Contrefaçon de livres : la lutte anti-piratage porte ses fruits ou s'intensifie ?

Clément Solym - 17.08.2016

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Les demandes de retraits de liens portant atteinte au droit d’auteur sont devenues une activité quotidienne pour certaines maisons. Deux groupes français ont décidé de passer par les services du prestataire Digimark ou MarkMonitor AntiPiracy, Hachette Livre et Editis. Les deux premiers groupes éditoriaux affichent d’ailleurs des données très différentes, en la matière. 

 

ALA-ebook

Algot Runeman, CC BY NC ND 2.0

 

 

Le service de Google permettant d’effectuer des demandes de suppression de résultats de recherches, « provenant des titulaires de droits d’auteur », sont toujours une mine de renseignements. Entre août 2011 et 2016, nous sommes passés de 57.000 URL à près de 22 millions – hebdomadaires. Au cours du seul mois de juillet, 89,84 millions de demandes formulées, à travers 74.153 domaines. 

 

Les demandes de suppressions de liens découlent de ce que les ayants droit tentent de faire respecter le contrat qui les unit aux créateurs. Hachette Livre en a d’ailleurs fait un credo expressément souligné sur son site. Le groupe « est résolu à prévenir le piratage : opur protéger les intérêts de ses auteurs, Hachette Livre a mis en œuvre à grande échelle, une solution automatisée antipiratage, qui détecte les fichiers contrefaits et envoie des avis de suppression aux sites incriminés, aux hébergeurs, etc.. Cela inclut les demandes de radiations systématiques [des liens] sur les moteurs de recherche. »

 

Deux choses sont importantes à poser : d’abord, Hachette Livre est un groupe international, avec des problématiques idoines. Editis n’opère pas au même niveau, mais les enjeux sont identiques pour les deux sociétés : endiguer le partage de fichiers contrefaits, selon la règle qui veut qu’un ebook piraté représente une vente de perdue. Le point est discutable, mais c’est la position affichée.

 

Entre le 10 janvier 2013 et le 16 août 2016, la société Hachette Livre a procédé à 1,605 million de deman

de de suppressions d’URLs, soit 7465 par semaine. De son côté, Editis, entre le 25 janvier 2013 et le 16 août 2016, n’en a formulé que 202.948, soit 1047 demandes hebdomadaires.

 

Ça monte, ça descend ? 

 

Pourtant, dans un cas comme dans l’autre, les informations de Google présentent des résultats très différents. Il apparaît en effet qu’en l’espace de deux ans et demi, les demandes de suppression de Hachette ont nettement diminué. Résultat d’une politique antipiratage efficace ? Prise de conscience des internautes ? Rien ne permet d’avancer autre chose que des hypothèses. 

 

A contrario, les informations sur Editis tendraient à révéler une hausse des demandes de suppression. Là encore, difficile de savoir ce qui peut justifier ce point. Ce que l’on peut en revanche retenir, c’est que le site Toutbox.fr, qui a fermé ses portes le 1er avril, était l’une des vilaines épines dans le pied des deux groupes. 

 

L’équipe nous avait expliqué : « La raison économique est donc la raison principale de notre fermeture. » Dans le cas d’Editis, les URL Toutbox représentaient plus d’un quart des demandes de retrait, elles ne concernaient que 5 % de l’ensemble des requêtes de Hachette Livre. 

 

Ce qui apparaît toutefois n’est qu’une parcelle de ce que le piratage peut être – d’autant plus que l’on a également vu le cas de faux positif, lorsqu’Editis a demandé le retrait de textes... relevant du domaine public

 

En outre, si les deux groupes sont les mastodontes de l’industrie du livre en France, d’autres maisons ont recours à d’autres solutions. Depuis deux ans maintenant, le Syndicat national de l’édition propsoe à ses membres l’outil de Hologram Industries, dont le coût est en partie financé par la Sofia. Une subvention à la hauteur de 50 % permet aux éditeurs de pouvoir confier leurs fichiers à la société pour un prix finalement modéré, et assure une lutte anti contrefaçon de livres.

 

La société a changé de nom, expliquait son PDG, Hugues Souparis, pour devenir Surys, en novembre 2015. Des entreprises comme Gallimard, Flammarion ou encore Actes Sud ont souscrit à ce service. Quant à la plateforme PortrailProtectionLivres.com, initiée en 2013, qui devait assurer une solution simple de déréférencement, elle a été arrêtée