#JDMF15 : "Ce livre était né au forceps, à la lumière d’une bougie"

Nicolas Gary - 19.08.2015

Interview - Journée du manuscrit - #JDMF15 - édition


Inspirée de la Fête de la musique que l’on doit au ministre de la Culture Jack Lang, la Journée du Manuscrit Francophone sera célébrée pour sa troisième édition au siège de l’UNESCO. Au cours des précédentes années, ce sont des centaines d’auteurs qui ont pu recevoir leur livre imprimé, le 24 octobre. Aujourd'hui, c'est Claude Georges Picard, qui avait pris part à la manifestation en 2013, qui se souvient. Certes, de jours anciens, mais sans pleurs aucun.

 

 

 

Je me souviens. Hiver 2013, rendez-vous à l’Odéon, café restaurant Les Éditeurs. Nous étions « monté » d’Avignon dans la capitale ma femme et moi. Installés devant un café entourés de centaines de livres alignés tout autour sur des étagères nous regardions monter au premier étage les invités des Éditions du Net pour « la Premiere journée du manuscrit ». 

 

Sartre, Vian, Beauvoir, Camus, Verlaine avaient hanté Saint-Germain-des-Prés. Je me doutais bien qu’ils ne seraient pas là pour m’accueillir, mais depuis toujours je crois au miracle. C’était déjà un miracle de venir chercher mon livre. Il m’attendait dans les rayonnages. Je l’ai cherché, beaucoup cherché. Mes confrères-auteurs plus chanceux trouvaient rapidement leur chef d’œuvre. Heureux, muni du précieux trésor ils retournaient recueillir les félicitations de leurs proches. 

 

Mais le mien, Un piton séparé du reste du monde restait introuvable. Il avait déjà connu tant de déception, de refus, de combats depuis 1961 en Kabylie, son pays natal. Il était né au forceps, à la lumière d’une bougie, griffonné à la hâte en cachette par un jeune soldat dans un poste militaire sur un piton désolé là où les hommes et les mulets partagent la peine des jours sur des chemins caillouteux.

 

L’absence de mon livre ne m’étonnait pas. Monsieur Mojon se désolait. Ce piton séparé du reste du monde refusait de revenir chez les hommes. Quelques jours plus tard, il sortit du brouillard de Kabylie pour ne plus cesser de faire parler de lui. La journée du Manuscrit avait seulement fait semblant de l’oublier.

 

Les critiques de La Provence, du Matin d’Alger, de La dépêche de Kabylie en firent des comptes rendus flatteurs. Invité à Montreuil dans l’émission graffiti de Berbère télévision Youssef Zirem permit de donner au livre et à son éditeur une audience importante dans la communauté berbère française et canadienne. Pendant une heure j’eus le loisir de m’exprimer librement en compagnie d’un natif d’Imaghdacène, le village dont j’avais la charge. (Émission en ligne sur Youtube)

 

Mais que raconte-t-il, ce livre ? C’est l’histoire d’un soldat chasseur alpin, envoyé 14 mois dans un poste militaire implanté sur un piton au fin fond de la Kabylie là où les routes n’arrivent pas, là où les derniers rebelles algériens s’accrochent désespérément, là où l’armée ressemble à toutes les armées du monde, là où les enfants et les femmes souffrent et meurent depuis déja cinq ans Claude Georges Picard

 

Des professeurs d’université spécialiste de la guerre d’Algérie firent des recensions de mon témoignage dans des revues d’histoire universitaire à Toulouse, Montpellier, Nancy, Aix en Provence.

 

La journée du manuscrit m’avait sorti de l’ombre. Les Éditions du Net recevaient des appels de lecteur cherchant à me joindre. De là naîtront de riches et amicales rencontres avec des lecteurs, de là naîtront des invitations à “Sciences po” Aix en Provence, à Besançon.

 

Un cinéaste est venu recueillir mon témoignage pour un film sur « les appelés en guerre d’Algérie ».

 

Il me resterait beaucoup à dire encore sur le bouleversement qu’a suscité dans ma vie la parution de ce témoignage et l’invitation à la première journée du manuscrit.

 

 

 

Mais que raconte-t-il, ce livre ? C’est l’histoire d’un soldat chasseur alpin, envoyé 14 mois dans un poste militaire implanté sur un piton au fin fond de la Kabylie là où les routes n’arrivent pas, là où les derniers rebelles algériens s’accrochent désespérément, là où l’armée ressemble à toutes les armées du monde, là où les enfants et les femmes souffrent et meurent depuis déja cinq ans, là où ce livre Un piton séparé du reste du monde est « venu au monde » comme par miracle.

 

Avec des mots sur les pages d’un livre j’essayais chaque nuit en cachette à la lumière d’une maigrelette bougie de protéger avec mes mots maladroits la mémoire de mes compagnons soldats, mais surtout de ces enfants, de ces femmes et de ces vieillards pour que l’avenir ne viennent pas trop tôt enfouir leur souffrance dans un oubli coupable.

 

Les gens de ce village que j’avais combattu, soigné, les enfants de ce village qui voici 55 ans se pressaient dans mon école les jours où dans le djebel, arme à la main, je ne courrais pas, derriere leur père leur frère leurs oncles, ces gens, ont tenu à m’inviter dans leur village en août 2014. Miracle d’un livre ! Un cinéaste algérien a tourné un film “Le retour du soldat Picard au village d’Imaghdacène...” 

 

Dernièrement un éditeur algérien désireux de faire paraître mon livre a contacté Monsieur Henri Mojon. Une parution de 1000 exemplaire est prévue pour octobre en Algérie.

 

De nombreux lecteurs m’encouragent à essayer de faire de ce témoignage une adaptation théâtrale ou cinématographique. Mais cela est une autre histoire...

 

Claude Georges Picard

 

 

Pour prendre part à la #JDM15, tout se passe à cette adresse

 

A l'occasion de sa troisième édition, cet événement, qui se veut Fête du livre, est coorganisé avec le ministère de la Culture et de la Francophonie de Côte d'Ivoire et la Délégation permanente de la Côte d'Ivoire auprès de l'UNESCO.