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Comment les DRM sur les ebooks ont façonné le monopole d'Amazon

Clément Solym - 29.11.2011

Lecture numérique - Usages - DRM - verrous - ebook


Peut-être qu'à force de lutter contre les DRM, en présentant l'ensemble des défauts qu'ils représentent, les éditeurs de tous pays finiront par laisser tomber. La réalité est pourtant là : les verrous numériques, censés protéger les livres numériques du piratage, sont en réalité inefficaces.


Outre-Atlantique, un peu comme en France, l'édition est gouvernée par quelques grands groupes - six aux États-Unis, en l'occurrence. Leurs filiales, sur l'impulsion des maisons mères, ne vendent pas sans DRM. Mais ce que les éditeurs, étasuniens, comme français, maintenant, auront à redouter, c'est moins les DRM eux-mêmes qu'un acteur venu de Seattle.

 

Entre 2008 et 2010, les ventes d'ebooks ont connu une explosion au point de représenter plus de 20 % des ventes de livres de fiction - et en parallèle, les parts de marché d'Amazon tournent autour de 80 %. Une position de monopole aujourd'hui incontestable, qui s'étend sur le segment du livre numérique avec une force tentaculaire de Kraken.

 

 

Et finalement, l'insistance de ces éditeurs à fixer des DRM sur leurs fichiers ne fait que conforter la position d'Amazon, qui verrouille plus encore son environnement dans ces conditions.

 

On sait que tout client passant par Amazon est condamné à adopter l'environnement du cybermarchand. Un format, le AZW, lisible uniquement sur les appareils et les applications développées.

 

On pourrait croire à une illusoire liberté, puisque finalement, on peut lire ses fichiers sur tous types de machines, comme le confirmait Xavier Garambois, PDG d'Amazon France. Mais la liberté de lire n'a rien à voir avec l'idée de se retrouver enfermé dans un écosystème, quand bien même celui-ci serait le plus vaste possible. Parce que l'on dépend dans tous les cas du marchand d'origine, et de son fichier, de son format... et de ses DRM.

 

DRM, c'est bien la le noeud du problème. Tant que des éditeurs souhaiteront la présence d'un cryptage Adobe sur leurs livres numériques, Amazon aura gagné, et pourra continuer d'enfermer le client dans son environnement. Et conforter sa position monopolistique de leader - et toutes les dérives que cela lui permet.

 

Et alors qu'en 2008 aux États-Unis, comme en 2011 en France, le marché de l'ebook ne représentait que 1 %, les 80 % de parts de marché d'Amazon n'avaient probablement pas d'incidence. Mais aujourd'hui que l'on parle de 40 % pour certaines maisons, le référentiel vient d'évoluer.

 

Moyennant quoi, durant toutes ces années, les éditeurs américains ont préféré que le marché se verrouille chez Amazon, avec DRM en option, ce qui n'a fait que conforter la position du cybermarchand. Le pas qui reste à franchir vient : en croyant que l'on lutte contre le piratage, et en se persuadant qu'un fichier piraté, c'est une vente de perdue, finalement, les éditeurs perdent encore plus d'argent, dans les négociations qu'Amazon instaure.

 

La seule solution serait alors d'arrêter complètement les DRM, de les refuser intégralement, pour éroder la position dominante d'Amazon. Mais comment se sortir d'une telle situation aujourd'hui ?

 

Peut-être faudrait-il faire un appel du pied aux maisons françaises, pour les avertir ?