Le commissaire Erlendur aurait-il peur de vieillir ?

Cécile Pellerin - 02.06.2015

Interview - Arnaldur Indridason - Eric Boury - Islande romans


Cette année, le Festival Étonnants Voyageurs consacrait une large place au polar européen. L’occasion, pour ActuaLitté, d’aller à la rencontre de l’écrivain islandais Arnaldur Indridason. Entre les tables rondes auxquelles il participait, toutes prises d’assaut par le public et les séances de dédicaces où il posait peu son crayon, Arnaldur, en compagnie de son traducteur Éric Boury, a accepté de répondre à quelques questions sur la série Erlendur.

 

De quoi patienter un peu, car le prochain roman d’Indridason à paraître en France en octobre prochain chez Métailié (Opération Napoléon) n’appartient pas à la série. Mais sa force romanesque est bien capable de vous faire oublier, le temps d’un roman, les bureaux de la police criminelle de Reykjavik.

 

Affaire à suivre, donc.

 

 

ActuaLitté : À quand une prochaine enquête du commissaire Erlendur en Français ?

Arnaldur IndridasonLa prochaine enquête du commissaire Erlendur à paraître en France est prévue en février 2016. En islandais, le livre s’appelle Camp Knox. C’était un camp militaire britannique à Reykjavik pendant les années de la guerre et ce livre-là poursuit en fait l’histoire de cette jeune fille qui dans Les Nuits de Reykjavik disparaît. On n’a pas pour l’instant le titre français. L’histoire se passe en 1979 [5 ans après les Nuits de Reykjavik].

 

Avez-vous déjà décidé d’une fin pour votre série ? Est-elle déjà écrite ?

AI : Pour l’instant je travaille sur une trilogie policière qui se déroule à Reykjavik pendant les années de la Seconde Guerre mondiale et la question que vous me posez, je l’ai effectivement un peu mise de côté. Je la laisse reposer. On verra…

 

Pourquoi, selon vous, Erlendur plaît-il tant au public ?

AI : Peut-être simplement parce que les lecteurs voient en lui beaucoup de choses qui sont en eux-mêmes. Tout le monde a vécu la solitude, a fait l’expérience de la culpabilité, des difficultés familiales, du deuil, de la tristesse.

 

Et par son expérience personnelle, Erlendur a aussi une forme d’empathie avec les gens, il les comprend. Lorsqu’Erlendur enquête, il essaie d’aider les gens. C’est très important pour lui de découvrir pourquoi quelqu’un a été tué, pourquoi quelqu’un a disparu. Il a envie d’avoir des réponses.

 

Mais cela n’est pas la seule chose à laquelle il s’intéresse. Il s’intéresse aussi et surtout aux survivants, à ceux qui restent après la disparition ou après la mort de la victime. Et il a, ce qui marque probablement beaucoup le lecteur, cette empathie qu’il éprouve à la fois pour la victime et les proches de la victime.

 

 

 

 

Erlendur est plus qu’un personnage de roman. Il incarne la société islandaise, est une personne de référence à laquelle le lecteur s’est attaché. Aujourd’hui vous sentez-vous dépendant d’Erlendur ? Restez-vous libre ou obligé par les attentes d’un public très nombreux ?

AI : Je me sens tout à fait libre d’arrêter d’écrire sur Erlendur quand je le voudrai. Je n’ai jamais écrit pour plaire au lecteur. J’ai toujours écrit ce que moi, personnellement, j’avais envie d’écrire, ce qui me venait à l’esprit.

 

 Et je pense que c’est très dangereux lorsqu’un écrivain commence à s’imaginer ce que veut le lecteur. Dangereux pour l’écrivain. S’il commence à écouter toutes les choses qu’il devrait faire, ce que le lecteur lui suggère, etc. son écriture devient de la bouillie, n’a plus rien de personnel. Il ne peut y avoir qu’UN auteur dans une histoire.

 

Le dernier Erlendur paru en France, dans Les Nuits de Reykjavik, met en scène le commissaire à ses débuts alors qu’il a été écrit récemment. Quelle était votre intention ?

AI : Quand j’ai écrit la fin de Le Duel qui traite du personnage de Marion Briem, je n’ai pas résisté à la tentation d’introduire Erlendur dans les toutes dernières pages de ce livre. Et donc, je me suis interrogé. Comment était cet homme quand il avait 24-25, 28 ans et quelles sont les choses qui font qu’il devient l’Erlendur qu’on connaît plus tard ? Et c’est comme ça qu’est né le livre Les Nuits de Reykjavik.

 

Pourquoi Eric Boury, votre principal traducteur, ne traduit-il que la série Erlendur ?

Eric Boury : Je traduis un livre par an d’Arnaldur car je traduis d’autres auteurs également. Un livre par an c’est déjà beaucoup. Je traduis effectivement la série des Erlendur et je trouve ça très bien. D’autres traducteurs, d’ailleurs, se sont proposés pour faire les autres livres d’Arnaldur.

Par contre, je traduirai la trilogie. J’ai traduit 10 livres d’Erlendur, toute son histoire, sauf le premier [pas encore traduit en français].