Comment arrêter un gorille de 400 kg lancé à toute allure ?

Clément Solym - 19.12.2011

Lecture numérique - Législation - contrat d'agence - Apple - Amazon


Pari perdu ? Ou combat perdu d'avance ? Quand Amazon s'est lancé dans le livre numérique, cela semblait s'inscrire dans la continuité des activités de la société, qui avait débuté par la vente de livres en ligne. Pour Apple, la question se posait : ce fabricant de matériels informatiques se lançait dans la commercialisation de contenus avec la musique et son iPod... mais n'avait rien de naturel pour le livre.

 

D'ailleurs, Amazon a pris la tête : vrais ou non, les chiffres de vente de toute la game Kindle se monteraient à plus d'un million par semaine, a récemment annoncé le cybermarchand. Au Royaume-Uni, les consommateurs ont investi dans le livre numérique, en achetant 12,7 millions d'ebooks sur le premier semestre 2011, soit deux fois ce qui avait été acheté sur la même période en 2010. Et selon la Publishers Association, le mois de janvier 2012 établira un record. 

 

Mais voilà : depuis deux semaines, Bruxelles a décidé de lancer une enquête pour s'assurer qu'il n'existe pas d'accords anti-concurrentiels entre cinq éditeurs internationaux et Apple. Ce même Apple qui avait instauré le contrat de mandat, qui permettait aux éditeurs de fixer le prix de vente de leurs ouvrages, et non plus d'être à la merci d'Amazon et de ses tarifs cassés. 

 

 

Pour Benoît Evans, expert en médias numériques, chez Enders Analysis, le contrat d'agence était bien le point de départ pour contrecarrer la domination monopolistique d'Amazon. « Ce que les éditeurs ont mis en place, c'est un obstacle à la destruction des revendeurs par Amazon. » La société, basée à Seattle, avait fait pression autant que possible contre le contrat d'agence. Et sa dernière attaque en date, fut de motiver l'Europe à enquêter sur une possible entente sur le prix de vente. 

 

Si les éditeurs sont réticents actuellement à prendre la parole sur le sujet, les rencontres multiples, mais individuelles, assure-t-on, avec Apple ont bien eu lieu. Et ont débouché sur la signature du contrat d'agence, avec la hausse des prix qui en découle. 

 

Philip Jones, du Bookseller, explique combien l'édition était inquiète de ce qu'Amazon pouvait faire, une fois sa position dominante confortée et assise. Le contrat d'agence avait pour mission de casser cette ascension - surtout que la vente de livres numériques est rapidement devenue la devanture de Jeff Bezos, pour s'assurer de faire venir le client, estime l'édition. Et en cas de domination outrancière, les pressions sur les groupes, pour obtenir des baisses de marges, seraient à redouter. 

 

Il est évidemment qu'obtenir des informations claires sur la réalité contractuelle et légale du contrat d'agence permettrait de clarifier la situation. Attendu qu'au Royaume-Uni, comme aux États-Unis, il n'existe pas de législation permettant d'imposer un prix unique, toute la démarche semble pourtant légitime, dans cette enquête...