Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

“Tant qu’il y aura des libraires pour conseiller, partager, écouter, le livre vivra”

Nicolas Gary - 18.05.2017

Interview - Francesca et Anaïs Tostée - librairie Papyrus - iLe Maurice livres lecture


ENTRETIEN – La librairie Papyrus, située sur l'Île Maurice, c'est avant tout une histoire de passion et de famille. Quand on aime lire, le virus est parfois si contagieux que l'on éprouve le besoin viscéral de faire lire les autres. Et de leur suggérer des livres, plein de livres. Francesca et Anaïs Tostée dirigent l'établissement, qui fête également la première année de son site de vente en ligne. Rendez-vous au cœur de Grand-Baie, pour une rencontre avec deux libraires hors du commun.

 
réalisé en partenariat avec l’Association internationale des libraires francophones
 
 

Quelle est l’histoire de votre librairie, comment l’avez-vous créée ?

 

La librairie a ouvert ses portes en août 1988. Le village de Grand-Baie se développait, une école française s’était implantée dans la région. L’accès au livre restait difficile, car il n’y avait pas de librairie à proximité, d’où le désir et la motivation de rendre le livre plus accessible. Dans la famille, la lecture est une passion qui se transmet de génération en génération !

 

Quelles sont les spécificités historiques du marché du livre à l’île Maurice ?

 

Le marché du livre évolue. Nous sommes passés de seulement quelques librairies indépendantes il y a encore une dizaine d’années, à l’implantation d’une chaîne de librairies ayant ouvert plusieurs points de vente ces dernières années, ainsi qu’au développement du rayon livres dans les hypermarchés.
 

La chaîne du livre n’est pas toujours respectée à Maurice. Les auteurs par exemple vendent souvent leurs livres directement aux particuliers — à un prix inférieur au prix public –, ce qui pose un réel problème aux libraires.

Les remises accordées aux libraires sur les livres édités à Maurice sont très faibles, ce qui ne nous encourage pas à soutenir les éditions locales.

 

À ce jour, à quelles problématiques faites-vous face ?

 

Le coût du transport aérien reste relativement élevé malgré la subvention accordée par le Ministère de la Culture via la Centrale de l’Édition ; subvention pour laquelle nous sommes d’ailleurs très reconnaissants.
 

Nous avons aussi le problème des délais de livraison. Pour une commande avion, il faut compter environ deux semaines ; les clients trouvent ce délai très long et menacent souvent de commander directement sur Amazon.

Le taux de change euros/roupies est également problématique et le coût de revient du livre reste élevé.

 


 

 

Comment établissez-vous votre sélection d’ouvrages mis en avant ?

 

Nous avons la chance de recevoir les représentants de quelques maisons d’édition deux ou trois fois par an et profitons de leur passage pour travailler les nouveautés, aussi bien en littérature adulte qu’en jeunesse, développement personnel, beaux livres ou encore loisirs créatifs.
 

Grâce à la presse, aux sites internet et pages Facebook des éditeurs, ainsi qu’aux mails envoyés par les représentants, il est aujourd’hui beaucoup plus facile de se tenir au courant des parutions. Nous mettons bien sûr en avant les auteurs mauriciens dont nous apprécions l’œuvre, comme Nathacha Appanah ou Shenaz Patel. 
 

Et il y a bien évidemment nos coups de cœur et les livres que nous aimons… Notre avis de libraire est important pour notre clientèle et leur avis l’est tout autant pour nous !

 

Quelles sont vos relations avec les distributeurs ?

 

Nous n’avons pas de soucis majeurs avec les éditeurs. Nous déplorons cependant le fait qu’il n’y ait pas toujours une volonté de soutenir les librairies indépendantes (remises plus importantes accordées aux chaînes de librairies, par exemple). Nous travaillons bien évidemment plus avec les groupes dont les représentants viennent jusqu’à nous (Gallimard, Flammarion, MDS, Dilisco…). 

 

Que vous apporte le réseau de l’AILF ?

 

Nous avons rejoint le réseau récemment et pensons que nous pouvons vraiment bénéficier de cette adhésion.

En novembre 2016, l’AILF a organisé les rencontres interprofessionnelles de l’océan Indien autour du livre jeunesse, ce qui nous a permis de rencontrer différents acteurs du livre, de découvrir les problématiques auxquelles chacun est confronté et de voir comment nous pouvons travailler ensemble pour continuer à faire vivre le livre dans la région.

 


 

Quel regard portez-vous sur l’industrie du livre ?

 

Nous restons optimistes quant à l’avenir du livre, même si ce n’est pas toujours facile pour les librairies indépendantes. Notre rôle à nous, libraires, est de continuer à être des passeurs, de transmettre aux prochaines générations le goût du livre et de la lecture.
 

Tant qu’il y aura des libraires pour conseiller, partager, écouter les clients, le livre continuera à vivre.

 

Comment une librairie indépendante peut-elle continuer à se développer tout en étant face à un hypermarché, sur une île où une chaîne de librairies est aussi en pleine expansion ?

 

En continuant à proposer une offre de qualité, différente de celle qu’on peut trouver dans une chaîne de librairie ou un hypermarché qui fait régulièrement des promotions ou reçoit des livres soldés. La relation que nous établissons avec les clients fait aussi la différence ; ces derniers nous disent souvent que nous sommes une des seules librairies sur l’île où ils ont un vrai conseil.

 

La majorité des habitants de l’île est bilingue ; il y a de la place pour les livres en français aussi bien que pour ceux en anglais. Nous avons choisi de vendre essentiellement des livres en français et avons obtenu l’agrément « librairie francophone de référence » du CNL. C’est un réel atout qui nous permet de continuer à privilégier la qualité de l’offre.

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