ElabZ : Les pirates de livres numériques en France, portraits

Clément Solym - 19.10.2010

Lecture numérique - Acteurs numériques - telecharger - illegal - ebooks


L'exposé ce matin, au MOTif du laboratoire et observatoire eLabZ, avait l'avantage de poser des questions cruciales, tout en présentant quelques premières approches dans le domaine du piratage de livres numériques.

Du piratage ? Pas si simplement. Comme le rappelle Mathias Daval, coauteur de l'étude, et également auteur de eBookZ, les pirates désignent souvent une masse informe, dont on ne sait quoi trop penser. Sinon qu'il faut condamner massivement. Or l'histoire et l'analyse montrent que ce n'est pas si simple.

Pirate ? Oui, mais lequel ?

Derrière l'appellation de pirates, une réalité multiple. Ceux qui téléchargent les fichiers mis à disposition. Se reposant sur un panel d'une quarantaine de répondants, le profil suivant a pu être déterminé.
  • 29 ans, - nous sommes loin de l'image de l'ado boutonneux dans sa chambre
  • 25 livres achetés en moyenne par ans - soit l'un des 17 % de gros lecteurs de France
  • 250 € annuellement dépensés en moyenne pour l'achat de livres
De l'autre côté, il faut également des fournisseurs de contenu : les uploadeurs, ceux qui mettent à disposition les oeuvres. Là encore, le portrait n'est pas si évident. Car parmi eux, seuls 40 % appartiennent à une 'team', équipe qui prend en charge la numérisation des fichiers, ou leur piratage (craquage des verrous de sécurité), qui cherche les fichiers sur des forums étrangers - et dans le cas des mangas, par exemple, propose des traductions.

Allons plus loin : 70 % des uploadeurs se contentent par ailleurs de partager ce qui existe déjà. En ce sens, ils ont une activité plus passive que l'on ne pourrait le croire.

Us et usages

Ces deux pans forment ce groupe honni des 'pirates'. Des gens qui par ailleurs ont une vision assez floue de ce que peut être l'offre de téléchargement illégal de livres, mais qui, dans ses usages, n'est pas le même que celui des consommateurs de musique 'piratée'. « Il n'existe pas de mentalité playlist, vis-à-vis de l'ebook, comme il peut en exister une concernant l'offre de musique en téléchargement », précise Mathias. De fait, on ne va pas se gargariser de disposer de 50.000 ebooks piratés, contrairement à l'accumulation maladive de titres MP3...

En outre, ces pirates ont pour 50 % d'entre eux été acheteurs sur des plateformes légales. Un sur deux sait donc de quoi il en retourne quand on veut s'offrir un ebook. Et s'ils n'ont pas reproduit cet acte d'achat, c'est avant tout parce que le prix ne leur semble pas encore assez attractif. En second point, vient la présence de DRM, qui nuit, entre autres, à l'interopérabilité. « Mais plusieurs nous ont dit qu'ils seraient tout à fait disposés à opter pour une offre d'abonnement », ajoute Mathias. De quoi donner du grain à moudre aux uns et aux autres. En outre, certains ignorent encore que l'on peut acheter des ebooks légalement...

Motivés, motivés, il faut rester motivés

Enfin, le pirate agit sur motivations. Et ces dernières ne prennent pas forcément non plus l'aspect que l'on peut envisager. « Tout d'abord, ils disent qu’ils téléchargent pour trouver des oeuvres qui ne sont pas disponibles en version papier. Ensuite, c'est aussi pour le plaisir de partager une lecture, un livre. Mais évidemment, ils s'accordent à reconnaître qu'ils agissent aussi pour obtenir de quoi lire gratuitement. »

Des éléments aisément soupçonnables, mais s'accompagnent aussi d'un militantisme certain. « Ils ont, pour certains, la volonté de diffuser des oeuvres qu'ils estiment imparfaites, ou mal traduites, bien qu'ils reconnaissent facilement la présence sur les réseaux de fichiers mla faits. » Et finalement, ces personnes sont également de grands contestataires, puisque la remise en cause de l'ordre établi, notamment dans le domaine du droit d'auteur, les anime.

On pourra retrouver le portrait complet de ces pirates sur l'étude du MOTif, corédigée par Rémi Douine, sous la direction de Cécile Moscovitz.