Audible Captions : comment tolérer qu'une IA sous-titre sans autorisation ?

Nicolas Gary - 11.10.2019

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La justice en attrapera des maux de tête : tellement soucieux de se sortir du pétrin, Audible en finit par inventer des accords avec les éditeurs… que ces derniers réfutent. Pour sauver l’avenir de son programme Captions, destiné à sous-titrer les livres audio via une intelligence artificielle, la filiale d’Amazon entame de périlleux grands écarts. 


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Tout a commencé avec un courrier adressé au tribunal en date du 30 septembre : les avocats d’Audible suggéraient une suspension de 30 jours du litige qui les opposent aux avocats des éditeurs. Plusieurs grands groupes se sont rassemblés pour attaquer Captions, considéré comme une fonctionnalité violant le copyright. 
 

Et si on en discutait calmement...


Or, Audible/Amazon semble moins à l’aise que d’ordinaire : il proposait en outre au juge de renvoyer l’affaire devant le magistrat en charge de régler les négociations en vue d’un accord. Sauf que les éditeurs ne l’ont pas du tout entendu de cette oreille. Et la juge fédérale, Valerie Caproni, les suit de bon cœur.
 
« La cour ne renvoie pas les parties devant le conciliateur […] à moins que tous les participants estiment qu’un tel renvoi serait productif », indique-t-elle. Si les parties venaient à s’entendre sur le bienfondé de cette échappatoire, elle-même accepterait de revenir sur sa décision, bien entendu. 

Pour l’heure, la juge n’a pas goûté la rhétorique déployée par Audible pour justifier la présence des sous-titres, tout en niant que ces derniers constituent une contrefaçon du texte du livre. En somme, la firme affirmait, sans frémir de la moustache, que des mots alignés quand bien même ils résultaient d’une retranscription précise de l’audio, ne constituaient pas un livre.
 
Savoureux, mais plutôt amer pour les éditeurs sur le banc des plaignants. La juge offrait d’ailleurs un procès rapide, avec la demande qu’Audible n’intègre aucun des titres d’éditeurs dans son programme Captions, tant que le différend ne serait pas résolu.

Dans un courrier du 3 octobre, Amazon/Audible assurait cependant à la cour que les deux camps travaillaient à une solution à l’amiable. Et que la firme accepterait ce statu quo à condition que l’on passe devant le conciliateur. 
 

En l'état, “un gaspillage de ressources”


Sauf que les éditeurs, s’ils ont bien tendu la main, n’avaient pas eu de nouvelles d’Audible ni de ses avocats. Et l’avocat des éditeurs, Dale Cendali, assure que la volonté exprimée par Audible ne reflète en rien celle des éditeurs — qui en aurait douté ? 

Et comme cette soudaine demande n’aurait pour conséquence que de retarder l’affaire, les éditeurs « estiment que des négociations en vue d’un règlement seraient à l’heure actuelle un gaspillage de ressources des parties et de la Cour ». Point barre.

Pour mémoire, Captions est une solution de sous-titrage qu’Audible a défendu comme une solution à visée pédagogique et éducative. En somme, un outil favorisant l’accessibilité pour les étudiants. Un procédé qui relèverait donc du Fair Use, pleinement autorisé. Mais l'argument semble spécieux. Les éditeurs, au contraire, dénoncent un usage contractuellement non autorisé et plus encore, la production d’une nouvelle édition textuelle non autorisée. 


“Et alors, ils ont dit qu'ils voulaient un accord... des barres de rire !” - pixabay licence

 
Côté plaignants, on retrouve les plus grands groupes éditoriaux, Chronicle Books, Hachette Book Group, HarperCollins Publishers, Macmillan Publishing Group, Penguin Random House, Scholastic et Simon & Schuster. 
 

Une machine qui agirait sans autorisation ?


Valérie Levy Soussan, PDG de la maison Audiolib, spécialisée dans le livre audio, avait déjà eu l’occasion de s’interroger sur les méthodes d’Amazon… voilà 10 ans. À l’époque, le Kindle s’était doté d’une fonctionnalité text-to-speech, permettant de lire par une voix de synthèse les livres numériques. Et ce, évidemment, sans avoir acquis les droits audio pour ce faire

Devant le problème Captions, elle réitère son analyse. « Que vont dire les auteurs et les traducteurs de cette fonctionnalité ? » Que l’on profite de la lecture par une voix de synthèse de ses emails, qu’une commande vocale puisse servir de secrétaire pour dicter, passe encore. « Mais d’imaginer une machine re-transcrive un texte depuis l’audio, sans demander d’autorisation à personne et dans n’importe quelle langue, c’est insensé », assure-t-elle.

Et pour cause : les contrats signés sont très stricts, jusqu’à rendre impossible pour des ouvrages étrangers d’introduire des éléments sonores dans l’audiolivre, ou imposer une voix de narrateur unique, pour ne pas risquer d’interférer avec d’autres droits, ceux d’une fiction radiophonique par exemple. « Très clairement, Captions risque d’interférer avec des droits numériques, de traducteur, ou de droit moral de l’auteur. »

Plus encore : quelles seront la fiabilité et la qualité de ce rendu, quand bien même leur production est confiée à une intelligence artificielle. « À moins de parler d’usages éducatifs et pédagogiques, disposer de la voix et du texte simultanément n’est pas profitable. » Audible proposait déjà, aux États-Unis, une fonction qui permettait de passer de la version ebook à la version audiobook de façon synchronisée,  à la condition d’acheter une des deux versions, moyennant un supplément « avec l’accord des éditeurs et une rémunération appropriée... »

Bien entendu, sur les ouvrages du domaine public — qui ont constitué l’offre en France dans un premier temps — personne ne peut empêcher quoi que ce soit. « Dans un contexte pédagogique — et sans prendre ce terme pour prétexte —, l’outil aurait du sens. Mais là encore, ces usages sont encadrés. »

Retour à l’injonction liminaire des éditeurs, donc, pour empêcher que Captions ne sévisse…

via Publishers Weekly, Publishing Perspectives


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