Erreur 451 : Ray Bradbury sacré porte-parole de la censure sur internet

Clément Solym - 22.12.2015

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La censure a désormais un nom : 451. Alors que les fournisseurs d’accès à internet se retrouvent de plus en plus contraints d’interdire l’accès des utilisateurs à certains sites, il fallait trouver une solution. Cette dernière était apparue en juin 2012, dans un hommage immédiat à Ray Bradbury, et son Fahrenheit 451. Mais depuis, quelque chose s’est passé.

 

 

 

À l’époque, il s’agissait avant tout de trouver une dénomination internautique, sur le modèle des pages introuvables (erreur 404), ou encore l’accès refusé (erreur 401), et ainsi de suite. Tim Bray, grand fan de Ray Bradbury décidait alors de proposer un message, Error 451, pour signifier que le site internet était supprimé, inaccessible ou tout bonnement censuré, pour violation du droit d’auteur. Un site proposant du matériel contrefait et dont l'accès serait coupé par les FAI pourrait alors intégrer cette notification. Tim Bray avait ainsi corédigé les spécifications XML pour ce faire.

 

L’Internet Engineering Task Force avait d’ailleurs accepté de prendre la proposition avec beaucoup de sérieux, et voici que le code pour les pages « 451 Unavailable for Legal Reasons », ferait peut-être son apparition. 

 

Tim Bray est revenu à la charge, considérant que les FAI ne s’étaient pas encore emparés de son code spécifique, et n’utilisaient bêtement que le code 403 forbidden – par exemple pour indiquer que The Pirate Bay est un site bloqué. Or, depuis 2012, l’IETF a fini par valider sa proposition de code 451 – laquelle n’entraîne cependant aucune contrainte technique pour les Fournisseurs d’Accès. 

 

Au terme du long processus d’évaluation, l’IETF a même considéré que l’idée était bonne : dans l’absolu, la 451 Unvailable permettrait d’apporter des informations complémentaires au public – comme, pour exemple, la copie de l’ordonnance du tribunal ayant conduit au blocage dudit site. 

 

Le projet du groupe Error 451 est également d’encourager les FAI à indiquer spécifiquement que le blocage intervient suite à une décision de justice. Et espère par ailleurs que cela fasse diminuer les mesures autocratiques prises contre les sites – le gouvernement chinois et bien d’autres avec lui vont adorer. Et Ray Bradbury doit bicher.

 

Ray Bradbury

Frederic Guillory, CC BY SA 2.0

 

 

Pour l’anecdote, Bradbury avait été mis sous surveillance par le FBI : son adhésion de la Screen Writer’s Guild lui avait valu d’inquiéter les autorités, qui le soupçonnaient d’accointance avec le communisme. « Les communistes ont trouvé de riches opportunités pour leur développement, pour répandre une méfiance et un manque de confiance à l’égard des institutions de l’Amérique, dans le domaine de l’écriture de science-fiction », assurait un certain Martin Berkeley, informateur mal avisé. Agent coco ou simple sympathisant...

 

Et pour en revenir à la 451...

 

« Notez que, dans de nombreux cas, les clients peuvent toujours accéder à la ressource bloquée en recourant à des contre-mesures techniques, telles qu’un VPN ou encore le réseau TOR », indique Tim. (via Torrent Freak) On cherche également de bonnes et charitables âmes, tant chez les développeurs que les juristes, pour prendre part au mouvement et apporter leur contribution.

 

On pourra consulter le site particulièrement sexy – et a priori pas encore frappé par l’erreur 451 – qui a été mis en place pour motiver l’engagement de chacune pour cette cause.