Avec un ebook, les garçons se sentent cools quand ils lisent

Nicolas Gary - 09.12.2015

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Le plus grand problème de la lecture, dans le cœur des jeunes Britanniques, c’est qu’elle n’est pas cool. Une ancienne étude montrait ainsi que les préados et ados avaient honte que leurs camarades les voient avec un livre. Pour lui redorer le blason, quoi de mieux alors que les nouvelles technologies ? C’est ce qu’indique une autre enquête, présentée par la National Literacy Trust.

 

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Homini:) CC BY 2.0

 

 

Les garçons lisent moins que les filles, ce constat s’impose dans tous les pays où les filles ont le droit de lire. Or, le livre numérique pourrait introduire une variable : les garçons, plus attirés par les écrans, se montreraient plus enclins à rester le nez collé à une histoire, dès lors qu’elle n’est pas sur une feuille de papier.

 

Ains, 484 élèves à travers une quarantaine d’écoles britanniques se sont prêtés au jeu de l’enquête. Et si les garçons se disent plus à l’aise avec les outils technologiques, intervient également une autre dimension : lire sur une tablette, ça fait cool. Et si cela renforce l’image qu’ils croient renvoyer, la conséquence est de leur donner envie de lire plus encore.

 

Plus de la moitié des enfants considéraient la lecture comme une pratique cool – 51,8 % – avant l’étude. Après qu’on leur a mis une tablette dans les mains, le chiffre est passé à 65,9 %. La montée la plus spectaculaire est alors celle des garçons : 34,4 % avant, contre 66,5 % après. Dans le même temps, la proportion de garçons qui expriment des difficultés à lire est également passée de 28 % à 15,9 %. 

 

Au cours de cette recherche, les observateurs ont également conclu à 

 

  • hausse de 11 % des garçons qui apprécient la lecture, en passant par la technologie
  • hausse de 25 % de ceux qui lisent quotidiennement, avec des ebooks
  • hausse de 22 % de ceux qui lisent une heure et plus

 

Mais par-dessus tout : baisse considérable du nombre de répondants qui affirmaient ne rien trouver d’intéressant à lire. On passe en effet de 31,3 % à 19,7 %. Pour Irene Picton, directrice de recherche à la NLT, cette étude apporte des conclusions inédites : le plaisir de lire va bien au-delà de la nouveauté d’un format encore en émergence. « Les enfants qui apprécient de lire sont plus susceptibles de réussir à l’école ; de la sorte, trouver des moyens de les aider à apprécier la lecture, et parvenir à ce qu’ils lisent plus souvent est vital. »

 

Atours et attraits de la nouveauté technologique

 

Un des élèves, cités dans le rapport, affirme : « Quand vous lisez sur du papier, c’est un peu ennuyeux, à moins d’être vraiment plongé dedans, et d’en retirer quelque chose. Sur une tablette, ça me semble plus intéressant – ça me rappelle quand j’envoie des SMS [...]. » Un autre souligne : « Je peux agrandir la taille du texte. Je ne veux pas de livres avec un petit texte : c’est pour ça que je ne lis pas beaucoup. »

 

D’autres mettent en avant la possibilité de changer la couleur du fond d’écran ou encore de profiter de la luminosité qui se dégage de l’appareil. L’étude complète, « The Impact of ebooks on the Reading Motivation and Reading Skills of Young People : a study of schools using RM Books », sera prochainement communiquée.

 

Ses conclusions sont certes encourageantes, et plus encore, démontrent que le support de lecture nécessite une adéquation avec son époque. L’enfant, fasciné par l’écran, se montrerait plus sensible à l’image qu’il renvoie – mais cela n’invente pas la roue. Le jeune adolescent qui s’isole avec un livre espère aussi sincèrement être remarqué, pour cette différence qu’il exprime. Simplement, les outils de la séduction changent. 

 

Tablette ou smartphone sont des armes modernes, reflets d’un niveau social, même artificiel, mais sur lequel s’appuient évidemment les enfants. Pour le coup, on peut saluer la capacité des fabricants à susciter l’envie (Réné Girard et son désir mimétique doivent se fendre la poire...) : les parents ont gagné une nouvelle opportunité de conflit...

 

L’attrait des appareils technologiques survivra-t-il ? Qu’importe : en réalité, il faut sensibiliser aux livres, les goûts évolueront par la suite, et il n’est pas forcément souhaitable que les enfants ne lisent que sur écran – plusieurs études affirment que la mémorisation serait moins efficace que pour un texte imprimé. 

 

Dans le même temps, l’OCDE a alerté, en octobre dernier, que les écoles ayant dépensé des sommes importantes dans un déploiement numérique, n’avait enregistré aucune amélioration notable pour les élèves. Et la modernisation de l'enseignement n'a pas forcément pour voie royale de remplacer le tableau noir par des Powerpoints. 

 

(via Independent, Telegraph)