Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Etude : l'auto-édition, viable... pour moins de 10 % des auteurs

Clément Solym - 24.05.2012

Lecture numérique - Usages - autoédition - ventes - gagner sa vie


L'auto-édition, c'est la manne, c'est l'avenir, c'est la liberté. Certes. En parvenant à commercialiser dans des conditions financières loin de l'arnaque ultime qu'incarnait le compte d'auteur, le livre numérique a permis à des auteurs d'être découverts, lus et appréciés. Mais derrière les grandes réussites aujourd'hui connues, comme Amanda Hocking ou E.L. James, quelle réalité pour ces success-stories ?

 

Eh bien… Il faut déjà nuancer les cas, explique une étude menée par la société américaine Taleist, qui offre des services aux éditeurs et auteurs. Ainsi, au terme de l'enquête menée auprès de 1007 auteurs autoédités, on découvre que ceux qui ont un agent ou bricolent par eux-mêmes se débrouillent plutôt bien. 

 

Si l'on prend l'ensemble des répondants, les chiffres de ventes cumulés rapportent, en moyenne et individuellement, un peu plus de 10.000 $ au cours de l'année. La division se fait comme suit : un tout petit groupe empoche 75 % de cette somme - les deux tiers de ces auteurs sont par ailleurs des femmes, d'environ 40 ans, âge moyen de ces auteurs indépendants. 

 

Toutefois, la moitié des autoédités ont perçu moins de 500 $ sur l'année 2011, et moins de 10 % gagnent de quoi vivre de leurs livres - 97 en tout, sur les 1007 sollicités. Les plus gros vendeurs ont empoché 100.000 $ sur l'année. 

 

 

 

Dans les genres qui auront le mieux marché sur l'année 2011, le top est simple : science-fiction, fantastique ou fiction littéraire. Tout porte à croire que l'année 2012 sera très différente, avec l'explosion de Fifty Shades of Grey, qui a marqué l'avènement du porno pour mamans. Toutefois, une approche plus analytique permet de mieux comprendre les enjeux et genres plébiscités.

 

Les auteurs de romance gagnent ainsi 170 % plus que les autres. Pour ceux qui vendent de la SF, ils n'ont perçu que 38 % des 10.000 $ annuels moyens, contre 32 % pour les auteurs de fantasy et 20 % pour ceux de la fiction littéraire.

 

Loin, donc, très loin, les deux stars du secteur, Amanda Hocking, qui avait vendu pour 2,5 millions $ de livres et E.L. James, qui s'était vu offrir un contrat d'édition à 6 chiffres. Dave Cornford et Steven Lewis, qui ont réalisé l'enquête, commentent sans peine la situation. Si les réussites commerciales dont parle la presse sont indéniables, reste que la réalité pour les auteurs n'est pas identique. 

 

Sauf que l'argent est loin d'être la première motivation qui les a poussé(e)s, les femmes étant largement les plus bénéficiaires dans ce secteur, à vendre leurs livres. Seuls 5 % considèrent leurs ventes comme un échec. De fait, ils apprécient surtout la liberté de publication, ainsi que la possibilité d'être aux commandes de leur écriture. En outre, ils sont 56 % à préférer vendre leur livre moins cher pour avoir plus de lecteurs, contre 44 % à être prêts à vendre plus cher, pour gagner plus, quitte à avoir moins de lecteurs. Dans tous les cas, 42 % d'entre eux n'ont jamais modifié le prix de vente de leur livre.

 

 

 

Lewis explique d'ailleurs n'avoir pas été étonné de découvrir les chiffres que l'étude a révélés. C'est en effet comme cela que fonctionne l'industrie de l'édition, et bien d'autres industries, culturelles ou non. Cependant, il aurait « espéré que l'auto-édition soit un peu plus démocratique ». Et dans tous les cas, les candidats au succès ne s'arrêtent pas d'avancer, rêvant toujours d'Hollywood, en dépit de toutes les barrières qui se posent devant eux. 

 

Le rôle des agents

 

Ils sont trois fois plus nombreux par ailleurs à disposer d'un agent, dans ce petit groupe, mais l'immense majorité des autoédités n'en a pas. Évidemment, la présence d'un agent à ses côtés montre que les revenus liés aux ventes sont trois fois supérieurs à ceux qui ne sont pas associés à un agent. 

 

À ce titre, Lewis constate un lien évident entre les revenus et la présence d'un agent. Ce dernier offre des critiques, des retours et permet aux auteurs de prendre un peu de distance. En outre, plus les auteurs sont disposés à accepter les critiques, plus leurs revenus augmentent. Reste qu'il y a loin de la coupe aux lèvres et qu'avant de devenir un auteur autoédité à succès, il faudra apprendre bien plus que simplement appuyer sur le bouton Save and Publish, de la plateforme Kindle. 

 

L'étude est accessible à cette adresse, partiellement, et vendue dans son intégralité, sur… Amazon.