Bibliothèque : les ebooks de Random House à des prix délirants

Clément Solym - 04.03.2012

Lecture numérique - Usages - bibliothèques - prix de vente - livres numériques


Les bibliothèques étasuniennes pensaient fermement, et probablement à raison, qu'après les efforts de l'éditeur HarperCollins pour limiter les usages de livres numériques en bibliothèques, aucun autre éditeur ne s'aventurerait dans cette voie. C'était présumer un peu rapidement des angoisses qui agitent les Big Six, et surtout, de leurs craintes à voir l'industrie du papier leur échapper pour une incertaine industrie numérique. 

 

Le plus grand éditeur des États-Unis vient ainsi de lancer une opération commerciale qui a secoué les bibliothèques du pays. Plus tôt dans la semaine, Random House a annoncé que les livres numériques vendus pour les bibliothèques allaient connaître une hausse de 20 % du prix de vente pour les ouvrages adultes et plus du double pour le secteur jeunesse. 

 

En effet, l'éditeur s'appuie sur une vérité assez facilement admissible dans le secteur du prêt : tout livre peut être diffusé à plusieurs reprises, sans limitation. Aussi convient-il pour un éditeur de mesurer les pertes occasionnées dans ce marché et de prendre les dispositions qui s'imposent. C'est que, contrairement au papier, le livre numérique ne s'abîme jamais, et ne connaît pas la détérioration. Une qualité reconnue par tous, qui horripile les vendeurs de papier.

 

100 $L'American Library Association a exhorté autant que possible l'éditeur à revenir sur ses intentions, et à reconsidérer sa décision d'augmenter aussi fortement le prix de vente des livres numériques pour les bibliothèques. 

 

Selon une déclaration publiée sur son site, les bibliothèques subissent ici une attaque financière insupportable, dans une période où leurs budgets sont passablement sanctionnés. Et cette hausse de prix ne fait qu'augmenter une situation douloureuse pour tous les établissements. Si les éditeurs continuent de craindre que ces téléchargements en prêt ne nuisent à leur industrie, les politiques des uns et des autres sur le prêt de livres numériques n'en finissent pas de virer au grand n'importe quoi. 

 

Pour Random House, le papier, qui contrairement à l'ebook, finit toujours par se dégrader, constitue, dans le cadre des bibliothèques, un apport financier considérable. Sauf que concrètement, les hausses vont jusqu'à 300 % du prix de vente, et quelques titres atteignent pour le coup le prix immodéré de 100 $. 

 

Une consternation qui grandit, du côté des bibliothécaires, lesquels envisagent de plus en plus clairement que les éditeurs montent tous les obstacles possibles et imaginables pour contrecarrer l'arrivée du livre numérique en prêt. Pourtant, le livre numérique représente, à bien des égards, une économie d'échelle et d'envergure dans les coûts de création d'un livre. Alors, la question se pose : certes, les éditeurs deviennent des victimes. Mais les bibliothèques sont également, dans ce contexte, victimes des éditeurs. Là où les éditeurs ne sont que les victimes d'un progrès contre lequel ils se démènent et se battent. 

 

En tous cas, comme il l'avait assuré, l'éditeur Random House continue de faire ce qu'il peut pour conserver sa main mise sur le marché. Et en l'espace d'une semaine, certains livres numériques vendus pour 28 $ sont ainsi passés à 84 $, constatent les établissements. 

 

Sauf qu'en parallèle, RH est aujourd'hui le seul éditeur à accorder un accès illimité à son catalogue, sans les restrictions que HarperCollins a imposées. Une contrainte financière, contre un accès ouvert...