Certification des livres numériques : l'épineuse question

Clément Solym - 09.05.2012

Lecture numérique - Usages - livre numérique - certification - authentifier


Voilà bien une réflexion partagée sur les réseaux, que celle de la certification des livres numériques. The Digital Reader prolonge en effet la réflexion qu'un responsable de solution anti-virus avait développée dans nos colonnes. Qu'en est-il des assurances données aux auteurs, et par extension aux lecteurs ? 

 

Souvenirs, souvenirs : Jean-Philippe Bichart, porte-parole de Kapsersky Lab nous plongeait directement in médias res. « Tout cela n'est qu'une projection, évidemment. Soit : admettons qu'une attaque soit menée contre une base de données contenant des livres numériques. Le pirate, motivé par des questions idéologiques, décide d'effacer certains passages d'un livre, ou de supprimer des mots en particulier, des références...En fait, il pourrait altérer entièrement ce qui fait un patrimoine culturel. Le fichier corrompu est cloné, démultiplié, et on aboutit à un Voltaire qui pourrait soutenir sans ironie que Dieu existe. Jusque-là, c'est amusant, mais les implications prêtent moins à rire. » (voir notre actualitté)

 

Le ver dans le fruit de la connaissance ? (Crédit Flickr)

 

 

L'idée est intéressante à plus d'un titre : l'intégrité des fichiers, dans un univers numérique, personne ne peut la garantir. Mais dans son analyse, TDR approche une dimension plus pratique encore, en désignant les erreurs que l'on ne manque pas de trouver dans un texte, qu'il soit imprimé ou numérique. 

 

Ne serait-il pas impératif qu'une certification soit mise en place par les éditeurs, sous la forme d'un organisme centralisant les références de titres, pour assurer aux lecteurs aussi bien qu'aux auteurs que le livre répond à une certaine série de critères imposés ? 

 

Les amateurs n'auront probablement pas manqué le dernier billet de Lecteurs en colère, qui décortique un EPUB codé manifestement avec des moufles, schémas à l'appui. 

Entre l'absence de balisepour les titres, l'utilisation d'un style pour la balise

(paragraphe) alors que ce style devrait être par défaut dans la CSS (Cascading Style Sheet), l'absence de déclaration de la langue du texte dans les sections (celle-ci est faite au niveau du livre, mais cela n'aide pas les dictionnaires et système de césure), une CSS de 433 lignes, l'utilisation d'une police forcée, au détriment de la liberté des utilisateurs d'apprécier une autre police, grand avantage de la lecture numérique, on ne peut pas dire que les éditeurs fassent attention à ce qui se cache sous le capot de leurs ePubs, c'est bien malheureux…

 

Évidemment, contrôler et certifier les livres numériques impliquerait des ressources gigantesques, et une infrastructure technique monstre. TDR estime que certains points pourraient toutefois être réglés assez facilement, en posant les bases minimales. Mais à ce titre, des éditeurs lui opposeraient assez facilement que même avec des lecteurs ebook supportant le format EPUB, des différences apparaissent entre les machines. 

 

Sans même parler d'Apple, qui depuis quelque temps, semble avoir introduit un critère délirant d'esthétique des livres numériques, auquel sont soumis les premiers ouvrages avant validation…

Bien entendu, les fabricateurs d'ebooks, et d'EPUB plus particulièrement, peuvent s'appuyer sur les normes de l'IDPF pour arriver à produire un fichier de qualité. Mais entre les variations des appareils de lectures et les contraintes textuelles, là encore, la question d'une certification est des plus embarrassantes. 

 

D'autre part, Nate envisage clairement l'idée d'un organisme de certification et de normalisation national : là encore, des problèmes financiers pourraient se poser, pour les indépendants les plus petits. On remarquera également que Hachette Livre a rejoint le consortium Readium, qui pense un lecteur EPUB 3, ou encore la présence du groupe Eyrolles au sein de l'IDPF. Serait-ce alors là la solution ? Qu'un conglomérat d'éditeur fixe ses propres règles de fonctionnement, vis-à-vis des livres numériques ? Règles dont les auteurs indépendants pourraient alors se servir pour proposer des textes conformes ? 

 

Une certification provenant des éditeurs eux-mêmes aurait en effet ce double avantage, auquel il faudrait ajouter l'idée rassurante pour les auteurs d'acheter un produit certifié conforme. Les normes existent aujourd'hui pour une foule de machines recourant au WiFi, qui sont alors certifiées en fonction de critères établis par telle ou telle instances. 

 

La question mériterait vraiment d'être posée sur la table…