficile s’expliquent par votre propre expérience, pourquoi avoir choisi de parler des fleurs ?

Au lycée, j’ai découvert un petit livre de Kate Greenaway sur le langage des fleurs. Cette langue inventée à l’époque victorienne m’a beaucoup parlée et j’avais l’impression de détenir un secret. Pourtant je n’avais pas l’intention de m’en servir dans mon livre, c’est le personnage de Victoria qui m’y a conduite.

En effet, Victoria la jeune héroïne du roman est caractérisée par une incapacité chronique à communiquer et le langage des fleurs, à partir du moment où elle le découvre, lui permet d’exprimer sa colère ou sa rancune en offrant des fleurs significatives, bien que le message ne soit généralement pas compris par son destinataire. Mais le langage des fleurs, à l’origine n’est-il pas un langage romantique ?

Bien sûr, mais dans n’importe quel dictionnaire des fleurs, vous trouverez non seulement des significations en lien avec l’amour, mais aussi tout un panel d’émotions. C’est pourquoi j’ai choisi ce langage pour que Victoria puisse s’exprimer, mais je ne souhaitais pas à l’origine faire un livre sur le langage des fleurs, d’ailleurs je n’ai jamais fait d’études de botanique. Le thème s’est imposé parce qu’il servait mon intrigue. Quant aux détails scientifiques, j’ai dû faire des recherches mais j’ai également reçu beaucoup d’aide de la part de ma belle sœur qui est biologiste. Régulièrement je l’appelais au téléphone pour lui demander par exemple : « Quelles fleurs y a-t-il en bord de mer en mars à San Francisco ? », elle m’a beaucoup aidé.


Vous-même, croyez-vous au pouvoir des fleurs ?

J’y crois comme Victoria y croit dans le roman. C'est-à-dire que je ne crois pas que les fleurs aient des sortes de pouvoirs magiques mais plutôt un pouvoir psychologique. C’est une histoire de confiance, à partir du moment où les gens y croient, ils voient les effets attendus se produire. Toutefois, j’ai découvert en faisant mes recherches qu’il y avait des études très sérieuses à Harvard sur l’effet chimique des fleurs sur la psyché humaine.


Personnellement je n’utilisais pas le langage des fleurs avant d’écrire ce livre. Aujourd’hui je m’en sers un peu contre mon gré, puisque je connais bien la signification des fleurs, je vais avoir tendance à les choisir en fonction de leur sens. Par exemple, je n’offrirais pas des pivoines à ma mère, depuis que je sais qu’elles symbolisent la colère.

A l’image des fleurs dont vous parlez, votre livre est-il porteur d’un message ?

Je pourrais vous parler de beaucoup de messages qui s’y trouvent indirectement, mais le plus important pour moi, c’était d’écrire une histoire sur les relations humaines que chacun pourrait s’approprier et interpréter différemment. D’ailleurs, le livre ne s’adresse pas à une catégorie de personnes précise et il plaît autant aux ados qu’aux grand-mères.

Le Langage secret des fleurs est votre premier roman et c’est un succès puisqu’il est en cours de traduction dans une petite trentaine de langues. Avez-vous d’ores et déjà d’autres projets pour la suite ?

Oui, j’adore écrire et j’ai déjà commencé à écrire un deuxième roman. Mais je ne vous en dis pas plus, je n’ai pas encore suffisamment avancé dans la rédaction pour pouvoir en parler… Pour le moment, c’est un secret !