Hachette va protéger Astérix des pirates

Clément Solym - 15.12.2011

Lecture numérique - Législation - Hachette - piratage - internet


Hachette se lance donc dans la lutte contre le piratage, comme l'annonce l'accord passé avec la société américaine Attributor. Une décision qui a été expliquée à ActuaLitté par Pierre Danet, responsable Innovation et technologie numérique. 

 

La première question qui restera sans réponse concerne les coûts de cette opération de surveillance. Silence absolu : Attributor interdit à ses partenaires de communiquer sur les tarifs. On ne saura donc pas si le paiement s'effectue sur un nombre forfaitaire de titres ou à l'unité. En l'occurrence, Hachette Livre avait organisé une phase de test entre avril et octobre autour de 500 ebooks. L'unique résultat donné est qu'au cours de cette période, « des milliers de notifications de retrait ont été envoyées », nous apprend-on.

 

Attributor, au secours d'Astérix

 

Pour mieux comprendre la procédure, il faut revenir sur l'activité d'Attributor. La société propose deux approches, offensive, avec l'outil Audience, et défensive, avec Guardian. C'est cette dernière qui a été choisie par Hachette Livre. L'éditeur fait ainsi parvenir automatique des métadonnées, comprenant l'ISBN, le titre du livre, le nom de l'auteur. Fort de ces informations, Attributor va ‘crawler' - c'est-à-dire inspecter le net, pour effectuer un contrôle de présence des fichiers. Une première phase mécanique, avant une seconde, qui cette fois est humainement opérée. 

 

 

La suite est simple : Attributor détecte un fichier contrefait, envoie une notification de demande de retrait au site concerné, qui va alors choisir ou non de supprimer l'accès à l'ebook. De là les milliers de notifications de retraits sur les 500 ebooks de test. Mais depuis l'ouverture de tout le catalogue, « ce sont des centaines de notifications chaque jour qui sont envoyées », nous assure Hachette Livre. 

 

Pour la première période de test, « tous nos métiers étaient concernés. Littérature, bande dessinée ou manga, avec la maison Pika. Cette démarche, c'est une protection des actifs de nos auteurs, le trésor de guerre de l'éditeur. En signant avec Attributor, nous faisons un geste vers les auteurs, pour leur garantir une sécurisation de leurs oeuvres et de leurs droits ». 

 

Le choix des 500 ebooks de test s'est fait sur les meilleures ventes - pas nécessairement des nouveautés, mais des oeuvres à succès, pour « protéger nos meilleures ventes en premier ». Ainsi donc, il fallait préserver Astérix de la contrefaçon et du piratage. 

 

Offre légale, protégée... mais quand 'attractive' ?

 

Pourtant, ActuaLitté a pu recueillir diverses réactions d'auteurs, directement ou par les réseaux. Et pour nombre d'entre eux, pas forcément les plus technophiles, l'investissement passé dans une surveillance du net, si elle est appréciée - appréciable ? - représente tout de même de l'argent perdu. « Pourquoi ne pas mettre en place une offre réellement attractive, plutôt que de vouloir combattre des pirates, alors que la cause est perdue d'avance, comme chacun le sait, et comme l'a démontré la débandade du cinéma et de la musique », interroge un romancier ? 

 

La question n'est pas sans pertinence. En septembre 2010, nous nous faisions l'écho de différentes réactions, notamment celle d'un ras-le-bol des coûts dans la lutte contre le piratage, au Royaume-Uni. Les FAI anglais refusaient de conituner à mettre la main à la poche pour traquer des pirates, au profit des ayants droit.  

 

Mais de même, si la question d'une offre légale étant désormais en passe d'être réglée, avec des catalogues d'ebooks homothétiques qui grandissent, qu'en est-il de l'offre attractive ? Comprendre : financièrement attractive. Pour le coup, Hachette Livre n'est pas d'accord avec l'analyse de notre auteur. « La critique est injuste. Nous avons été les premiers à proposer des livres numériques, et aujourd'hui, nous mettons en place un outil pour lutter contre le piratage. Ce sont deux facettes d'une même médaille. D'un côté, l'offre, de l'autre la protection du droit. »

 

Certes, certes... Et puis, les DRM, les prix trop élevés, etc. Mais là, on tourne en rond.

 

Aux éditeurs de faire le reste

 

Dans tous les cas, l'accord est lancé. Et l'on saura bientôt quels résultats cela peut avoir. Si l'on nous accorde que le téléchargement pirate n'est pas forcément une vente perdue, et qu'il n'est pas possible de convertir le pirate à l'achat, Hachette entend bien faire respecter le droit de ses auteurs.

 

Une fois qu'Attributor a fait parvenir ses notifications, son rôle prend fin. « Ce n'est ni un agent assermenté, pas plus que la société n'a de fonction juridique. Il revient aux éditeurs de choisir quelle est la marche à suivre, dans le cas où le site interpelé refuse de retirer les oeuvres. Mais dans le cas d'un site basé en Ukraine, ce n'est pas si simple. »

 

La solution Attributor va donc décharger les équipes juridiques du groupe et des maisons. Une nécessité. Il semble d'ailleurs que les différents éditeurs du groupe ait bien accueilli la nouvelle. Et désormais, la pédagogie va se tourner vers les auteurs...