Booxup crée la marketplace de livres d'occasion qui rémunère les auteurs

Clément Solym - 13.09.2016

Lecture numérique - Applications - Booxup application livres - marketplace livres occasion - vendeurs internet livres


Décidément, Booxup est la start-up disruptive du moment, dans l’industrie du livre. Après le lancement d’une application proposant le partage de livres entre particuliers, la société revient avec une nouvelle formule, reposant sur une marketplace. Booxup, ou l’ubérisation durable.

 

Livres d'occasion - Boulignier Paris

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

À ses premiers pas, Booxup se présentait comme un Airbnb des bibliothèques personnelles. On remplissait ses étagères numériques en scannant les codes barres des livres, puis on proposait aux autres inscrits de consulter et de demander un prêt de livre. 

 

La société inquiétait alors vivement les professionnels, et même la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes. Une enquête était déclenchée en septembre 2015. Deux procès-verbaux plus tard, rédigés par l’inspecteur venu à leur bureaux, et l’affaire était enterrée. En tous cas, plus de nouvelles.

 

Ce 13 septembre, Booxup s’apprête à frapper très fort : plusieurs mois de réflexion et de travail, et une nouvelle approche émerge. « Les utilisateurs ont manifesté le désir de voir apparaître cette fonctionnalité, et nous l’ont directement réclamée », explique David Mennesson, cofondateur de l’entreprise. 

 

Cette fonctionnalité est au cœur de la nouvelle version de l’appli : une marketplace, permettant de vendre ses livres d’occasion. « On voyait d’ailleurs, dans le back-office, que des utilisateurs avaient déjà mis en route une mécanique de vente, probablement parce que la notion d’échange est paradoxalement très complexe », poursuit-il.

 

En effet : en consultant les étagères d’un autre utilisateur, on peut trouver un livre susceptible d’intéresser. Mais rien ne garantit, pour assurer l’échange, que l’usager trouvera son bonheur dans notre propre bibliothèque. 

 

« Principalement, les gens proposent des livres dont ils n’ont plus l’usage : du scolaire, des ouvrages jeunesse... ou Mary Higgins Clark. Aujourd’hui, elle est bien moins sollicitée qu’il n’y a 10 ou 15 ans, en regard de la demande pour les auteurs de polars contemporains, pour ne citer que ce seul exemple. »

 

Le marché du livre neuf pèse un peu plus de 4 milliards €, et en face, celui du livre d’occasion représente certainement un grand enjeu. Selon les chiffres 2015 du ministère de la Culture (représentant la période 2013-2014), 10 % des Français avaient acheté au moins un livre d’occasion en 2014. Une donnée qui ne connaît pas de grandes variations au demeurant et impliquerait des sommes de plusieurs centaines de millions d’euros dans tous les cas. 

 

 

Avec près de 20.000 utilisateurs et plus de 60.000 ouvrages disponibles actuellement, dans une vingtaine de langues, Booxup a donc répondu à un enjeu marchand réel. « Dans notre positionnement, nous serons également la seule marketplace où l’on peut choisir de mettre son livre en vente pour 0 €. C’est une approche que l’on mettra en lumière tout particulièrement dans les prochains temps. » De même, l'algorithme d’autopricing permettra par la suite à l’utilisateur de laisser l’application décider du meilleur prix de vente. « C’est une option de confort, mais qui répond aussi à un certain sentiment des utilisateurs », note David Mennesson. 

 

Rémunérer les auteurs par la vente de livres d'occasion : inédit

 

Là où Booxup compte faire toute la différence, c’est dans une perspective plus globale, prenant en compte la rémunération des auteurs, totalement absente du marché du livre d’occasion : « Nous avons conscience de la complexité du monde du livre, et à aucun moment, nous n’avons la prétention de régler ce point. La rémunération des auteurs est un sujet en revanche préoccupant, et notre démarche est avant tout d’apporter une piste. Ce n’est pas la solution miracle à l’ensemble des problématiques : plutôt une main tendue. » 

 

Et pas tendue vers n’importe qui. Booxup a ainsi sollicité Alain Absire, l’actuel président de la SOFIA, pour proposer de reverser une partie du chiffre d’affaires ainsi réalisé sur les ventes d’occasion. Dans un courrier envoyé le 25 août, dont ActuaLitté a pu obtenir copie, voici ce que David Mennesson et Robin Sappe, les fondateurs, expliquent : 

 

Conscients des enjeux du monde du livre et tout particulièrement préoccupés par la situation des auteurs nous souhaiterions devenir « donateur » de La SOFIA en lui reversant une « contribution » à hauteur de 6 % de notre chiffre d’affaires hors taxes issu des transactions entre nos membres portant sur les livres imprimés.

 

« Nous parlons d’ubérisation durable, pour le clin d’œil, mais c’est une démarche claire pour nous. Nous souhaitons officialiser notre engagement auprès des écrivains à travers la Société Française des Intérêts des Auteurs de l’Écrit. » Le genre de proposition que l’on ne peut pas refuser. Mais pour le moment, la SOFIA n’a pas encore répondu à l’offre de Booxup. 

 

Sollicitée par ActuaLitté, la SOFIA indique que le message a bien été reçu. Une rencontre s’organisera dans les prochains temps pour évoquer le sujet.

 

Le paiement à travers l’application sera prochainement intégré, afin de fluidifier plus encore les échanges. « Notre idée est de parvenir à des transactions qui s’opèrent entre utilisateurs, à quelques centaines de mètres. C’est le principe Le Bon Coin, où l’on va voir un objet pour l’acheter, qui se trouve près de chez soi. Les frais de port sont donc réduits au maximum, mais les utilisateurs pourront bien entendu expédier partout. »

 

Quant à la commission prise sur les ventes par Booxup, elle n’a toujours pas été fixée, nous précisent les fondateurs. « Encore en réflexion, nous cherchons le montant qui répondra le mieux au projet... » 

 

L'application est disponible en version Android et iOS.